mardi 10 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2500962 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu les procédure suivantes :
I/ - Par une requête enregistrée le 13 février 2025 sous le n°2500962, et un mémoire en réplique enregistré le 28 avril 2025, non communiqué, M. A C, représenté par Me Debril, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 25 juin 2022 au 24 juin 2025 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui restituer son titre de séjour, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été préalablement saisie ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2025, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2025.
II/ - Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 février 2025 et le 28 avril 2025, sous le n°2500972, M. A C, représenté par Me Debril, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit et un détournement de procédure en considérant que sa demande de changement de statut devait être regardée comme une première demande de titre de séjour soumise à la production d'un visa long séjour, alors qu'il disposait, à la date de sa demande, d'un titre de séjour en cours de validité ; le refus de séjour méconnait donc les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il exerce une activité professionnelle dans un métier en tension en Nouvelle Aquitaine ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le pays de destination est fondée sur un refus de séjour illégal.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2025, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord signé le 9 octobre 1987 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public,
- les observations de Me Vinial, substituant Me Debril, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né le 8 septembre 1995, est entré sur le territoire français le 25 juin 2022 en possession d'un visa long séjour " travailleur saisonnier " portant la mention carte de séjour à solliciter. Un titre de séjour " travailleur saisonnier " lui a été délivré le 25 juin 2022, valable jusqu'au 24 juin 2025. Le 25 juin 2024, M. C a demandé un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par une première décision du 24 octobre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne, constatant que M. C n'avait pas respecté les obligations imposées par son titre de séjour " saisonnier " a procédé au retrait de ce dernier. L'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance rendue le 21 février 2025 par la juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux. Par une seconde décision du 24 octobre 2024, le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés du 24 octobre 2024.
2. Les requêtes n° 2500962 et n° 2500972, présentées pour M. C, concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.
Sur la requête n° 2500962 :
3. En premier lieu, le préfet de Lot-et-Garonne a, par un arrêté du 26 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 47-2024-143 le même jour, donné délégation de signature à M. Cédric Bouet, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, tous arrêtés, décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département () à l'exception des réquisitions de la force armée, du déféré des élections des conseillers départementaux au tribunal administratif et des déclinatoires de compétence et arrêté d'élévation de conflit. L'article 2 de cet arrêté prévoit que cette délégation " s'applique notamment aux décisions relevant des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de délivrance de titres de séjour () de refus de délivrance de titres de séjour () ". Dans les termes où elle est rédigée, cette délégation dont justifiait M. B était définie avec une précision suffisante et, en vertu du principe de parallélisme des formes, lui donnait compétence pour signer les décisions de retrait de titre de séjour. En outre, cette délégation ayant été consentie au secrétaire général de la préfecture, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il appartient au préfet de démontrer que les personnes le précédant dans la chaine des délégations de signature auraient effectivement été absentes ou empêchées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée, notamment les articles L. 421-34, L. 432-5 et R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc du 9 octobre 1987. Pour retirer la carte de séjour pluriannuelle mention " travailleur saisonnier " délivrée à M. C qui était valable jusqu'au 24 juin 2025, le préfet de Lot-et-Garonne a considéré qu'il n'avait pas respecté les obligations imposées par son titre de séjour, fixées à l'article L. 421-34 et ne remplissait plus les conditions pour la délivrance de ce titre. Il a, également, rappelé la procédure contradictoire mise en œuvre avant le retrait attaqué et la circonstance que M. C avait introduit une demande de changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour mention " salarié ". Ainsi, la décision attaquée est motivée en droit et en fait, et a fait l'objet d'un examen complet de la situation du requérant. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent, par suite, être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ". Aux termes de l'article L. 412-10 du même code : " Lorsque la décision de refus de renouvellement ou de retrait concerne une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident, l'autorité administrative prend en compte la gravité ou la réitération des manquements au contrat d'engagement au respect des principes de la République ainsi que la durée du séjour effectuée sous le couvert d'un document de séjour en France. Cette décision ne peut être prise si l'étranger bénéficie des articles L. 424-1, L. 424-9, L. 424-13 ou L. 611-3. / La décision de refus de renouvellement ou de retrait d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident est prise après avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
6. Il résulte des dispositions précitées que l'avis de la commission du titre de séjour n'est requis au titre de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le retrait ou le refus de renouvellement envisagé est fondé sur le non-respect, par l'étranger, du contrat d'engagement au respect des principes de la République.
7. Dans le cas d'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Lot-et-Garonne a retiré la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " dont bénéficiait M. C aux motifs qu'il avait cessé de remplir les conditions exigées pour la délivrance d'un tel titre de séjour et non sur le fondement du non-respect du contrat d'engagement au respect des principes de la République. L'intéressé, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées du 5° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est par suite, pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.
8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord signé le 9 octobre 1987 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Maroc en matière de séjour et d'emploi : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. ()". Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est applicable aux ressortissants marocains s'agissant d'un point non traité par l'accord franco-marocain : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ".
9. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ".
