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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2608748

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2608748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2026, et un mémoire complémentaire et des pièces supplémentaires enregistrés les 30 et 31 octobre 2026, M. S... A..., représenté par Me Trebesses, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 27 octobre 2026, par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et l’a interdit de retour sur le territoire français pendant trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.


M. A... soutient que :
En ce qui concerne l’arrêté dans son ensemble :
- le signataire de l’arrêté ne justifie pas de sa compétence ;
- l’arrêté est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
• elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’il aurait dû faire l’objet d’une décision de transfert vers les autorités suisses compte tenu du dépôt d’une demande d’asile dans ce pays, en application des dispositions de l’article L. 72-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

En ce qui concerne la décision l’interdisant de retour sur le territoire français :
• elle doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
• elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
• l’arrêté méconnaît les dispositions de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2026 avant l’audience, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique qui, en raison de problèmes d’organisation du centre de rétention administrative, s’est tenue à 14h45 :
- le rapport de M. Bilate,
- et les observations de Me Trebesses, représentant de M. A..., également présent et assisté par Mme B..., interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, précise que les faits pour lesquels M. A... a fait l’objet d’une interpellation n’ont pas donné lieu à des suites judiciaires, fait état d’avoir été contraint au centre de rétention administrative d’attendre 1 heure 30 avant de pouvoir s’entretenir avec son client, que l’organisation de cet établissement ne lui a pas permis d’assurer la confidentialité des échanges avec son client avant l’audience, et que l’audience débute pour ces mêmes raisons avec 45 minutes de retard.

La préfète de la Gironde n’étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à la suite de ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. M. S... A..., ressortissant algérien né en 1999 est, selon ses déclarations, entré en France en 2018. En 2023, il a introduit une demande d’asile auprès des autorités suisses. Le 27 octobre 2026, la préfète de la Gironde a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, il demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. A..., il y a lieu de prononcer son admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment un échange de courriels réalisés avec la police nationale, que M. A... a déposé une demande d’asile en Suisse en 2023, et que cette information a été confirmée par le système Eurodac. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français qu’il conteste a été prise sans examen préalable de sa situation personnelle. Il est, dès lors, fondé à en demander l’annulation, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions subséquentes le privant d’un délai de départ volontaire, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour pendant trois ans.
Sur les frais liés au litige :

4. M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Trebesses, avocat de M. A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Trebesses d’une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versé directement par l’Etat.

D E C I D E :



Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté de la préfète de la Gironde du 27 octobre 2026 est annulé.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 euros à Me Trebesses, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve que Me Trebesses renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versé directement par l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. S... A..., à Me Trebesses et à la préfète de la Gironde.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.


Le magistrat désigné,





X. BILATE



La greffière,





Y. DELHAYE


La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,