Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101169
jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101169 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SVA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2021, Mme G B, Mme I B épouse E, M. D B, M. H B et M. F A, représentés par la Scp SVA, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 23 novembre 2020 dénommée " Aménagement durable - aménagement du quartier de Cambacérès à Montpellier " du conseil de Montpellier Méditerranée Métropole portant diverses cessions foncières à la société d'aménagement de Montpellier Méditerranée Métropole en tant qu'elle porte abrogation de la disposition relative à la cession des parcelles SM61 SM70 SM69 et SM63 de la délibération n°2019-108 du 22 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de Montpellier Méditerranée Métropole le versement à chacun de la somme de 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la délibération :
- à titre principal, méconnait les articles 1582, 1583 et 1599 du code civil et que Montpellier Méditerranée Métropole ne peut pas abroger la délibération du 22 mars 2019 dès lors que les ventes des lots C3-2 et C4-2 sont parfaites ;
- à titre subsidiaire, méconnait l'article L 242-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le délai de quatre mois n'a pas été respecté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, Montpellier Méditerranée Métropole, représentée par la SCP CGCBetAssociés conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- à titre subsidiaire, la requête tendant à la contestation d'une mesure d'exécution d'un contrat est irrecevable en application de la jurisprudence dite " Béziers II " du 21 mars 2011 ;
- à titre très subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés dès lors que la délibération du 22 mars 2019 n'est pas créatrice de droits.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le du code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
- les observations de Me Jeanjean, représentant Mme B et autres ;
- et les observations de Me Aldigier, représentant Montpellier Méditerranée Métropole.
Une note en délibéré présentée pour Mme B et autres a été enregistrée le 1er décembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 28 juin 2012, Montpellier Agglomération a décidé du lancement de procédures de déclaration d'utilité publique et d'enquête parcellaire pour la constitution d'une réserve foncière sur un ensemble de parcelles sur les communes de Lattes et de Montpellier, d'une surface de 50 hectares, pour y recevoir le futur quartier gare TGV, dans le périmètre duquel les consorts B et M. A étaient propriétaires de parcelles. Sur cette même zone, Montpellier Agglomération (devenue Montpellier Méditerranée Métropole) a décidé, par une délibération du 24 septembre 2013, la création d'une opération d'aménagement d'ensemble appelée " OZ Nature Urbaine ", puis " Cambacérès ". Par une délibération du 6 février 2014, Montpellier Agglomération a décidé de signer des accords transactionnels avec les consorts B et M. A concernant le sort de leurs parcelles, prévoyant la vente d'une partie de celles-ci tout en conservant, pour leur usage propre, des terrains à définir susceptibles de recevoir une surface de plancher de 8500 m2 pour les consorts B et de 4500 m2 pour M. A. Les actes de vente correspondant de 2014 étaient assortis de diverses conditions résolutoires liées à l'état d'avancement de l'aménagement et de l'évolution des règles d'urbanisme. Par une délibération du 22 mars 2019, Montpellier Méditerranée Métropole a décidé de désigner le lot C3-02, d'une surface de 1 004 m2, dans le périmètre de la ZAC1 comme devant être cédé à l'indivision B et le lot C4-2, d'une surface de 684 m2, dans le périmètre de la ZAC1 à M. A. Par une délibération du 23 novembre 2020, Montpellier Méditerranée Métropole a décidé de modifier le programme d'aménagement et d'abroger les dispositions de la délibération du 22 mars 2019 relatives à ces cessions. Par leur requête, les consorts B et M. A demandent l'annulation de la délibération du 23 novembre 2020 dénommée " Aménagement durable - aménagement du quartier de Cambacérès à Montpellier " du conseil de Montpellier Méditerranée Métropole en ce qu'elle porte abrogation de la disposition relative à la cession des parcelles SM61 SM70 SM69 et SM63 de la délibération n°2019-108 du 22 mars 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer. " Aux termes de l'article 1583 du même code : la vente " est parfaite entre les parties, et la propriété acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'acte notarié de vente des 12 et 13 août 2014 entre les consorts B et Montpellier Agglomération prévoyait dans une deuxième partie " vente sous conditions résolutoires " la vente de leurs parcelles SM8, SM 6, SM 7 et SM 10 contre le paiement de 1 391 159 euros à verser à la signature, puis le versement de la même somme au plus tard le 31 janvier 2015 et enfin, au plus tard le 31 décembre 2025 (ou ultérieurement), une troisième échéance sous la forme d'une remise d'un terrain d'une valeur équivalente à 187 000 euros TTC par Montpellier Méditerranée Métropole, ou son concessionnaire, situé dans le