Le Tribunal administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension d'un arrêté d'expulsion pris par le préfet de la Gironde à l'encontre de M. C..., ressortissant tunisien. Le juge estime que les conséquences inhérentes à l'exécution d'une mesure d'éloignement ne suffisent pas à caractériser une situation d'urgence particulière justifiant une intervention dans un délai de quarante-huit heures. En conséquence, la requête est rejetée comme manifestement dépourvue de fondement, de même que la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 décembre 2023, complétée par des pièces enregistrées le 26 décembre 2025, M. A... C..., représentée par Me Mindren, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l’exécution de la décision du 19 décembre 2025 portant expulsion du territoire français jusqu’à ce qu’à l’intervention d’un jugement au fond ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de l’aide juridictionnelle provisoire ou, de mettre la même somme à la charge de l’Etat, à verser à Me Mindren, si l’aide juridictionnelle lui est accordée.
Il soutient que :
- l’urgence de sa situation est caractérisée dès lors que l’arrêté d’expulsion dont il fait l’objet provoquerait un bouleversement brutal et immédiat de l’ensemble des sphères de son existence, sur le plan familial, sur le plan médical et sur le plan matériel et social ;
- Il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de son enfant ; il ne constitue pas une menace pour l’ordre public ; l’arrêté d’expulsion contestée est entachée d’incompétence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B... pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension :
1. M. C..., ressortissant Tunisien, a fait l’objet d’un arrêté d’expulsion pris par le préfet de la Gironde le 19 décembre 2025. Par la requête visée ci-dessus, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
3. Lorsqu’un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l’article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure particulière instituée à l’article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l’article L. 521-2 soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. En l’espèce, pour justifier l’urgence de sa situation, M. C... se borne à soutenir que l’exécution de l’arrêté d’expulsion dont il fait l’objet provoquerait un bouleversement « brutal et immédiat de l’ensemble des sphères de [son] existence ». Toutefois, les conséquences de cet arrêté d’expulsion, qui sont précisément celles attachées à l’objet même d’un tel acte, ne suffisent pas à caractériser l’existence d’une situation d’urgence particulière impliquant qu’une mesure doive être prise à très bref délai par le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de la requête de M. C... aux fins de suspension.
Sur la demande d’aide juridictionnelle provisoire :
5. La requête de M. C... étant manifestement dépourvue de fondement, il y a lieu, par application de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991, de rejeter la demande d’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce l’Etat, qui n’est pas partie perdante dans la présente instance, verse une somme à M. C... au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La demande d’aide juridictionnelle provisoire formée par M. C... est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C....
Fait à Bordeaux, le 29 décembre 2025.
Le juge des référés,
D. B...
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,