Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2607789
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2607789 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP BOUYER-BOURGEOIS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement le 30 septembre et le 1er octobre 2026, M. H... G..., Mme B... C... et Mme D... E..., représentés par Me Bouyer, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : :
1°) de suspendre l’exécution de la décision prise le 29 septembre 2026 par le préfet de Lot-et-Garonne portant mise en demeure de quitter les lieux avant évacuation forcée en raison du péril imminent et des risques graves pour la sécurité et la salubrité publiques sur la commune de Feugarolles, lieu-dit Lacoué (47) ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
• la requête est recevable, M. G... étant propriétaire du terrain et Mmes C... et E... étant occupantes régulièrement autorisées de celui-ci ;
• la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la mise en demeure a été notifiée le 29 septembre 2026 avec un délai de vingt-quatre heures pour quitter les lieux ; en outre les travaux d’abattage d’arbres sur le secteur dans le cadre du projet de LNSO (ligne nouvelle du sud-ouest) sont programmés pour le 1er octobre 2026 ;
• la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété, protégé par les articles 2 et 17 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à la liberté d’aller et venir, consacrée par l’article 2 de cette même déclaration, à la liberté de réunion protégée par la loi du 30 juin 1881, à la liberté d’expression et de communication protégée par l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et les articles 9, 10 et 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
• cette atteinte grave et manifestement illégale est caractérisée dès lors que la motivation de l’arrêté préfectoral, sous couvert de prévenir la survenance d’incendies, vise en réalité à prévenir un rassemblement de personnes contestant une opération de travaux publics avec cette difficulté qu’elles se réunissent pacifiquement sur un espace privé ;
• il n’existe pas de risque aggravé d’intervention de feux de forêts à compter du 23 septembre 2026 ;
• la légalité des constatations établies par les services de gendarmerie n’est pas établie ;
• il n’est aucunement démontré que l’occupation des lieux constitue en lui-même un risque très important d’incendie de forêt qui serait supérieur au risque normal de vie dans un secteur forestier ;
• aucun trouble à l’ordre public dans sa dimension de salubrité n’est démontré ;
• la décision préfectorale est entachée d’un détournement de pouvoir ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2026, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
• la requête est irrecevable dès lors que l’évacuation des lieux a eu lieu le 30 septembre 2026 ;
• la condition d’extrême urgence n’est plus établie ;
• le respect de libertés fondamentales invoquées doit être conciliée avec les exigences de la sauvegarde de la sécurité publique s’agissant de la prévention du risque d’incendies ; l’atteinte grave à ces libertés publiques n’est pas démontrée en l’espèce, et il n’est pas porté atteinte au droit de propriété de M. G... ;
• l’arrêté de mise en demeure n’est entaché d’aucune illégalité ; il tient compte des arrêtés d’élévation et de maintien du niveau de vigilance des feux de forêts, en suivant la procédure habituelle, et les forces de l’ordre ont procédé à la notification de la mise en demeure comme le prévoient les textes ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code forestier ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vaquero pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le jeudi 1er octobre 2026 à 11h00, en présence de Mme Delhaye, greffière d’audience,
- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;
- les observations de Me Bouyer, pour les requérants, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il confirme que les forces de l’ordre ont procédé le 30 septembre 2026 à l’évacuation totale des lieux ; pour autant, il ajoute que l’arrêté continue de produire ses effets au moins jusqu’au 1er octobre 2026 ; il ajoute encore que la vraie motivation de la préfecture est de couper court à toute velléité de contestation politique dans le secteur face aux opérations de travaux publics programmés ; il précise qu’à la date d’édiction de l’arrêté, aucune infraction pénale ni aucun trouble à l’ordre public n’avait été constaté sur les lieux ; il réaffirme que le niveau de vigilance 3 risque d’incendie de forêt n’est plus justifié ;
- les observations de M. A..., pour le préfet de Lot-et-Garonne, qui confirme les écritures en défense ; il précise que l’arrêté a reçu exécution et que les objets entreposés, les équipements dangereux (gaz, réchauds…) ainsi que tous les occupants ont été évacués par les forces de gendarmerie dans le calme ; il précise que l’arrêté est uniquement fondé sur les troubles à l’ordre public en termes de sécurité et salubrité publiques au regard du niveau de vigilance 3 et du risque incendie de forêt ; il confirme la demande de non-lieu à statuer ;
- les observations de M. F..., pour le préfet de Lot-et-Garonne, qui précise en outre que le préfet a recueilli l’avis du comité d’experts dont la composition est fixée par un règlement interdépartemental, et qui associe, pour le Lot-et-Garonne, la préfecture, la défense des forêts contre les incendies (DFCI), le service départemental d’incendie et de secours (SDIS), l’Office national des forêts (ONF), la direction régionale de l’agriculture et de la forêt (DRAF), le direction départementale des territoires (DDT) et un prévisionniste de Métro France ; la détermination du niveau de vigilance dans le département ne repose pas uniquement sur les cartes publiées par Météo France.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience, à 11h30.
