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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2608645

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2608645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantDA ROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2026 et des pièces enregistrées le 28 octobre, le 30 octobre, les 1er et 2 novembre 2026 avant l’audience, M. K... X..., représenté par Me Da Ros, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 8 juillet 2026, par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans et l’a inscrit au système d’information Schengen ;

3°) d’enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder à sa désinscription du système d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

M. X... soutient que sa requête est recevable et que :
En ce qui concerne l’arrêté dans son ensemble :
- le signataire de l’arrêté ne justifie pas de sa compétence ;
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- la décision en litige est prise en méconnaissance de son droit d’être entendu tel que défini par l’article 41 de la charte de droits fondamentaux de l’union européenne ;



En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
• elle est entachée d’une erreur de droit dans l’application des dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
• elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation sur sa situation personnelle dès lors notamment qu’il est de nationalité française ;

En ce qui concerne la décision l’interdisant de retour sur le territoire français :
• La décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2026 avant l’audience, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Des pièces, enregistrées le 28 octobre 2026, ont été produites par la préfète de la Gironde et ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- et les observations de Me Da Ros, représentant de M. X..., également présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La préfète de la Gironde n’étant ni présente ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. J..., ressortissant centrafricain né en 1978 est, selon ses déclarations, entré en France en 1985. Il a bénéficié d’un titre de séjour valable du 12 mars 2019 au 11 mars 2020. Il s’est maintenu sur le territoire à l’expiration de ce titre. Le 7 juillet 2026, il a fait l’objet d’une interpellation par la police nationale pour des faits de violence sur un ascendant, au cours de laquelle la régularité de son séjour a été remise en cause. Il a été écroué le 8 juillet 2026. Le même jour, la préfète de la Gironde a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. X..., il y a lieu de prononcer son admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :

3. M. X... verse au dossier un certificat de nationalité française établi le 10 janvier 1995 par le tribunal d’instance de Bordeaux, ainsi qu’une copie de carte d’identité française valable du 6 juillet 2005 au 5 juillet 2015. La préfète de la Gironde en défense ne conteste pas l’authenticité de ces pièces, n’établit ni même n’allègue qu’il aurait fait l’objet d’une procédure de déchéance de nationalité. Par suite, il y a lieu de considérer, en l’état du dossier, que M. X... est titulaire de la nationalité française, et qu’en conséquence la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d’appréciation en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. M. X... est dès lors fondé à en demander l’annulation, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions subséquentes le privant d’un délai de départ volontaire, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour pendant trois ans.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :

4. Le présent jugement qui annule l’arrêté attaqué, implique qu’il soit enjoint à la préfète de la Gironde d’effacer le signalement de M. X... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.

Sur les frais liés au litige :
5. M. X... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Da Ros, avocate de M. X..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Da Ros d’une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :



Article 1er : M. X... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté de la préfète de la Gironde du 8 juillet 2026 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde d’effacer le signalement de M. X... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.

Article 4 : L’État versera la somme de 1 200 euros à Me Da Ros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Da Ros renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus de la requête de M. X... est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. K... X..., à Me Da Ros et à la préfète de la Gironde.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.


Le magistrat désigné,





X. BILATE





La greffière,





Y. DELHAYE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,