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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2503418

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2503418

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2503418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLE CUILLIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. C..., ressortissant géorgien, contestant l'arrêté préfectoral du 11 avril 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de trois ans. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence du signataire, d'insuffisance de motivation, de vice de procédure lié à l'absence de convocation à l'OFPRA, et de méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Elle a également rejeté le moyen d'erreur d'appréciation concernant la menace à l'ordre public pour l'interdiction de retour. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2025, M. B... C..., représenté par Me Le Cuillier, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet de la Gironde l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d’asile jusqu’à ce que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le convoque, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à défaut, de lui délivrer dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil.


Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d’obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est insuffisamment motivée ;




- elle est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’a pas été convoqué à un entretien auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que le requérant ne représente pas une menace pour l’ordre public.


Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.


M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2025.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Glize a été entendu au cours de l’audience publique du 23 octobre 2025.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant géorgien, né le 16 août 1986, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 9 décembre 2024, selon ses déclarations. Il a déposé une demande d’asile à la préfecture de la Gironde ce même jour puis a sollicité le renouvellement de son attestation de demande d’asile le 7 janvier 2025. Le 11 avril 2025, il a été interpellé par les services de police de Bordeaux. Par un arrêté du même jour, dont le requérant demande l’annulation au tribunal, le préfet de la Gironde l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d’exécution d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Aux termes du second alinéa de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de cette loi : « L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ».

Par une décision du 8 juillet 2025, postérieure à l’introduction de la requête, le bureau d’aide juridictionnelle a accordé à M. C... le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, par un arrêté du 30 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-216 de la préfecture de la Gironde et librement accessible, le préfet de la Gironde a donné délégation directe à Mme A... D..., cheffe du bureau de l’éloignement et de l’ordre public et signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ».

En l’espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier le 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C..., en indiquant qu’il est entré irrégulièrement en France à une date qui n’est pas vérifiable et qu’il ne remplit aucune condition pour y résider. Elle mentionne également que l’intéressé est sans charge de famille en France alors que sa compagne et son fils vivent en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.








En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 531-12 de ce code : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides convoque le demandeur d'asile à un entretien personnel (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 532-1 du même code : « La Cour nationale du droit d'asile (…) statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles (…) L. 531-1 à L. 531-35 (…) ».

Alors que les décisions en litige ne constituent pas une décision de refus d’entrée en France au titre de l’asile, ni de rejet de la demande d’asile au sens des dispositions précitées, M. C... ne peut utilement soutenir qu’il n’aurait pas été convoqué pour un entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ».

Si le requérant se prévaut des risques qu’il encourt en cas de retour dans son pays d’origine, il ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation. En outre, lors de son audition par les services de police de Bordeaux le 11 avril 2025, l’intéressé, interrogé sur ses craintes dans cette perspective, a seulement déclaré des problèmes de santé. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, il n’a pas été proposé par la Commission européenne de retirer la Géorgie de la liste des pays d’origine sûrs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

Aux termes des dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le requérant n’est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant l’interdiction de retour sur le territoire français :





Aux termes des dispositions de l’article L. 612-6 du même code : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Enfin, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (…) ».

Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l’encontre d’un étranger, une interdiction de retour et fixer sa durée de chacun des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu’une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie.

En l’espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le requérant est entré en France irrégulièrement et s’y est maintenu en situation irrégulière. A la date de la décision attaquée, il résidait en France depuis moins d’un an sans disposer d’aucune attache alors que sa compagne et son fils résident en Géorgie. Dès lors, quand bien même le requérant ne constituerait pas une menace à l’ordre public, le préfet de la Gironde a tenu compte de l’ensemble des critères prévus par les dispositions susmentionnées et en fixant à trois ans, ce qui n’est pas la durée maximale, la durée de l’interdiction de retour prononcée contre l’intéressé, il n’a pas entaché sa décision d’une erreur d'appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 11 avril 2025.

Sur les autres conclusions de la requête :

Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. C..., ses conclusions aux fins d’injonction et celles relatives aux frais d’instance doivent également être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire.






Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Gironde.


Délibéré après l'audience du 23 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,
Mme Glize, conseillère,
Mme Spieler, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


La rapporteure,

J. GLIZE

Le président,

D. FERRARI

La greffière,



L. SAFRAN


La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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