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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2500197

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2500197

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2500197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantHASAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier et 4 février 2025, M. B, représenté par Me Hasan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel la préfète de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'est pas caractérisée, qu'il est en France depuis 20 ans et qu'il a montré sa volonté de se réinsérer et de s'intégrer ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de circulation pendant une durée de trois ans :

- cette décision méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2025, la préfète de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, la préfète de la Dordogne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 janvier 2025, la préfète de la Dordogne a obligé M. A, né le 29 avril 1971, de nationalité bulgare, à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n°2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger détenu dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Hasan a été désignée d'office pour représenter M. A. Par suite, il n'y a pas lieu d'accorder au requérant le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la préfète de la Dordogne a, par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l'Etat en Dordogne du même jour, donné délégation à M. Nicolas Dufaud, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Dordogne, à l'exception de certaines catégories de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 233-1, L. 251-1 (2°), L. 251-2 à L. 251-7, L. 253-1 et L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les condamnations inscrites au casier judiciaire de M. A, son incarcération depuis le 27 novembre 2023, l'absence de projet précis de l'intéressé sur le territoire français, le risque de récidive, l'absence de précédente mesure d'éloignement non exécutée, la circonstance que le requérant n'a pas établi être démuni d'attaches personnelles et familiales en Bulgarie, son pays d'origine, l'absence de justification par ce dernier de son intégration sociale et culturelle en France, la menace grave que représente son comportement pour l'ordre public, la circonstance qu'il est sans emploi et sans domicile fixe, la circonstance que sa compagne et leur enfant mineur résident en Bulgarie, l'absence de risque pour M. A d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants ou de risque pour sa vie en cas de retour dans ce pays et la circonstance que son état de santé ne s'oppose pas à ce retour. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels la préfète de la Dordogne s'est fondée pour prendre les décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que ces décisions seraient insuffisamment motivées doit être écarté.

6. En troisième lieu, eu égard aux éléments mentionnés dans l'arrêté litigieux, dont il est fait état au point précédent, la préfète de la Dordogne n'a pas entaché les décisions litigieuses d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une condamnation à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule sans permis par un jugement du tribunal correctionnel de Libourne du 15 octobre 2019, ainsi que d'une condamnation à deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion par jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 8 février 2022 et d'une condamnation à une peine de deux ans d'emprisonnement assorti de la confiscation des biens ou instruments ayant servi à commettre l'infraction, pour des faits de tentative de vol aggravé par deux circonstances, en l'espèce, en réunion et avec destruction, commis le 25 novembre 2023, par jugement du tribunal correctionnel d'Angoulême du 30 novembre 2023, et qu'il est écroué depuis le 27 novembre 2023. Eu égard à la gravité, à la répétition et au caractère très récent des infractions dont le requérant a été reconnu coupable, c'est à bon droit que la préfète de la Dordogne a considéré que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. A cet égard, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'a commis aucune nouvelle infraction de même nature depuis sa condamnation prononcée le 30 novembre 2023 dès lors qu'il est, depuis cette date, écroué, d'abord à la maison d'arrêt d'Angoulême puis au centre de détention de Neuvic-sur-l'Isle. Par ailleurs, si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis 20 ans, il ne produit aucun élément de nature à l'établir. Il n'établit pas davantage sa volonté de réinsertion et d'intégration sur le territoire français et la possibilité de bénéficier de ressources légales à sa sortie de détention, en se bornant à produire une attestation d'hébergement à sa sortie de détention établie le 13 avril 2024 par une personne se présentant comme son neveu mais ne justifiant ni de son domicile, ni de son identité, ainsi qu'une promesse d'embauche établie le 23 décembre 2024. Enfin, M. A ne produit aucun élément de nature à établir l'existence d'attaches privées et familiales sur le territoire français, alors qu'il ne conteste pas que sa compagne et son enfant mineur résident en Bulgarie. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de la Dordogne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.

10. En sixième lieu, eu égard aux éléments mentionnés au point 8 du présent jugement, la préfète de la Dordogne n'a pas entaché la décision obligeant M. A à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

12. Eu égard aux éléments mentionnés au point 8 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Dordogne a méconnu les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Eu égard aux éléments mentionnés au point 8 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de la Dordogne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette mesure.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 6 janvier 2025 par lesquelles la préfète de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les frais liés au litige :

16. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Dordogne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La magistrate désignée,

S. JAOUËNLa greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne à la préfète de la Dordogne en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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