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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2508727

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2508727

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2508727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKARJANIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par Mme B... d'une demande de suspension de la délibération du jury de l'examen d'entrée au CRFPA de Bordeaux l'ayant ajournée. La requérante invoquait plusieurs moyens, notamment l'irrégularité de la composition du jury (absence de professeurs d'anglais, non-respect de la double correction), des irrégularités dans l'organisation des épreuves orales (choix des sujets, rupture d'égalité) et une rupture d'égalité dans l'attribution de points. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante n'établissant pas que la décision contestée préjudiciait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment au regard de sa dernière tentative. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 décembre 2025 et 6 janvier 2026, Mme A... B..., représentée par Me Karjania, demande à la juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la délibération du 25 novembre 2025 par laquelle le jury de l’examen d’entrée au centre régional de formation professionnelle d’avocats de l’université de Bordeaux pour la session 2025 l’a ajournée ;

2°) de prononcer provisoirement la non-comptabilisation du passage à la session 2025 de l’examen d’entrée à un CRFPA dans l’attente du jugement au fond ;

3°) d’enjoindre à l’université de Bordeaux de l’admettre provisoirement à l’examen d’entrée au CRFPA au titre de l’année 2025 dans un délai de trente jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au besoin en faisant repasser les épreuves irrégulières et à titre plus subsidiaire, de l’inscrire à la session 2026 de l’examen d’entrée au CRFA, dans les mêmes conditions de délai ;

4°) de mettre à la charge de l’université de Bordeaux le versement d’une somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que les inscriptions pour les écoles d’avocats étant closes, la suspension de l’exécution de la décision en litige lui permettrait de s’inscrire à nouveau à l’examen du CRFPA ; la décision préjudicie de manière suffisamment grave à sa situation dès lors qu’il s’agissait de sa dernière tentative de présenter l’examen d’entrée à un CRFPA ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- la désignation de six professeurs d’anglais seulement comme examinateurs et non en tant que membre du jury siégeant pour les candidats qu’ils ont examinés n’est pas conforme aux dispositions de l’article 53 du décret 91-1197 du 27 novembre 1991 ; parmi les membres du jury signataires de la délibération litigieuse, il n’y avait aucun professeur d’anglais ;
- la règle de la double correction n’a pas été respectée en ce que les copies n’ont pas toutes été corrigées par des membres du jury ; la seule circonstance qu’un correcteur n’était pas compétent, c’est-à dire régulièrement désigné suffit à entraîner l’annulation de l’acte ; si l’université a communiqué les fiches d’engagement signées, elles concernent les membres du jury, examinateurs et correcteurs, et les attestations ne permettent pas de savoir en quelles qualités ces personnes ont été désignées ni pour quelles matières alors que la qualité de correcteur est manifestement distincte de celle d’examinateur avec voix consultative qui ne peut attribuer de note ;
- alors que le jury doit être composé d’enseignants-chercheurs, d’avocats, magistrats et professeurs de langues étrangères, un de ses correcteurs en note de synthèse ne relevait d’aucune de ces qualités ;
- la fiche de correction de Me Audrey Téani pour la procédure pénale mentionne non pas des points mais des + ou – ;
- l’organisation de 24 jurys différents pour 134 candidats n’est pas justifiée ; une telle multiplication est néfaste pour les candidats, lesquels ont eu des différences d’appréciations notables entre les avocats et magistrats d’autant plus qu’ils ont des spécialités différentes ;
- les sujets de l’épreuve du grand oral n’ont pas été choisis par le jury du centre d’examen c’est-à-dire les 7 titulaires mais uniquement par les deux enseignants chercheurs titulaires en méconnaissance de l’article 53 du décret n° 91-1197 ; cette irrégularité est substantielle dès lors que, d’une part, elle a été privée de la garantie de la collégialité et de la diversification des compétences du jury à 7 et d’autre part, elle a eu une influence sur le sens de la décision car sa seule note inférieure à 10 concerne cette épreuve du grand oral ;
- elle a eu un sujet pour elle seule alors que les autres candidats ont eu des sujets identiques en binômes successifs ; en comparant sa prestation avec celle d’un autre candidat, le jury du grand oral aurait pu lui attribuer une note supérieure ;
- un sujet imposé a été sélectionné sur la base de son profil et alors que son identité était connue, en méconnaissance de l’égalité de traitement entre les candidats ;
- une question posée au cours de l’épreuve du grand oral n’était pas en lien avec le sujet en méconnaissance de l’article 7 de l’arrêté de 2016 ; M. C... a pris position publiquement et a exercé une influence sur les deux autres membres du jury ;
- alors qu’il ressort de la délibération d’admissibilité que quatre personnes ont été rattrapées et pour les épreuves d’admission un candidat a obtenu 1,5 point jury aux oraux alors qu’aucune explication n’est apportée sur le fait que le jury ait choisi d’accorder des points supplémentaires ; la délibération litigieuse est illégale en raison d’une rupture d’égalité et d’une erreur manifeste d’appréciation concernant l’attribution des points jury.

Vu
- la requête enregistrée le 19 décembre 2025 sous n° 2508726 par laquelle Mme B... a demandé l’annulation de la délibération contestée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le décret n°91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat ;
- l’arrêté du 17 octobre 2016 fixant le programme et les modalités de l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle d'avocats ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gay, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du mardi 6 janvier 2026 à 10 heures, ont été entendus, en présence de Mme Delhaye, greffière :
- le rapport de Mme Gay, juge des référés ;
- les observations de Me Lebrun, substituant Me Karjania, représentant Mme B..., présente, qui confirme ses écritures ;
- l’université de Bordeaux n’étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :

1. Mme A... B..., titulaire du diplôme de master mention « droit de la santé » obtenu en 2024, s’est inscrite à l’institut des études judicaires (IEJ) de Bordeaux en 2025 et a présenté sa candidature à l’examen du centre régional de formation professionnelle d’avocats (CRFPA) de Nouvelle-Aquitaine. Après avoir été déclarée admissible à l’issue des épreuves écrites, elle a été ajournée à la suite des épreuves orales par le jury d’examen avec une moyenne générale de 9,893 sur 20, par délibération du jury du 25 novembre 2025. Par la présente requête, Mme B... doit être regardée comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la délibération du 25 novembre 2025 du jury d’examen d’entrée au CRFPA de l’université Bordeaux en tant qu’elle l’a ajournée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

3. En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués tels qu’énoncés dans les visas n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 25 novembre 2025 du jury d’examen d’entrée au CRFPA de l’université de Bordeaux en tant qu’elle a ajourné Mme B... au titre de la session 2025. Par suite, sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition d’urgence, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de la délibération du 25 novembre 2025 ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction, doivent être rejetées.




Sur les frais liés au litige :

4. Mme B... n’a pas présenté de demande d’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne saurait utilement se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent donc qu’être rejetées.



O R D O N N E :



Article 1er : La requête n° 2508727 présentée par Mme B... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à Me Karjania et à l’université de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 8 janvier 2026.

La juge des référés,

La greffière,




N. Gay

Y. Delhaye

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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