Le Tribunal administratif de Bordeaux rejette la requête de M. B..., ressortissant tunisien, qui contestait son assignation à résidence dans le département de la Dordogne pour 45 jours. Le tribunal écarte le moyen d'incompétence du signataire, la délégation étant régulière, et celui d'erreur manifeste d'appréciation, estimant que la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, notamment au regard de ses droits de visite sur ses enfants. La décision est fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Garlopeau, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 2 septembre 2025 par laquelle la préfète de la Dordogne l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de statuer ce que de droit sur les dépens de l’instance.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences qu’elle entraîne sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2025, la préfète de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Péan, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Péan, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique du 13 octobre 2025 à 14h00, à laquelle les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A... B..., ressortissant tunisien, né le 30 avril 1989, déclare être entré en France pour la dernière fois au cours du mois de juillet 2025. Par un arrêté du 4 août 2025, le préfet des Deux-Sèvres lui a fait obligation de quitter le territoire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Par une décision du 2 septembre 2025, dont M. B... demande l’annulation, la préfète de la Dordogne l’a assigné à résidence dans le département de la Dordogne pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, la préfète de la Dordogne a, par arrêté du 25 août 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des services de l’État en Dordogne et librement accessible sur le site internet de la préfecture, donné délégation à M. Bernard Ducros, secrétaire général et signataire de l’arrêté attaqué, à l’effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
En second lieu, M. B... fait valoir qu’il est le père de deux enfants français mineurs à l’égard desquels il dispose d’un droit de visite qu’il exerce. Il précise que la décision en litige constitue un obstacle à ce qu’il se rende dans le département des Deux-Sèvres pour voir ses enfants. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du juge aux affaires familiales du 18 juin 2020, M. B..., qui est en conflit avec la mère de sa fille aînée, s’est vu accorder un droit de visite encadré dans un point-rencontre à La-Roche-sur-Yon. Par un jugement en assistance éducative du 3 septembre 2021, le juge pour enfants lui a accordé à l’égard de son fils un droit de visite semi-encadré en lieu neutre une fois par semaine, avec évolution possible. Toutefois, les motifs du jugement du 18 juin 2020 soulignent que l’intéressé n’a pas honoré, à plusieurs reprises, des visites qui avaient déjà été programmées et qu’il n’a pas rencontré sa fille depuis septembre 2017, sans qu’il ressorte de ces motifs que ces défaillances soient, comme il le soutient, imputables à l’obstruction de la mère. En ce qui concerne son fils, l’intéressé ne justifie pas qu’il a persisté à honorer les visites fixées depuis le jugement du 3 septembre 2021, ce qui ne peut être déduit du seul planning fixé pour ces visites par le bureau de l’aide sociale à l’enfance. En outre, si M. B..., qui produit une convocation pour une audience concernant son fils au tribunal judiciaire de Niort le 10 septembre 2025, fait valoir qu’il a obtenu un droit de visite, il n’apporte aucun élément permettant de l’établir. Par ailleurs, si le requérant soutient que la décision attaquée constitue un obstacle à ce qu’il se rende dans le département des Deux-Sèvres pour voir son enfant, cette circonstance n’est pas de nature à caractériser la disproportion alléguée, dès lors qu’une mesure d’assignation à résidence n’interdit pas à l’étranger concerné de solliciter l’autorisation de l’autorité administrative, quand il dispose d’un motif légitime pour ce faire, de sortir du périmètre dans lequel il a été assigné, possibilité qui résulte au demeurant de l’article 4 de l’arrêté en litige. Enfin, M. B... ne justifie pas d’une intégration particulière dans la société française. Dans ces conditions, M. B... n’établit pas qu’il aurait développé une vie privée et familiale sur le territoire français à laquelle la mesure d’assignation à résidence prononcée porterait atteinte dans son principe ou ses modalités. Il n’est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences qu’elle entraîne sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 2 septembre 2025 par laquelle la préfète de la Dordogne l’a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, ses conclusions à fin d’annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de la Dordogne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
La magistrate désignée,
C. PEAN
La greffière,
Y. DELHAYE
La République mande et ordonne à la préfète de la Dordogne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,