Considérant ce qui suit :
1. M. G... est propriétaire de différents terrains situés sur la commune de Feugarolles, lieu-dit « Lacoué » (47230), lesquelles sont en nature de prairie et de bois. Il a autorisé Mmes C... et E... à occuper ces parcelles gracieusement et sans limitation de durée pour y implanter des tentes et autres installations nécessaires à une zone de vie collective depuis le 19 septembre 2026. Par un arrêté en date du 29 septembre 2026, notifié le jour même, le préfet de Lot-et-Garonne, constatant la carence du maire de Feugarolles à faire usage de ses pouvoirs de police administrative générale, a mis en demeure les occupants installés sur les parcelles cadastrées E 200, 210, 896, 898, 899 et 900, situées lieu-dit « Lacoué » de la commune, de démonter le campement et de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’arrêté et, à défaut, d’autoriser l’évacuation forcée des lieux avec usage de la force publique. M. G..., Mmes C... et E..., demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision prise le 29 septembre 2026.
2. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ». Aux termes de l’article L. 521-2 de ce code : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».
Sur l’exception de non-lieu à statuer :
3. Lorsque le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête, auquel cas le juge peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d’audience.
4. Le préfet de Lot-et-Garonne fait valoir que l’arrêté de mise en demeure a reçu exécution comme en atteste le procès-verbal de renseignement administratif établi par la gendarmerie le 30 septembre 2026. Il en ressort en effet que les forces de gendarmerie ont procédé, à cette date, à 8h30, à la mise en place d’une opération visant au démantèlement du campement illicite au lieu-dit « Lacoué ». Il est confirmé à l’audience que tous les occupants ont quitté les lieux dans le calme et que les biens et matériels dangereux ont été eux-mêmes évacués. Pour autant, la seule circonstance de cette mise en œuvre administrative ne saurait priver d’effet la présente procédure de référé dès lors qu’elle est présentée sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative qui est destiné à protéger les libertés fondamentales en permettant au juge des référés d’ordonner toute mesure nécessaire à cette fin. Par suite, le litige, présenté au juge des référés sur le fondement de ces dispositions, n’est pas privé de son objet. L’exception de non-lieu opposée par le préfet ne peut donc qu’être rejetée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
5. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n’étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l’existence d’une situation d’urgence.
