Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 8 mai 2025 et le 15 juillet 2025, Mme A... F..., représentée par Me Boyance, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de l’admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour est entaché d’un vice de procédure dès lors que la préfecture ne produit pas l’avis de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 31 décembre 2024 fondant sa décision ; que le collège de médecins de l’OFII n’a pas rendu ledit avis au terme d’une délibération collégiale ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l’article L 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- l’obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- l’obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- la décision d’interdiction de retour est entachée d’un défaut de motivation ;
- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Mme F... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux (anciens) articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 25 septembre 2025 :
- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur,
- et les observations de Me Boyancé, représentant Mme F....
Considérant ce qui suit :
1. Mme F..., ressortissante burkinabé née le 3 avril 1973, est entrée sur le territoire français le 20 août 2018 en possession d’un visa court séjour (C) valable jusqu’au 17 novembre 2018. Elle a obtenu un titre de séjour en tant qu’étranger malade le 7 mai 2019. Sa demande de renouvellement de son titre de séjour a été refusée par un arrêté du 9 novembre 2020, annulé, en dernier lieu, par la Cour administrative d’appel de Bordeaux le 28 décembre 2023. Suite à l’injonction prononcée dans cet arrêt, la requérante a été mise en possession de plusieurs titres de séjours, renouvelés jusqu’au 10 janvier 2025. Le 16 octobre 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 25 février 2025, suivant l’avis rendu par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), le préfet de la Gironde a refusé sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an. Mme F... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
2. Par un arrêté n° 33-2024-09-30-00002 du 30 septembre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n°33-2024-216, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme D... C..., adjointe à la cheffe du bureau de l’admission au séjour des étrangers, signataire de l’arrêté litigieux, à l’effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, y compris les obligations de quitter le territoire français, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme E... B.... Il ne ressort pas des pièces du dossier, que cette dernière n’aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de l’arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (…) ».
4. Aux termes de l’article R. 425-13 du même code : « Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ». Selon l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 : « Au vu du rapport médical (…), un collège de médecins désigné pour chaque dossier (…) émet un avis (…). / (…) / Le collège peut délibérer au moyen d’une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L’avis émis à l’issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ».
5. En premier lieu, il ressort des mentions portées sur l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l’intégration (OFII) du 31 décembre 2024, produit en défense, lesquelles font foi jusqu’à preuve du contraire, que le collège a statué au terme d’une délibération collégiale. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
6. En deuxième lieu, pour refuser à Mme F... la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Gironde s’est notamment appuyé sur l’avis du collège de médecins de l’OFII rendu le 31 décembre 2024, indiquant que l’état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité, qu’elle peut voyager sans risque vers son pays d’origine et qu’eu égard à l’offre de soins dans son pays d’origine, elle peut y bénéficier de soins appropriés.
