vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2500456 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | BLAL-ZENASNI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 janvier et 6 février 2025, M. B A, représenté par Me Blal-Zenasni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2025 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sans délai :
- ces décisions sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention EDH
- son éloignement procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
* en ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention EDH
- cette décision procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
* en ce qui concerne l'assignation à résidence :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention EDH
- cette décision procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 février 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Willem, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui s'est tenue le 6 février 2025 à 14 heures.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Blal-Zenasni, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens en les précisant tout en insistant sur le caractère disproportionné de l'interdiction de retour, alors notamment M. A a exécuté la mesure d'éloignement prise précédemment à son encontre en 2019 et qu'il ne constitue plus une menace pour l'ordre public, son comportement antérieur s'expliquant par des problèmes psychiatriques ; elle rappelle également que les parents de M. A résident en France sous couvert d'une carte de résident, que son frère est de nationalité française, comme l'était son grand-père ;
- les observations de M. A, qui indique qu'il n'a plus aucune attache en Algérie et qu'il a désormais amendé son comportement ;
- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après la présentation de ces observations en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 28 août 1993, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire en 2016 et d'une autre mesure d'éloignement de même nature, assortie d'une interdiction de retour pendant 3 ans, le 13 août 2018, cette dernière décision ayant été exécutée par le préfet de la Dordogne le 19 septembre 2018. Il est par la suite revenu sur le territoire sans qu'il ne soit en mesure de justifier ni de la date ni de la régularité de cette entrée. Suite à son interpellation par les services de police pour vérification de son droit de circulation ou de séjour, le préfet de la Gironde, le 24 janvier 2025, a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. Par arrêté du même jour, le préfet de la Gironde a également assigné à résidence l'intéressé dans le département de la Gironde, pour une durée de 45 jours, en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ceux deux arrêtés préfectoraux en date du 24 janvier 2025.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour " des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ". L'article L. 613-2 prévoit également que " Les décisions relatives au refus () de délai de départ volontaire () sont motivées ". L'arrêté en litige, qui vise les dispositions précitées des articles L. 611-1, L.612-2 et L. 612-3 du CESEDA, comporte, comme pour chacune des décisions qu'il contient, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles la décision portant obligation de quitter le territoire et la décision portant refus de délai de départ volontaire sont fondées alors même que ne sont pas indiqués de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, ni la motivation des décisions contestés ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de considérer que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A et ce, alors même qu'il aurait considéré à tort que ce dernier ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes.
4. En troisième lieu, à supposer le moyen soulevé, l'erreur d'appréciation commise par le préfet quant à l'existence de garanties de représentations suffisantes demeure en tout état de cause sans influence sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les seules dispositions du 1° de l'article L. 612-3 du CESEDA pour estimer établi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A est présent en France depuis plusieurs années, sans d'ailleurs en établir la durée, il ne justifie pas y avoir été admis au séjour, y a fait l'objet de deux mesures d'éloignement et a été incarcéré à plusieurs reprises. Il ne peut dans ces conditions se prévaloir d'une présence habituelle et régulière en France. Alors qu'il est âgé de 32 ans, qu'il est célibataire et sans charges de famille sur le territoire, la circonstance que ses parents résident régulièrement en France et que son frère est de nationalité française ne suffit pas à considérer que le centre de sa vie privée et familiale est désormais constitué en France, alors que la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que sa famille lui rende visite dans son pays d'origine où il a vécu à tout le moins jusqu'à sa majorité. M. A ne justifie pas, par ailleurs, d'une particulière intégration, en particulier professionnelle, dans la société française et n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par la mesure d'éloignement. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A ne peut exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français pour contester la décision lui interdisant le retour sur le territoire.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. A, le préfet de la Gironde s'est notamment fondé sur l'entrée et le maintien irréguliers en France de l'intéressé depuis une date indéterminée, sur l'absence de justification de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, sur les condamnations pénales dont il fait l'objet ainsi que sur les deux mesures d'éloignement déjà prononcées à son encontre. En se fondant sur ces éléments, dont l'inexactitude ne ressort pas des pièces du dossier, et alors que M. A, qui est célibataire et sans enfant, ne fait état d'aucune circonstance humanitaire qui pouvait justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, le préfet n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, à supposer même que l'ancienneté de ses condamnations pénales exclurait tout risque de réitération. Par ailleurs, en fixant la durée de cette interdiction de retour à 3 ans, qui n'est pas la durée maximale, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni méconnu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale ainsi qu'il a été indiqué, l'assignation à résidence n'a pas à être annulée par voie de conséquence comme le soutient M. A.
12. En second lieu, M. A ne fait état d'aucun élément de nature à établir que la décision de l'assigner à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours, porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs, cette décision n'apparait pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il conteste. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
Le magistrat désigné,
E. WILLEM La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026