6. Pour prendre la mesure litigieuse, le préfet de Lot-et-Garonne a estimé, notamment en se fondant sur l’arrêté du 28 septembre 2026 portant maintien du niveau de vigilance du risque feux de forêt au niveau élevé orange, que la saison estivale 2026 a été marquée, en Lot-et-Garonne, par la prégnance particulière du risque incendie de forêts, que ce risque restait élevé dans les dernières semaines, comme en attestent notamment les nombreuses interventions des services de secours et incendie, y compris sur le secteur de Feugarolles, qu’un groupe de personnes est installé depuis le 22 septembre 2026 sur des terrains privés au lieu-dit « Lacoué », que le secteur est constitué d’une zone de camping isolé et d’un bivouac, comportant des équipements et des matériels potentiellement dangereux au regard du niveau de vigilance feux de forêts, que les occupants ont refusé de quitter les lieux, et que pour ces raisons, compte tenu également du refus du maire de la commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police administrative générale, cette installation durable compromet la salubrité et la sécurité publiques et justifient qu’il soit mis fin au péril imminent et aux troubles constatés.
7. Il résulte toutefois de l’instruction que, comme il a été dit au point 4, et tel que confirmé à l’audience par les deux parties, au jour de la présente ordonnance, l’ensemble des occupants des terrains appartenant à M. G... et visés dans l’arrêté préfectoral, ont quitté les lieux, sans que ne soit constaté d’ailleurs aucun trouble à l’ordre public de ce fait. Il est également confirmé que les abris de fortune, les planches et matériaux inflammables, les déchets présents, ainsi que les effets personnels et matériels susceptibles d’être à l’origine de départ de feu ont été évacués. Dans ces conditions, les circonstances particulières de l’espèce ne constituent pas une situation d’urgence caractérisée au sens de l’article L. 521-2 précité rendant nécessaire l’intervention dans les quarante-huit heures du juge des référés.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner s’il existe une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées, les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension de l’arrêté du 29 septembre 2026 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2607789 est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H... G..., Mme B... C... et Mme D... E..., ainsi qu’au préfet de Lot-et-Garonne.
Fait à Bordeaux, le 1er octobre 2026.
Le juge des référés,
La greffière
M. I...
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement le 30 septembre et le 1er octobre 2026, M. H... G..., Mme B... C... et Mme D... E..., représentés par Me Bouyer, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : :
1°) de suspendre l’exécution de la décision prise le 29 septembre 2026 par le préfet de Lot-et-Garonne portant mise en demeure de quitter les lieux avant évacuation forcée en raison du péril imminent et des risques graves pour la sécurité et la salubrité publiques sur la commune de Feugarolles, lieu-dit Lacoué (47) ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
• la requête est recevable, M. G... étant propriétaire du terrain et Mmes C... et E... étant occupantes régulièrement autorisées de celui-ci ;
• la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la mise en demeure a été notifiée le 29 septembre 2026 avec un délai de vingt-quatre heures pour quitter les lieux ; en outre les travaux d’abattage d’arbres sur le secteur dans le cadre du projet de LNSO (ligne nouvelle du sud-ouest) sont programmés pour le 1er octobre 2026 ;
• la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de propriété, protégé par les articles 2 et 17 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à la liberté d’aller et venir, consacrée par l’article 2 de cette même déclaration, à la liberté de réunion protégée par la loi du 30 juin 1881, à la liberté d’expression et de communication protégée par l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et les articles 9, 10 et 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
• cette atteinte grave et manifestement illégale est caractérisée dès lors que la motivation de l’arrêté préfectoral, sous couvert de prévenir la survenance d’incendies, vise en réalité à prévenir un rassemblement de personnes contestant une opération de travaux publics avec cette difficulté qu’elles se réunissent pacifiquement sur un espace privé ;
• il n’existe pas de risque aggravé d’intervention de feux de forêts à compter du 23 septembre 2026 ;
• la légalité des constatations établies par les services de gendarmerie n’est pas établie ;
