Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2608475
mardi 3 novembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2608475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | SELARL ULDRIF ASTIE |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 22 et 27 octobre 2026, M. J... V..., représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, considérées responsables de l’examen de sa demande d’asile ;
3°) d’enjoindre à la préfète de la Gironde de tirer les conséquences imposées par l’annulation demandée ou, subsidiairement, d’ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un médecin spécialiste en néphrologie aux fins d’apprécier la compatibilité de transfert avec son état de santé ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
M. V... soutient que sa requête est recevable et que :
- compte tenu de son état de santé, l’arrêté contesté méconnaît les dispositions de l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 et l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2026, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) 2024/1351 du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 16 février 2017, C. K., H. F. et A. S. contre Republika Slovenija, C-578/16 PPU ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bilate, qui a informé les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’impliquer le prononcé d’office d’une injonction tendant au réexamen de la situation de M. V... ;
- et les observations de Me Bonneville-Arrieux, substituant Me Astié, représentant de M. J... V..., également présent à l’audience, assisté de M. A..., interprète en langue pendjabi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute un moyen tiré du défaut d’examen sérieux de la situation du requérant.
La préfète de la Gironde n’étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. J... V..., ressortissant indien né en 1994, a sollicité le bénéfice de l’asile en se présentant le 12 août 2026 à la préfecture de la Gironde. M. J... V... demande au tribunal d’annuler l’arrêté 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises.
Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. J... V..., il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
3. Aux termes de l’article 16 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024 : « (…) 3. Lorsqu'il est impossible à un État membre de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire que le demandeur serait, en raison du transfert vers cet État membre, confronté à un risque réel de violation de ses droits fondamentaux équivalant à un traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre II ou des clauses énoncées au chapitre III de la présente partie afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / L'État membre qui ne peut procéder au transfert en vertu du premier alinéa du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre II ou des clauses énoncées au chapitre III de la présente partie ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été enregistrée, et qui ne peut établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable, devient l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / (…) ». Aux termes de l’article 35 du règlement précité : « 1. Par dérogation à l'article 16, paragraphe 1, un État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qu'un ressortissant de pays tiers ou un apatride a enregistrée sur son territoire, même si cet examen ne lui incombe pas selon les critères prévus dans le présent règlement. (… )». Aux termes de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
4. Dans son arrêt C-578/16 PPU du 16 février 2017, la Cour de justice de l’Union européenne a interprété les dispositions du paragraphe 1 de l’article 17 du règlement (UE)
n° 604/2013 du 26 juin 2013, transposées à l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024, à la lumière de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, aux termes duquel « Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » dans le sens que, lorsque le transfert d’un demandeur d’asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraînerait le risque réel et avéré d’une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce transfert constituerait un traitement inhumain et dégradant, au sens de cet article. La Cour en a déduit que les autorités de l’État membre concerné, y compris ses juridictions, doivent vérifier auprès de l’État membre responsable que les soins indispensables seront disponibles à l’arrivée et que le transfert n’entraînera pas, par lui-même, de risque réel d’une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé.