périmètre de la ZAC OZ n°1, et porteur, à terme, d'une surface de plancher de 8500 m2. Par ailleurs, l'acte de vente des 31 juillet et 4 août 2004 prévoit également la vente de la parcelle SN39 de M. A contre un versement de 512 569 euros à la signature, le paiement d'un montant identique au plus tard le 31 janvier 2015 et une troisième échéance au plus tard le 31 décembre 2025 (ou ultérieurement) sous la forme d'une remise d'un terrain d'une valeur équivalente à 99 000 euros par Montpellier Méditerranée Métropole ou son concessionnaire, situé dans le périmètre de la ZAC OZ 1 permettant une surface de plancher minimum de 4500 m2. Dans les deux actes notariés précités, ces remises de terrain étaient soumises à sept conditions résolutoires alternatives, au titre desquelles figurent notamment l'absence de modification du PLU portant classement du terrain remis aux consorts B en zone U ou AU ouverte à l'urbanisation, à usage d'habitation, bureaux et commerces au plus tard le 31 décembre 2015, l'absence d'approbation du dossier de réalisation de la ZAC OZ1, l'absence de remise, avant le 31 décembre 2023, par Montpellier Méditerranée Métropole de deux propositions de localisation de terrain, l'absence d'agrément du promoteur et du programme de construction des surfaces de plancher concernées, l'absence de signature d'une convention d'association sur le fondement de l'article L. 311-5 du code de l'urbanisme avant le 31 décembre 2025 et l'absence d'approbation par le président de Montpellier Méditerranée Métropole d'un cahier des charges de cession terrain particulier et fixant les prescriptions techniques conformément aux objectifs de la ZAC.
4. La délibération du 22 mars 2019 fait expressément référence à la remise de terrains pour des valeurs équivalentes aux montants précités, et désigne les parcelles concernées par cette remise, à savoir la parcelle SM48p de 125 m2 et SM121 pour l'indivision B et la parcelle SM48p de 541 m2 pour M. A, conduisant à s'accorder sur les éléments essentiels de cet échange. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette désignation de parcelles, qui ne concernait que la mise en œuvre des modalités de paiement de la troisième échéance prévue par les actes de vente de 2014, ne constituait ainsi pas une vente en elle-même, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les parcelles cédées par les requérants à Montpellier Méditerranée Métropole étant parfaitement définies et la vente réalisée par les actes notariés de l'été 2014. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 3, ces troisièmes échéances étaient soumises aux sept conditions résolutoires prévues par les actes notariés. Il résulte ainsi de ce qui précède que la désignation par la délibération du 22 mars 2019 des parcelles proposées aux requérants, qui ne constituait qu'un acte préparatoire conditionnel pour le paiement de la troisième échéance prévue par les des contrats de vente de l'été 2014, ne créait aucun droit à leur profit. Au surplus, les échéances fixées par les actes notariés ne sont pas atteintes à la date du présent jugement et les requérants conservent le droit au paiement de la troisième échéance sous la forme de la remise de terrains qui, s'ils ne peuvent plus être à usage d'habitation à la suite de la modification du parti d'aménagement de la ZAC Cambacérès 1, pourront toujours être affectés à usage de bureau ou commerce, ce que prévoyait aussi les engagements contractuels de vente de 2014, sans que qui ni la valeur, ni la surface constructible respectives des terrains échangés, telles que prévues dans l'acte de vente, ne soit affectées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 1582, 1583 et 1599 du code civil en ce que la délibération du 22 mars 2019 aurait caractérisé la réalisation d'une vente parfaite ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé sous réserve, le cas échéant, de l'édiction de mesures transitoires dans les conditions prévues à l'article L. 221-6. ".
6. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 22 mars 2019 désignant les parcelles objets de la remise de terrains, n'était pas créatrice de droits au bénéfice des requérants. Par suite, Montpellier Méditerranée Métropole pouvait procéder à l'abrogation de ces dispositions pour tout motif et sans condition de délai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L 242-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le délai de quatre mois n'a pas été respecté doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Montpellier Méditerranée Métropole, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B et autres la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B et autres le versement à Montpellier Méditerranée Métropole d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par Montpellier Méditerranée Métropole au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme G B, Mme I B épouse E, M. D B, M. H B et M. F A et à Montpellier Méditerranée Métropole.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
N. C
Le président,
E. Souteyrand La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 15 décembre 2022.
La greffière,
M-A. Barthélémy
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