• il n’est aucunement démontré que l’occupation des lieux constitue en lui-même un risque très important d’incendie de forêt qui serait supérieur au risque normal de vie dans un secteur forestier ;
• aucun trouble à l’ordre public dans sa dimension de salubrité n’est démontré ;
• la décision préfectorale est entachée d’un détournement de pouvoir ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2026, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
• la requête est irrecevable dès lors que l’évacuation des lieux a eu lieu le 30 septembre 2026 ;
• la condition d’extrême urgence n’est plus établie ;
• le respect de libertés fondamentales invoquées doit être conciliée avec les exigences de la sauvegarde de la sécurité publique s’agissant de la prévention du risque d’incendies ; l’atteinte grave à ces libertés publiques n’est pas démontrée en l’espèce, et il n’est pas porté atteinte au droit de propriété de M. G... ;
• l’arrêté de mise en demeure n’est entaché d’aucune illégalité ; il tient compte des arrêtés d’élévation et de maintien du niveau de vigilance des feux de forêts, en suivant la procédure habituelle, et les forces de l’ordre ont procédé à la notification de la mise en demeure comme le prévoient les textes ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code forestier ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Vaquero pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le jeudi 1er octobre 2026 à 11h00, en présence de Mme Delhaye, greffière d’audience,
- le rapport de M. Vaquero, juge des référés ;
- les observations de Me Bouyer, pour les requérants, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; il confirme que les forces de l’ordre ont procédé le 30 septembre 2026 à l’évacuation totale des lieux ; pour autant, il ajoute que l’arrêté continue de produire ses effets au moins jusqu’au 1er octobre 2026 ; il ajoute encore que la vraie motivation de la préfecture est de couper court à toute velléité de contestation politique dans le secteur face aux opérations de travaux publics programmés ; il précise qu’à la date d’édiction de l’arrêté, aucune infraction pénale ni aucun trouble à l’ordre public n’avait été constaté sur les lieux ; il réaffirme que le niveau de vigilance 3 risque d’incendie de forêt n’est plus justifié ;
- les observations de M. A..., pour le préfet de Lot-et-Garonne, qui confirme les écritures en défense ; il précise que l’arrêté a reçu exécution et que les objets entreposés, les équipements dangereux (gaz, réchauds…) ainsi que tous les occupants ont été évacués par les forces de gendarmerie dans le calme ; il précise que l’arrêté est uniquement fondé sur les troubles à l’ordre public en termes de sécurité et salubrité publiques au regard du niveau de vigilance 3 et du risque incendie de forêt ; il confirme la demande de non-lieu à statuer ;
- les observations de M. F..., pour le préfet de Lot-et-Garonne, qui précise en outre que le préfet a recueilli l’avis du comité d’experts dont la composition est fixée par un règlement interdépartemental, et qui associe, pour le Lot-et-Garonne, la préfecture, la défense des forêts contre les incendies (DFCI), le service départemental d’incendie et de secours (SDIS), l’Office national des forêts (ONF), la direction régionale de l’agriculture et de la forêt (DRAF), le direction départementale des territoires (DDT) et un prévisionniste de Métro France ; la détermination du niveau de vigilance dans le département ne repose pas uniquement sur les cartes publiées par Météo France.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience, à 11h30.
Considérant ce qui suit :
1. M. G... est propriétaire de différents terrains situés sur la commune de Feugarolles, lieu-dit « Lacoué » (47230), lesquelles sont en nature de prairie et de bois. Il a autorisé Mmes C... et E... à occuper ces parcelles gracieusement et sans limitation de durée pour y implanter des tentes et autres installations nécessaires à une zone de vie collective depuis le 19 septembre 2026. Par un arrêté en date du 29 septembre 2026, notifié le jour même, le préfet de Lot-et-Garonne, constatant la carence du maire de Feugarolles à faire usage de ses pouvoirs de police administrative générale, a mis en demeure les occupants installés sur les parcelles cadastrées E 200, 210, 896, 898, 899 et 900, situées lieu-dit « Lacoué » de la commune, de démonter le campement et de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’arrêté et, à défaut, d’autoriser l’évacuation forcée des lieux avec usage de la force publique. M. G..., Mmes C... et E..., demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision prise le 29 septembre 2026.
2. Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ». Aux termes de l’article L. 521-2 de ce code : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».
