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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2502416

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2502416

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2502416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCHADOURNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2025, Mme A C, représentée par Me Chadourne demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Bordeaux a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui allouer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 72 heures, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, avec effet rétroactif à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII à verser à son conseil une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, à défaut d'avoir été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;

- l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la décision attaquée, contrevient à l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 ;

- en considérant qu'elle relevait d'une procédure de réexamen, le directeur territorial de l'OFII a commis une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, en raison de son état de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 avril 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Cabanne, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Cabanne.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 avril 2025, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Bordeaux a refusé d'accorder à Mme C, ressortissante géorgienne, le bénéfice des conditions matérielles. Par la présente instance, elle demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, par une décision du 3 février 2025, publiée sur le site internet l'OFII, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a accordé à M. D B, directeur territorial à Bordeaux et signataire de la décision attaquée, une délégation à l'effet de signer toute décision se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Bordeaux telles que définies par la décision du 15 mars 2023, parmi lesquelles les décisions délivrant ou refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles le directeur territorial de l'OFII s'est fondé pour refuser les conditions matérielles d'accueil à Mme C, et notamment la circonstance qu'elle a déposé une demande de réexamen. L'OFII, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé sa décision.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'édiction de la décision en litige la requérante a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité avec un agent de l'OFII. La lecture de la décision attaquée témoigne par ailleurs de la prise en compte de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation personnelle ou qu'elle serait entachée d'un vice de procédure à défaut d'entretien de vulnérabilité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

8. En l'espèce, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII de Bordeaux s'est fondé sur la circonstance que Mme C présentait une demande de réexamen de sa demande d'asile. .

9. D'abord, le refus, total ou partiel, du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévu par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile correspond à l'hypothèse fixée au point 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE de " limitation " du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qui n'exclut pas le refus total de ces conditions matérielles. En outre, ces dispositions internes prévoient que le refus doit être prononcé dans le respect de l'article 20 de la directive, c'est-à-dire au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation de vulnérabilité de la personne concernée et en garantissant un niveau de vie digne. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne serait pas compatible avec l'article 20 de la directive et que la décision attaquée serait ainsi entachée d'une erreur de droit.

10. Ensuite, aux termes de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. () ". Selon l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Mme C, désormais majeure, étant née antérieurement à la première demande d'asile formée par ses parents, les décisions rejetant cette demande d'asile sont réputées l'être à l'égard tant de ses parents qu'à son égard. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de droit que le directeur territorial de l'OFII a qualifié la demande présentée par Mme C de réexamen, alors même qu'elle présente une demande d'asile pour un motif distinct de celui invoqué par ses parents lors de leur première demande d'asile.

11. Enfin, si la requérante fait valoir que la décision en litige ferait obstacle à la poursuite de son traitement et de son processus de transition, elle n'apporte aucune pièce à l'appui de ses dires. Par ailleurs, elle n'a pas sollicité le bénéfice d'un avis Medzo proposé par l'OFII. Il ressort, en outre de l'entretien de vulnérabilité qu'elle dispose de la famille en France et qu'elle est actuellement hébergée chez des amis. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il n'existe pas en l'espèce une situation de vulnérabilité justifiant que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui soit accordé. La décision attaquée ne peut dès lors être regardée comme procédant d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 avril 2025 du directeur territorial de l'OFII de Bordeaux.

Sur le surplus des conclusions :

13. En raison du rejet des conclusions à fin d'annulation, doivent également être rejetées, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles liées aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Chadourne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

La magistrate désignée,

C. CABANNELe greffier,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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