7. Pour contredire l’avis du collège des médecins de l’OFII, Mme F..., qui est atteinte d’un cancer du sein et qui a subi une opération en France pour cette maladie et fait l’objet de suivis annuels pour surveiller le risque de récidive, produit des certificats médicaux énonçant que son état de santé nécessite des soins médicaux, sans aucune autre précision quant à l’état de la maladie dont elle souffre. De tels éléments ne sont pas de nature à remettre en cause l’avis du collège des médecins de l’OFII et l’appréciation portée par le préfet de la Gironde quant à l’absence de conséquences d’une exceptionnelle gravité en l’absence de prise en charge médicale. Par suite, la décision attaquée ne méconnait pas les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article L 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. »
9. Si Mme F... se prévaut de son ancienneté sur le territoire français et de ses liens affectifs et familiaux en France, notamment avec sa sœur et avec sa fille, leur seule présence et la production d’attestations ne suffit pas à démontrer qu’elle ait transféré sur le territoire français le centre de ses attaches privées et familiales alors que la requérante a vécu jusqu’à ses 45 ans dans son pays d’origine, où elle a nécessairement conservé des attaches. Enfin, si l’intéressée apporte des éléments démontrant qu’elle a exercé divers emplois durant son séjour en France, qu’elle a obtenu une promesse d’embauche et qu’elle est bénévole auprès du secours catholique de Bordeaux, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à établir, une insertion socio-professionnelle significative sur le territoire français pouvant ouvrir droit au séjour. Par suite, elle n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, Mme F... n’est pas fondée à exciper de son illégalité pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français dont elle fait l’objet. Le moyen doit être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, Mme F... n’est pas fondée à exciper de son illégalité pour demander l’annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l’interdiction de retour :
13. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Selon l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. »
14. La décision d’interdiction de retour sur le territoire français se doit de comporter l’ensemble des motivations de droit et de fait, prises au vu de la situation de l’intéressée sur l’ensemble des critères prévus par l’article précité. Si le préfet de la Gironde fait valoir en défense que la situation de la requérante a fait l’objet d’un examen au regard notamment de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que la décision d’interdiction de séjour prise à l’encontre de la requérante était motivée en droit et en fait, il ressort toutefois de l’arrêté attaqué que l’article précité n’a pas été visé et que cette décision n’est aucunement motivée. La requérante est donc fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’un défaut de motivation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F... est seulement fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 25 février 2025 en tant que le préfet de la Gironde lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
16. Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction de la requête ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
17. L’Etat n’étant pas, pour l’essentiel, la partie perdante dans la présente instance, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : L’arrêté du 25 février 2025 du préfet de la Gironde est annulé en tant qu’il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an à Mme F....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à A... F... et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l’audience du 25 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme Glize, conseillère,
Mme Spieler, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 16 octobre 2025.
Le président-rapporteur,
D. FERRARI
L’assesseure la plus ancienne dans l’ordre du tableau,
J. GLIZE
Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 8 mai 2025 et le 15 juillet 2025, Mme A... F..., représentée par Me Boyance, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 25 février 2025 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de l’admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Elle soutient que :
- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour est entaché d’un vice de procédure dès lors que la préfecture ne produit pas l’avis de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 31 décembre 2024 fondant sa décision ; que le collège de médecins de l’OFII n’a pas rendu ledit avis au terme d’une délibération collégiale ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l’article L 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- l’obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- l’obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- la décision d’interdiction de retour est entachée d’un défaut de motivation ;
- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Mme F... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux (anciens) articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 25 septembre 2025 :
- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur,
- et les observations de Me Boyancé, représentant Mme F....
Considérant ce qui suit :
1. Mme F..., ressortissante burkinabé née le 3 avril 1973, est entrée sur le territoire français le 20 août 2018 en possession d’un visa court séjour (C) valable jusqu’au 17 novembre 2018. Elle a obtenu un titre de séjour en tant qu’étranger malade le 7 mai 2019. Sa demande de renouvellement de son titre de séjour a été refusée par un arrêté du 9 novembre 2020, annulé, en dernier lieu, par la Cour administrative d’appel de Bordeaux le 28 décembre 2023. Suite à l’injonction prononcée dans cet arrêt, la requérante a été mise en possession de plusieurs titres de séjours, renouvelés jusqu’au 10 janvier 2025. Le 16 octobre 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 25 février 2025, suivant l’avis rendu par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), le préfet de la Gironde a refusé sa demande, l’a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d’un an. Mme F... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
2. Par un arrêté n° 33-2024-09-30-00002 du 30 septembre 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n°33-2024-216, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme D... C..., adjointe à la cheffe du bureau de l’admission au séjour des étrangers, signataire de l’arrêté litigieux, à l’effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, y compris les obligations de quitter le territoire français, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme E... B.... Il ne ressort pas des pièces du dossier, que cette dernière n’aurait pas été absente ou empêchée à la date de signature de l’arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (…) ».