5. M. J... V... indique sans être contredit que la préfète de la Gironde n’a pas sollicité, dans le cadre de la préparation de son transfert aux Pays-Bas, de garanties individualisées de prise en charge et de continuité de ses soins. Il soutient qu’à raison de sa situation médicale préoccupante, son transfert aux autorités néerlandaises présente un risque de traitement inhumain et dégradant au sens des stipulations de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, de sorte que la préfète de la Gironde aurait dû faire application des dispositions de l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024. M. V... signale souffrir d’une défaillance rénale nécessitant de fréquentes hémodialyses, dont l’interruption est de nature à entraîner des complications métaboliques et cardiovasculaires graves. Il ressort des pièces médicales transmises que, le lendemain de son entretien de vulnérabilité, le requérant a été hospitalisé au CHU de Bordeaux du 13 au 28 août 2026 en urgence pour une hypertension maligne, à l’occasion de laquelle une dysfonction rénale a été diagnostiquée, et qui a donné lieu à la pose d’un cathéter tunnélisé jugulaire interne aux fins de réaliser une hémodialyse chronique, à réaliser les mardis, jeudis et samedis, soit trois jours par semaine. Le requérant a fait l’objet d’une nouvelle hospitalisation en urgence du 12 au 24 septembre 2026, à l’occasion de laquelle notamment la prescription de trois hémodialyses par semaine a été reconduite. Le changement de cathéter a été réalisé le 16 octobre suivant sous anesthésie générale, et à cette occasion l’équipe médicale a conclu à la poursuite de ces soins, au même rythme. En tout état de cause, cette circonstance nouvelle ne laisse pas apparaître qu’un transfert aux Pays-Bas, dont il n’est pas contesté que ceux-ci disposent d’un système de santé suffisamment performant pour poursuivre le traitement du requérant, préjudicierait en lui-même à M. V.... Pour autant, l’importance et la fréquence de ces soins indispensables au maintien de son état de santé commandaient aux autorités françaises de vérifier auprès de leurs homologues néerlandaises qu’ils seraient disponibles et planifiés dès son arrivée sur le territoire hollandais.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens ni d’ordonner une expertise avant dire droit, que M. V... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
7. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ».
8. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que soit réexaminée la situation de M. V... dans un délai d’un mois.
Sur l'application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. M. V... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser à Me Astié, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : M. V... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L’arrêté de la préfète de la Gironde du 14 septembre 2026 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. V... dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera la somme de 1 200 euros à Me Astié, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Astié renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. J... V..., à Me Astié et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.
Le magistrat désigné,
X. BILATE
La greffière,
Y. DELHAYE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 22 et 27 octobre 2026, M. J... V..., représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé son transfert aux autorités néerlandaises, considérées responsables de l’examen de sa demande d’asile ;
3°) d’enjoindre à la préfète de la Gironde de tirer les conséquences imposées par l’annulation demandée ou, subsidiairement, d’ordonner avant dire droit une expertise médicale confiée à un médecin spécialiste en néphrologie aux fins d’apprécier la compatibilité de transfert avec son état de santé ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
M. V... soutient que sa requête est recevable et que :
- compte tenu de son état de santé, l’arrêté contesté méconnaît les dispositions de l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 et l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2026, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) 2024/1351 du Parlement européen et du Conseil du 14 mai 2024 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 16 février 2017, C. K., H. F. et A. S. contre Republika Slovenija, C-578/16 PPU ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bilate, qui a informé les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’impliquer le prononcé d’office d’une injonction tendant au réexamen de la situation de M. V... ;
- et les observations de Me Bonneville-Arrieux, substituant Me Astié, représentant de M. J... V..., également présent à l’audience, assisté de M. A..., interprète en langue pendjabi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute un moyen tiré du défaut d’examen sérieux de la situation du requérant.
La préfète de la Gironde n’étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de ces observations.
Considérant ce qui suit :
1. M. J... V..., ressortissant indien né en 1994, a sollicité le bénéfice de l’asile en se présentant le 12 août 2026 à la préfecture de la Gironde. M. J... V... demande au tribunal d’annuler l’arrêté 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises.
Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. J... V..., il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
3. Aux termes de l’article 16 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024 : « (…) 3. Lorsqu'il est impossible à un État membre de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire que le demandeur serait, en raison du transfert vers cet État membre, confronté à un risque réel de violation de ses droits fondamentaux équivalant à un traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre II ou des clauses énoncées au chapitre III de la présente partie afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / L'État membre qui ne peut procéder au transfert en vertu du premier alinéa du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre II ou des clauses énoncées au chapitre III de la présente partie ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été enregistrée, et qui ne peut établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable, devient l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / (…) ». Aux termes de l’article 35 du règlement précité : « 1. Par dérogation à l'article 16, paragraphe 1, un État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qu'un ressortissant de pays tiers ou un apatride a enregistrée sur son territoire, même si cet examen ne lui incombe pas selon les critères prévus dans le présent règlement. (… )». Aux termes de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
4. Dans son arrêt C-578/16 PPU du 16 février 2017, la Cour de justice de l’Union européenne a interprété les dispositions du paragraphe 1 de l’article 17 du règlement (UE)
n° 604/2013 du 26 juin 2013, transposées à l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024, à la lumière de l’article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, aux termes duquel « Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » dans le sens que, lorsque le transfert d’un demandeur d’asile présentant une affection mentale ou physique particulièrement grave entraînerait le risque réel et avéré d’une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé, ce transfert constituerait un traitement inhumain et dégradant, au sens de cet article. La Cour en a déduit que les autorités de l’État membre concerné, y compris ses juridictions, doivent vérifier auprès de l’État membre responsable que les soins indispensables seront disponibles à l’arrivée et que le transfert n’entraînera pas, par lui-même, de risque réel d’une aggravation significative et irrémédiable de son état de santé.
5. M. J... V... indique sans être contredit que la préfète de la Gironde n’a pas sollicité, dans le cadre de la préparation de son transfert aux Pays-Bas, de garanties individualisées de prise en charge et de continuité de ses soins. Il soutient qu’à raison de sa situation médicale préoccupante, son transfert aux autorités néerlandaises présente un risque de traitement inhumain et dégradant au sens des stipulations de l’article 4 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, de sorte que la préfète de la Gironde aurait dû faire application des dispositions de l’article 35 du règlement (UE) n° 2024/1351 du 14 mai 2024. M. V... signale souffrir d’une défaillance rénale nécessitant de fréquentes hémodialyses, dont l’interruption est de nature à entraîner des complications métaboliques et cardiovasculaires graves. Il ressort des pièces médicales transmises que, le lendemain de son entretien de vulnérabilité, le requérant a été hospitalisé au CHU de Bordeaux du 13 au 28 août 2026 en urgence pour une hypertension maligne, à l’occasion de laquelle une dysfonction rénale a été diagnostiquée, et qui a donné lieu à la pose d’un cathéter tunnélisé jugulaire interne aux fins de réaliser une hémodialyse chronique, à réaliser les mardis, jeudis et samedis, soit trois jours par semaine. Le requérant a fait l’objet d’une nouvelle hospitalisation en urgence du 12 au 24 septembre 2026, à l’occasion de laquelle notamment la prescription de trois hémodialyses par semaine a été reconduite. Le changement de cathéter a été réalisé le 16 octobre suivant sous anesthésie générale, et à cette occasion l’équipe médicale a conclu à la poursuite de ces soins, au même rythme. En tout état de cause, cette circonstance nouvelle ne laisse pas apparaître qu’un transfert aux Pays-Bas, dont il n’est pas contesté que ceux-ci disposent d’un système de santé suffisamment performant pour poursuivre le traitement du requérant, préjudicierait en lui-même à M. V.... Pour autant, l’importance et la fréquence de ces soins indispensables au maintien de son état de santé commandaient aux autorités françaises de vérifier auprès de leurs homologues néerlandaises qu’ils seraient disponibles et planifiés dès son arrivée sur le territoire hollandais.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens ni d’ordonner une expertise avant dire droit, que M. V... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 14 septembre 2026 par lequel la préfète de la Gironde a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
7. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ».
8. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que soit réexaminée la situation de M. V... dans un délai d’un mois.
Sur l'application des dispositions combinées de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. M. V... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser à Me Astié, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : M. V... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L’arrêté de la préfète de la Gironde du 14 septembre 2026 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. V... dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera la somme de 1 200 euros à Me Astié, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Astié renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. J... V..., à Me Astié et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.
Le magistrat désigné,
X. BILATE
La greffière,
Y. DELHAYE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,