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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100904

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100904

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2021, M. C, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant malade ou à défaut de réexaminer sa demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration ;

- méconnaît l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il sollicite que le motif de la décision tiré de ce que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité se substitue au motif erroné tiré de ce qu'il existe un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Mazas, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1991 et de nationalité géorgienne, déclare être sur le territoire français le 5 novembre 2018. Il a sollicité le 19 novembre 2019 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade. Par un arrêté du 4 mars 2020, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours du requérant. Par ailleurs, la seule circonstance que l'arrêté attaqué ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à établir que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'intérêt de la fille du requérant pour rejeter la demande de titre de séjour. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation des arrêtés attaqués doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a été transmis par le préfet de l'Hérault dans son mémoire en défense, communiqué à M. B. Par suite le moyen tiré du vice de procédure en ce que cet avis n'aurait pas été transmis doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu, le 2 mars 2020, un avis aux termes duquel l'état de santé de l'enfant mineur de M. B nécessite une prise en charge médicale sans que le défaut de celle-ci n'entraîne de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cet avis mentionne en outre que l'enfant peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la fille de M. B est atteinte d'une maladie génétique rare, un syndrome ART 16, provoquant une déficience intellectuelle, des particularités morphologiques et une alphatalassémie, et si ce diagnostic n'a été dressé qu'à la suite d'analyse génétique en France après une errance de diagnostic en Géorgie puis en Arménie, ces circonstances ne sont pas de nature à contredire utilement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de soins. En tout état de cause, cette pathologie génétique nécessite des soins de type rééducation et des bilans annuels médicaux, notamment un suivi orthophonique et de kinésithérapie dont la fille du requérant bénéficie en France, et il ne ressort pas des pièces du dossier que de tels suivis ne seraient pas disponible en Géorgie, pays d'origine du requérant et de son épouse. Par ailleurs, la circonstance qu'un certificat médical du 29 novembre 2019 du département de génétique médicale, maladies rares et médecine personnalisée du centre hospitalier de Montpellier mentionne que " ces soins qui peuvent être pratiqués sur le territoire français sont peu, voire pas disponibles dans le pays d'origine d'Anamaria ", n'est pas de nature, à lui seul, à établir que la fille du requérant ne bénéficierait pas effectivement d'un traitement approprié en Géorgie. Ensuite, si M. B indique que sa fille est atteinte d'une malformation du pied (pied bot varus équin droit), il ressort toutefois des pièces du dossier qu'une opération a eu lieu le 28 mars 2019 et rien n'indique qu'une nouvelle opération serait nécessaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. La décision portant refus de titre de séjour attaquée ne peut être regardée comme ayant été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de la fille de M. B dès lors qu'elle n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de sa famille. Par ailleurs, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que cette enfant pourrait continuer les soins de réadaptation nécessaires à sa pathologie dans son pays d'origine et y poursuivre sa scolarité, débutée en France, eu égard à son très jeune âge. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment, et eu égard à l'entrée récente du requérant sur le territoire français à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait entaché la décision portant refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant et de sa fille malade doit être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D B, à Me Mazas et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

N. A

Le président,

E. SouteyrandLa greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 15 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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