4. Aux termes de l’article R. 425-13 du même code : « Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ». Selon l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 : « Au vu du rapport médical (…), un collège de médecins désigné pour chaque dossier (…) émet un avis (…). / (…) / Le collège peut délibérer au moyen d’une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L’avis émis à l’issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ».
5. En premier lieu, il ressort des mentions portées sur l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l’intégration (OFII) du 31 décembre 2024, produit en défense, lesquelles font foi jusqu’à preuve du contraire, que le collège a statué au terme d’une délibération collégiale. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
6. En deuxième lieu, pour refuser à Mme F... la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Gironde s’est notamment appuyé sur l’avis du collège de médecins de l’OFII rendu le 31 décembre 2024, indiquant que l’état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité, qu’elle peut voyager sans risque vers son pays d’origine et qu’eu égard à l’offre de soins dans son pays d’origine, elle peut y bénéficier de soins appropriés.
7. Pour contredire l’avis du collège des médecins de l’OFII, Mme F..., qui est atteinte d’un cancer du sein et qui a subi une opération en France pour cette maladie et fait l’objet de suivis annuels pour surveiller le risque de récidive, produit des certificats médicaux énonçant que son état de santé nécessite des soins médicaux, sans aucune autre précision quant à l’état de la maladie dont elle souffre. De tels éléments ne sont pas de nature à remettre en cause l’avis du collège des médecins de l’OFII et l’appréciation portée par le préfet de la Gironde quant à l’absence de conséquences d’une exceptionnelle gravité en l’absence de prise en charge médicale. Par suite, la décision attaquée ne méconnait pas les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ». Aux termes de l’article L 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. »
9. Si Mme F... se prévaut de son ancienneté sur le territoire français et de ses liens affectifs et familiaux en France, notamment avec sa sœur et avec sa fille, leur seule présence et la production d’attestations ne suffit pas à démontrer qu’elle ait transféré sur le territoire français le centre de ses attaches privées et familiales alors que la requérante a vécu jusqu’à ses 45 ans dans son pays d’origine, où elle a nécessairement conservé des attaches. Enfin, si l’intéressée apporte des éléments démontrant qu’elle a exercé divers emplois durant son séjour en France, qu’elle a obtenu une promesse d’embauche et qu’elle est bénévole auprès du secours catholique de Bordeaux, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à établir, une insertion socio-professionnelle significative sur le territoire français pouvant ouvrir droit au séjour. Par suite, elle n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, en l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, Mme F... n’est pas fondée à exciper de son illégalité pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français dont elle fait l’objet. Le moyen doit être écarté.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la requérante n’est pas fondée à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour demander l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En l’absence d’illégalité de la décision portant refus de séjour, Mme F... n’est pas fondée à exciper de son illégalité pour demander l’annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l’interdiction de retour :
13. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Selon l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. »
14. La décision d’interdiction de retour sur le territoire français se doit de comporter l’ensemble des motivations de droit et de fait, prises au vu de la situation de l’intéressée sur l’ensemble des critères prévus par l’article précité. Si le préfet de la Gironde fait valoir en défense que la situation de la requérante a fait l’objet d’un examen au regard notamment de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et que la décision d’interdiction de séjour prise à l’encontre de la requérante était motivée en droit et en fait, il ressort toutefois de l’arrêté attaqué que l’article précité n’a pas été visé et que cette décision n’est aucunement motivée. La requérante est donc fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’un défaut de motivation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F... est seulement fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 25 février 2025 en tant que le préfet de la Gironde lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
16. Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction de la requête ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
17. L’Etat n’étant pas, pour l’essentiel, la partie perdante dans la présente instance, il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : L’arrêté du 25 février 2025 du préfet de la Gironde est annulé en tant qu’il prononce une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an à Mme F....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à A... F... et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l’audience du 25 septembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme Glize, conseillère,
Mme Spieler, conseillère,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 16 octobre 2025.
Le président-rapporteur,
D. FERRARI
L’assesseure la plus ancienne dans l’ordre du tableau,
J. GLIZE
Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,