Le Tribunal administratif de Bordeaux était saisi d’un recours pour excès de pouvoir contre le refus implicite du directeur des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de la Gironde de mettre en œuvre un accompagnement d’élève en situation de handicap (AESH) à hauteur de 19 heures hebdomadaires, tel que décidé par la commission départementale des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Le tribunal a constaté que l’administration avait finalement exécuté cette décision en fournissant l’accompagnement requis, rendant sans objet les conclusions à fin d’annulation et d’injonction. En revanche, les conclusions indemnitaires ont été jugées irrecevables, faute de demande préalable auprès de l’administration, conformément à l’article R. 421-1 du code de justice administrative. La décision s’appuie sur le code de l’action sociale et des familles et le code de l’éducation.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2025, M. C... D... et Mme E... B..., agissant au nom de leur fils mineur A... D..., demandent au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le directeur des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de la Gironde a rejeté leur demande tendant à l’attribution d’un accompagnement d’élève en situation de handicap (AESH) auprès de leur enfant pour une durée hebdomadaire de 19 heures ;
2°) d’enjoindre au directeur des services départementaux de l’éducation nationale de la Gironde de mette en œuvre sans délai un accompagnement d’élève en situation de handicap individuel pour leur enfant à hauteur de 19 heures hebdomadaires ;
3°) de condamner l’Etat à leur verser une somme en réparation de leur préjudice moral.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée méconnait le droit à l’éducation qui est garanti à tous les enfants ;
- elle est illégale, dès lors qu’elle refuse d’exécuter une décision administrative de la commission départementale des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) qui oblige le DSDEN à fournir un accompagnement AESH à hauteur de 19 heures par semaine ;
- elle méconnait le principe d’égalité d’accès des usagers au service public ;
- ils sont fondés à demander la réparation du préjudice moral qu’ils ont subi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2025, le recteur de l’académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires présentées sont irrecevables, faute de présentation d’une réclamation préalable ;
- les conclusions à fin d’annulation sont devenues sans objet, dès lors qu’Hugo est accompagné par un AESH depuis le 10 juin 2025 pour un montant hebdomadaire de 19 heures par semaine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E... B... et M. C... D... sont les parents de l’enfant A... D..., né le 18 octobre 2015, scolarisé à l’école élémentaire Cap de Bos à Pessac. Par une décision du 3 octobre 2024, la commission départementale des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), notifiée le 7 octobre 2024, a attribué à A... une aide humaine individuelle aux élèves handicapés pour la période du 3 octobre 2024 au 31 août 2027 à hauteur de 80 % du temps de scolarité effectif. Par des messages des 2 avril, 6 mai et un courrier du 7 mai 2025, Mme B... a demandé au directeur des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de la Gironde et à ses services d’appliquer cette décision. En l’absence de mise en œuvre de cet accompagnement, Mme B... et M. D..., agissant au nom de leur fils mineur A... D..., demandent au tribunal l’annulation de la décision implicite de rejet du DSDEN et de condamner l’Etat à réparer le préjudice moral qu’ils estiment avoir subis.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
2. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».
3. Il résulte de ces dispositions qu’en l’absence d’une décision de l’administration rejetant une demande formée devant elle par la partie requérante ou pour son compte, une requête tendant au versement d’une somme d’argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif. En revanche, les termes du second alinéa de l’article R. 421-1 du code de justice administrative n’impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l’existence d’une décision de l’administration s’apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l’administration a pris une décision expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle.
4. En l’espèce, il ne résulte pas de l’instruction que M. et Mme B... aient formé une demande indemnitaire préalable auprès de l’académie de Bordeaux tendant à la réparation des préjudices qu’ils estiment avoir subis. Par suite, comme le fait valoir l’administration en défense, les conclusions à fin d’indemnisation sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
5. Il ressort des pièces du dossier et notamment des échanges de mail produits en défense qui ne sont pas contestés, qu’Hugo a obtenu un accompagnement AESH à compter du 19 juin 2025 pour un temps hebdomadaire de 19 heures par semaine au titre de l’année 2024/2025. Ces mêmes échanges démontrent que l’accompagnement s’est poursuivi au titre de l’année 2025/2026 avec un autre AESH depuis le 4 septembre. Par suite, les services départementaux de l’éducation nationale doivent être regardées comme ayant exécuté la décision de la CDAPH du 3 octobre 2024 mentionnée au point 1. Ainsi, il n’y a plus lieu de statuer, d’une part, sur les conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de rejet du DSDEN et, d’autre part sur les conclusions à fin d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation et d’injonction.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., Mme E... B... et au recteur de l’académie de Bordeaux.
Délibéré après l’audience du 23 octobre 2025 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Jeanne Glize, conseillère,
- Mme Amandine Spieler, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.
Le président-rapporteur
D. Ferrari
L’assesseure la plus ancienne dans l’ordre du tableau,
J. Glize
La greffière,
L. Safran
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,