mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101120 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | S.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mars et le 26 juillet 2021, Mme A B, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Schneider Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Pollestres (Pyrénées-Orientales) s'est opposé à sa demande de déclaration préalable en vue de la construction d'une piscine semi-enterrée, dite bassin, dans le cadre de son activité d'élevage canin et félin sur la parcelle cadastrée section AE n° 23 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au maire de la commune de Pollestres de délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Pollestres de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Pollestres la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence au regard de l'absence d'habilitation de son signataire ;
- le motif tiré de la méconnaissance de l'article 2.e du règlement du plan local d'urbanisme est sans rapport avec la demande et ne pouvait légalement fonder la décision d'opposition contestée ;
- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.c du règlement du plan local d'urbanisme est également entaché d'illégalité dès lors que ces dispositions autorisent les affouillements des sols et les exhaussements nécessaires aux constructions existantes dans la zone et aux aménagements paysagers ; or, les abris dédiés aux animaux constituent des constructions existantes ;
- le motif tiré de l'absence de nécessité du projet de construction par rapport à l'exploitation agricole en méconnaissance de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- le motif tiré de ce que l'absence de raccordement aux réseaux d'eaux usées ou de système prévoyant le traitement des eaux usées et de ce que le déversement des eaux usées d'une piscine constitue une infraction à l'article L. 211-2 du code de l'environnement ne pouvait légalement fonder l'opposition à déclaration ;
- le motif tiré de ce que le bassin ne répond pas aux caractéristiques d'un dispositif de lutte contre l'incendie ne pouvait légalement fonder la décision en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, la commune de Pollestres, représentée par la société civile professionnelle (SCP) d'avocats Henry, Chichet, Henry, Pailles, Garidou et Renaudin, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
En réponse à la mesure d'instruction qui lui a été adressée, le 9 décembre 2022, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, la commune de Pollestres a produit, le 14 décembre suivant, un zonage annoté du plan local d'urbanisme et a exposé au tribunal que la parcelle en litige n'était pas concernée par un sous-secteur de la zone agricole.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;
- les observations de Me Schneider représentant Mme B ;
- et les observations de Me Paré représentant la commune de Pollestres.
Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 26 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B s'est vu accorder, par un arrêté du 18 mai 2020 du maire de la commune de Pollestres, un permis de construire pour une exploitation agricole en vue de la construction d'abris dédiés à l'élevage canin et félin d'une surface totale de plancher de 60,87 m² au lieudit Les Fanjaus sur les parcelles cadastrées section AE n° 23 et n° 24, puis un permis modificatif, le 25 mars 2021, autorisant l'ajout de trois abris et un enclos dédié aux chats. Mme B a déposé, le 8 décembre 2020, une déclaration préalable en vue de la construction d'une piscine semi-enterrée en bois dédiée aux chiens et pouvant également, en cas d'incendie, être utilisée comme une réserve d'eau. Le maire de la commune de Pollestres a, par une décision du 7 janvier 2021, fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision d'opposition à déclaration préalable a été signée par M. C D, adjoint au maire. Or, ce dernier disposait, en application d'un arrêté du 29 mai 2020 du maire de la commune de Pollestres d'une délégation, régulièrement publiée, à l'effet de signer notamment les autorisations de droit des sols. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
3. Pour s'opposer à la déclaration préalable présentée par Mme B, le maire de la commune de Pollestres s'est fondé, en premier lieu, sur la méconnaissance de l'article 2, dans ses dispositions 2.e et 2.c, du règlement du plan local d'urbanisme, en deuxième lieu, sur l'absence de raccordement aux réseaux d'eaux usées ou de système prévoyant le traitement des eaux usées et sur la circonstance que le déversement des eaux usées d'une piscine constitue une infraction à l'article L. 211-2 du code de l'environnement, en troisième lieu, sur l'absence de lien nécessaire du projet avec l'exploitation agricole en méconnaissance de l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme et, en dernier lieu, sur la circonstance que les piscines privées ne présentent pas " les caractéristiques requises - pérennité et accès - pour être reconnues comme dispositif de lutte contre l'incendie ".
4. En premier lieu, en application de l'article L. 151-11 du code de l'urbanisme, le plan local d'urbanisme peut autoriser, dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière du terrain sur lequel elles sont implantées et qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. Aux termes de l'article 2 A du règlement du plan local d'urbanisme : " Les règles suivantes s'appliquent à la zone A : () c. Les bâtiments autres que les habitations sous les mêmes réserves que ci-dessus s'ils permettent exclusivement à l'exploitant d'abriter ses outils de travail et les activités classées nécessaires à l'exploitation (). "
5. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à l'exploitation agricole, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole, au sens de ces dispositions, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole ou forestière d'une consistance suffisante. Par ailleurs, le lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée.
6. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que Mme B, qui a la qualité d'exploitante agricole, exerce l'activité d'éleveur canin et félin, pour laquelle elle dispose d'abris et d'enclos dédiés à l'accueil de chiens et de chats sur la même parcelle. Pour justifier de la demande de construction de la piscine semi-enterrée d'une superficie de 28 m² qu'elle dénomme désormais bassin, Mme B, qui n'a pas de maison d'habitation sur ce terrain, fait valoir la circonstance qu'elle élève, dans un cadre haut de gamme, des chiens habitués à des températures très basses, tels les Samoyèdes, qui, en l'absence de protections ou d'arbres sur son terrain d'exploitation, sont soumis à une très forte chaleur estivale et justifie que le caractère semi-enterré de la piscine permettra un accès facilité aux chiens, qui profiteront, grâce au bassin, d'une fraîcheur nécessaire à leur bien-être. Dans ces conditions, compte tenu de la circonstance que l'installation du bassin dédié aux chiens se situe dans le prolongement direct de l'activité d'élevage canin et félin, la construction projetée présentait le lien de nécessité avec l'activité agricole que le maire de la commune de Pollestres ne pouvait légalement dénier. Il suit de là que le motif ainsi opposé est entaché d'une erreur d'appréciation.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 A du règlement du plan local d'urbanisme : " Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières : Les règles suivantes s'appliquent à la zone A et les secteurs Aa, Ab, Ap : () c. Les affouillements et les exhaussements des sols nécessités par les travaux relatifs aux voies, aux constructions, aux aménagements hydrauliques de lutte contre les inondations et aux aménagements paysagers. () e. Les constructions, installations, aménagements et dépôts directement liés et nécessaires au fonctionnement, à l'exploitation, à la gestion et à l'entretien du domaine public autoroutier de l'autoroute A9, dans le respect des prescriptions et des textes. "
8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la demande préalable présentée par Mme B a un lien avec l'activité d'élevage canin et félin qu'elle exerce. Dans ces conditions, et dès lors qu'elle avait la possibilité de construire en zone agricole et qu'au demeurant la parcelle dont elle est propriétaire n'est pas concernée par les sous-secteurs ainsi désignés, les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions précitées du c. et du e. de l'article 2 A du règlement du plan local d'urbanisme applicable aux sous-secteurs Aa, Ab et Ap ne pouvaient légalement lui être opposés.
9. En troisième lieu, si le maire a opposé le motif tiré de ce que les piscines privées ne présentent pas " les caractéristiques requises - pérennité et accès - pour être reconnues comme dispositif de lutte contre l'incendie ", la pétitionnaire n'envisageait nullement d'inscrire la construction projetée dans un dispositif de lutte contre les incendies mais seulement la possibilité d'utiliser, en cas d'incendie au sein des abris, d'utiliser l'eau du bassin. Dans ces conditions, ce motif ne pouvait pas davantage fonder la décision d'opposition contestée.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code de l'environnement :
" I. - Les règles générales de préservation de la qualité et de répartition des eaux superficielles, souterraines et des eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. II. - Elles fixent : 1° Les normes de qualité et les mesures nécessaires à la restauration et à la préservation de cette qualité, en fonction des différents usages de l'eau et de leur cumul ; 2° Les règles de répartition des eaux, de manière à concilier les intérêts des diverses catégories d'utilisateurs ; 3° Les conditions dans lesquelles peuvent être : a) Interdits ou réglementés les déversements, écoulements, jets, dépôts directs ou indirects d'eau ou de matière et plus généralement tout fait susceptible d'altérer la qualité des eaux et du milieu aquatique ; (). Selon les dispositions de l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " A : Conditions de desserte des terrains par les réseaux publics et dispositif d'assainissement non collectif : () 2 Assainissement : Toute construction doit être raccordée à un système d'assainissement individuel conforme à l'arrêté du 6 mai 1996 / article R. 2224-17 du code général des collectivités territoriales fixant les prescriptions techniques applicables aux systèmes d'assainissement non collectif. Ce dispositif devra faire l'objet d'une visite de conformité exercée par la commune. "
11. Pour faire opposition à la déclaration préalable sollicitée, le maire de la commune de Pollestres s'est également fondé sur l'absence de raccordement aux réseaux d'eaux usées ou de système prévoyant le traitement des eaux usées et sur la circonstance que le déversement des eaux usées d'une piscine constitue une infraction à l'article L. 211-2 du code de l'environnement.
12. Les dispositions prévues à l'article L. 211-2 du code de l'environnement citées au point 8 ne prévoient pas d'infraction dans l'hypothèse où une construction projetée méconnaîtrait les règles de raccordement au réseau sanitaire. Pour autant, le maire de la commune de Pollestres pouvait légalement, conformément aux dispositions de l'article 4 du règlement plan local d'urbanisme citées au point 12, s'opposer à la déclaration préalable présentée par Mme B dès lors que cette dernière n'avait pas prévu, dans le dossier de déclaration préalable, un dispositif individuel d'assainissement pour la piscine projetée dénommée bassin. Pour contester ce motif, Mme B se borne à soutenir qu'elle ne videra le bassin que de façon très occasionnelle et établit seulement avoir pris l'attache du bureau d'étude Horizons-Ingéniérie pour la mise en place d'un réseau d'assainissement individuel. Or, cette seule perspective de raccordement, qui, au demeurant, et selon les propres allégations de la requérante, ne concernera pas la piscine, ne suffit pas à considérer que le maire aurait, en opposant une telle absence de raccordement, commis une erreur d'appréciation. Il suit de là que si le maire de la commune de Pollestres a opposé trois autres motifs entachés d'illégalité, il pouvait légalement, sur ce seul motif tiré de l'absence de raccordement au réseau d'assainissement, s'opposer à la déclaration préalable présentée par Mme B.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction que Mme B présente doivent, en conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Pollestres, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances, sur ce même fondement, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Pollestres une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pollestres en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Pollestres.
Délibéré à l'issue de l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La rapporteure,
D. ELe président,
D. BesleLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 7 février 2023,
La greffière,
C. Arcedl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026