10. Il résulte des termes de la décision attaquée que pour retirer la carte de séjour pluriannuelle mention " travailleur saisonnier " dont bénéficiait M. C, le préfet de Lot-et-Garonne s'est fondé sur la circonstance que le requérant ne justifiait pas être revenu de manière régulière sur le territoire national, muni de l'autorisation de travail réglementaire exigée par l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, il ressort des pièces du dossier et, notamment, des mentions figurant sur le passeport de M. C que ce dernier est entré sur le territoire français pour la dernière fois le 21 mars 2023. S'il soutient qu'à cette date, il disposait d'une autorisation de travail, il se borne à produire une autorisation délivrée à son employeur le 14 février 2024, soit postérieurement à sa dernière entrée sur le territoire français. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents contrats de travail et des bulletins de salaire produits à l'instance, que le requérant a vécu en France entre le mois de juillet et le mois de décembre 2022, le mois d'avril et le mois de décembre 2023, ainsi que du mois de janvier au mois de septembre 2024, alors que son statut de travailleur saisonnier l'obligeait à maintenir sa résidence habituelle hors de France et ne l'autorisait à travailler que durant une période ne devant pas excéder une durée de six mois par an. Ainsi, en estimant qu'il n'avait pas respecté les obligations imposées par son titre de séjour, fixées à l'article L. 421-34 et ne remplissait plus les conditions pour la délivrance de ce titre, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
11. En cinquième lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, et notamment à la durée et aux conditions de séjour de M. C en France, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
12. En dernier lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision retirant son titre de séjour saisonnier, des dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qui régissent les conditions dans lesquelles un titre de séjour " salarié " peut être délivré.
13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 25 juin 2022 au 24 juin 2025. Sa requête n° 2500962 doit par suite être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur la requête n° 2500972 :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
14. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, M. Cédric Bouet, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté litigieux, disposait d'une délégation consentie par un arrêté du 26 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 47-2024-143 le même jour, à l'effet notamment de signer " les décisions de refus de délivrance de titres de séjour " et " toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application du livre VI du ceseda " dont font partie celles contenues à l'arrêté du 24 octobre 2024. Le moyen tiré de l'incompétence doit, par suite, être écarté.
15. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les considérations de droit sur lesquelles il est fondé, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc du 9 octobre 1987. Pour refuser de délivrer à M. C un titre de séjour mention " salarié " et l'obliger à quitter le territoire français, le préfet de Lot-et-Garonne a pris en considération la durée et les conditions de séjour du requérant sur le territoire français, notamment son précédent titre de séjour en tant que travailleur saisonnier, le retrait de ce dernier par une décision prise le même jour et, analysant sa demande de changement de statut comme une demande de premier titre de séjour, l'a rejetée en l'absence de visa long séjour. Le préfet a également examiné la vie privée et familiale du requérant en France, ainsi qu'au Maroc. Par suite, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé en droit et en fait et a été précédé d'un examen complet de sa situation. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent, dès lors, être écartés.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". L'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord dont la délivrance à un ressortissant marocain est subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'une première carte de séjour pluriannuelle dans les conditions prévues au présent article, il doit en outre justifier du respect des conditions prévues au 1° de l'article L. 433-4. Le présent article ne s'applique pas aux titres de séjour prévus aux articles L. 421-2 et L. 421-6. ".
18. Si la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est titulaire à ce titre non pas d'une carte de séjour temporaire mais de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour.
19. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la demande de titre de séjour " salarié " adressée le 25 juin 2024 au préfet de Lot-et-Garonne par M. C, qui avait résidé en France sous couvert d'un titre de séjour " travailleur saisonnier ", doit être regardée comme une première demande de titre de séjour. La délivrance du titre sollicité était donc subordonnée à la production par l'intéressé d'un visa de long séjour auquel son titre de séjour " travailleur saisonnier ", au demeurant retiré, ne pouvait se substituer. Faute pour le requérant d'être entré sur le territoire français en possession d'un visa long séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer, pour ce motif, le titre de séjour demandé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain, et celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dès lors, être écartés.
20. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 435-4 du même code: " A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " d'une durée d'un an. / Les périodes de séjour et l'activité professionnelle salariée exercée sous couvert des documents de séjour mentionnés aux articles L. 421-34, L. 422-1 et L. 521-7 ne sont pas prises en compte pour l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " ou " salarié " mentionnée au premier alinéa du présent article () ".
21. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du même code à l'appui d'une demande d'admission au séjour au titre d'une activité salariée sur le territoire national. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions sont inopérants.
22. Toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 435-1 sont applicables aux ressortissants marocains en tant qu'elles prévoient l'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale du demandeur.
23. En l'espèce, si M. C réside en France depuis trois ans, il n'a été autorisé à y séjourner que dans le cadre d'un titre de séjour mention " saisonnier " au demeurant retiré et, ainsi qu'il a été dit n'a pas respecté les obligations imposées par ce titre. S'il fait valoir qu'il a occupé plusieurs emplois en qualité d'ouvrier agricole en 2022, 2023 et 2024 et a, par la suite, signé un contrat à durée indéterminée pour exercer le même emploi, considéré comme étant un métier en tension dans la région Nouvelle-Aquitaine, auprès de son ancien employeur à qui une autorisation de travail a été délivrée, sa situation professionnelle ne présente pas de caractère exceptionnel. Ainsi, en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour admettre, à titre exceptionnel, M. C au séjour, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet. Le moyen doit être écarté.
25. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
26. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant disposerait de liens personnels et familiaux anciens et stables en France. Il ne conteste pas que l'ensemble des membres de sa famille réside au Maroc, où il a lui-même vécu la majorité de son existence. Ainsi, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas, pour les mêmes motifs, commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
27. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 24 à 26 qu'aucun des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire n'est fondé. Dès lors, M. C ne peut exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
28. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Sa requête n° 2500972 doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Lot-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 27 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.
La première assesseure,
M. BALLANGERLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,, 2500972
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026