Sur l’exception de non-lieu à statuer :
3. Lorsque le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative a estimé, au vu de la requête dont il est saisi, qu'il y avait lieu, non de la rejeter en l'état pour l'un des motifs mentionnés à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, mais d'engager la procédure prévue à l'article L. 522-1 de ce code, il lui incombe de poursuivre cette procédure et, notamment, de tenir une audience publique. Il en va différemment lorsque, après que cette procédure a été engagée, intervient un désistement ou un évènement rendant sans objet la requête, auquel cas le juge peut, dans le cadre de son office, donner acte du désistement ou constater un non-lieu sans tenir d’audience.
4. Le préfet de Lot-et-Garonne fait valoir que l’arrêté de mise en demeure a reçu exécution comme en atteste le procès-verbal de renseignement administratif établi par la gendarmerie le 30 septembre 2026. Il en ressort en effet que les forces de gendarmerie ont procédé, à cette date, à 8h30, à la mise en place d’une opération visant au démantèlement du campement illicite au lieu-dit « Lacoué ». Il est confirmé à l’audience que tous les occupants ont quitté les lieux dans le calme et que les biens et matériels dangereux ont été eux-mêmes évacués. Pour autant, la seule circonstance de cette mise en œuvre administrative ne saurait priver d’effet la présente procédure de référé dès lors qu’elle est présentée sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative qui est destiné à protéger les libertés fondamentales en permettant au juge des référés d’ordonner toute mesure nécessaire à cette fin. Par suite, le litige, présenté au juge des référés sur le fondement de ces dispositions, n’est pas privé de son objet. L’exception de non-lieu opposée par le préfet ne peut donc qu’être rejetée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
5. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n’étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l’existence d’une situation d’urgence.
6. Pour prendre la mesure litigieuse, le préfet de Lot-et-Garonne a estimé, notamment en se fondant sur l’arrêté du 28 septembre 2026 portant maintien du niveau de vigilance du risque feux de forêt au niveau élevé orange, que la saison estivale 2026 a été marquée, en Lot-et-Garonne, par la prégnance particulière du risque incendie de forêts, que ce risque restait élevé dans les dernières semaines, comme en attestent notamment les nombreuses interventions des services de secours et incendie, y compris sur le secteur de Feugarolles, qu’un groupe de personnes est installé depuis le 22 septembre 2026 sur des terrains privés au lieu-dit « Lacoué », que le secteur est constitué d’une zone de camping isolé et d’un bivouac, comportant des équipements et des matériels potentiellement dangereux au regard du niveau de vigilance feux de forêts, que les occupants ont refusé de quitter les lieux, et que pour ces raisons, compte tenu également du refus du maire de la commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police administrative générale, cette installation durable compromet la salubrité et la sécurité publiques et justifient qu’il soit mis fin au péril imminent et aux troubles constatés.
7. Il résulte toutefois de l’instruction que, comme il a été dit au point 4, et tel que confirmé à l’audience par les deux parties, au jour de la présente ordonnance, l’ensemble des occupants des terrains appartenant à M. G... et visés dans l’arrêté préfectoral, ont quitté les lieux, sans que ne soit constaté d’ailleurs aucun trouble à l’ordre public de ce fait. Il est également confirmé que les abris de fortune, les planches et matériaux inflammables, les déchets présents, ainsi que les effets personnels et matériels susceptibles d’être à l’origine de départ de feu ont été évacués. Dans ces conditions, les circonstances particulières de l’espèce ne constituent pas une situation d’urgence caractérisée au sens de l’article L. 521-2 précité rendant nécessaire l’intervention dans les quarante-huit heures du juge des référés.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin d’examiner s’il existe une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées, les conclusions de la requête présentées aux fins de suspension de l’arrêté du 29 septembre 2026 doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2607789 est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H... G..., Mme B... C... et Mme D... E..., ainsi qu’au préfet de Lot-et-Garonne.
Fait à Bordeaux, le 1er octobre 2026.
Le juge des référés,
La greffière
M. I...
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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