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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101543

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101543

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2021, Mme B A, représentée par Mme E demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 5 mars 2021 par laquelle la commune de Perpignan a a rejeté sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Perpignan de lui accorder la protection fonctionnelle sous quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Perpignan une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles 6 quinquies et 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- l'affectation sur son poste constitue une sanction déguisée résultant notamment de ce qu'elle a été placée en congé pour longue maladie puis a repris son travail à mi-temps thérapeutique ; au surplus, le poste sur lequel elle a été affectée était déjà occupé par un autre agent et aucune vacance de poste n'avait été déclarée.

Par un mémoire enregistré le 13 juillet 2021 la commune de Perpignan, représentée par la SCP d'avocats Sanguinède Di Frena et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret 2006-1690 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Delepine, représentant Mme A, et de Me Di Frenna, représentant la commune de Perpignan.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B A, adjoint administratif de 2ème classe au sein des services de la commune de Perpignan, affectée au centre archéologique du Ruscino depuis le 4 février 2019 demande l'annulation de la décision du 5 mars 2021 par laquelle le maire de Perpignan a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle qu'elle avait sollicitée le 28 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté contesté a été signé par M. C D, adjoint au maire de Perpignan, Par un arrêté du 8 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la commune de Perpignan, le maire de Perpignan a accordé à ce dernier une délégation de compétence et de signature notamment la compétence en matière de ressources humaines et de recrutement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Contrairement à ce que soutient Mme A, par le rappel exprès des dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, l'exposé des faits à l'origine desquels la requérante a sollicité l'autorité territoriale d'une demande de protection et l'énoncé des raisons pour lesquelles l'autorité territoriale a décidé de ne pas y faire droit, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Aux termes de l'article 11 de la même loi : " () La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. (). ".

5. D'une part, les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Si la protection résultant de ces dispositions n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

6. D'autre part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Par une lettre recommandée du 28 janvier 2021, Mme A a présenté une demande de protection fonctionnelle sur le fondement des dispositions sus rappelées du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, en faisant état d'une situation constitutive de harcèlement moral à son égard du fait d'une " mise au placard " engendrant pour elle une dégradation de ses conditions de travail, une déqualification et une désocialisation en l'absence de tâches confiées.

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa reprise d'activité à la suite de son placement en congé de longue maladie de janvier 2015 à janvier 2018, Mme A a été affectée auprès de la direction des archives municipales et que son changement d'affectation au sein du centre archéologique du Ruscino le 4 février 2019 a été dictée par les difficultés relationnelles rencontrées au sein de sa précédente affectation au sein du service des archives municipales, démontrées par les diverses correspondances du chef du service des archives municipales relatant à la fois des difficultés relationnelles et des tensions avec un autre agent du service mais aussi des difficultés rencontrées par l'intéressée dans l'accomplissement de son service, tenant notamment à une absence d'autonomie dans son travail. Il n'est nullement démontré que l'affectation de Mme A au service archéologique du Ruscino serait en lien avec ses arrêts de maladie de sorte que cette affectation a été décidée dans l'intérêt du service et qu'elle ne constitue pas, comme il est soutenu, une sanction disciplinaire déguisée.

9. Selon l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement. " L'article 3 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux dispose que " I. - Les adjoints administratifs territoriaux sont chargés de tâches administratives d'exécution, qui supposent la connaissance et comportent l'application de règles administratives et comptables. / Ils peuvent être chargés d'effectuer divers travaux de bureautique et être affectés à l'utilisation des matériels de télécommunication. / Ils peuvent être chargés d'effectuer des enquêtes administratives et d'établir des rapports nécessaires à l'instruction de dossiers. / Ils peuvent être chargés de placer les usagers d'emplacements publics, de calculer et de percevoir le montant des redevances exigibles de ces usagers. II. - Lorsqu'ils relèvent des grades d'avancement, les adjoints administratifs territoriaux assurent plus particulièrement les fonctions d'accueil et les travaux de guichet, la correspondance administrative et les travaux de comptabilité. Ils peuvent participer à la mise en œuvre de l'action de la collectivité dans les domaines économique, social, culturel et sportif. Ils peuvent être chargés de la constitution, de la mise à jour et de l'exploitation de la documentation ainsi que de travaux d'ordre. Ils peuvent centraliser les redevances exigibles des usagers et en assurer eux-mêmes la perception. Ils peuvent être chargés d'assurer la bonne utilisation des matériels de télécommunication. Ils peuvent être chargés du secrétariat de mairie dans une commune de moins de 2 000 habitants. Ils peuvent se voir confier la coordination de l'activité d'adjoints administratifs territoriaux du premier grade. ".

10. Il ressort de l'appréciation portée par la directrice du patrimoine et de l'archéologie dans le compte rendu de l'entretien professionnel de Mme A du 4 février 2020 que l'intéressée, affectée en qualité d'agent de gestion administrative au centre archéologique du Ruscino, s'est trouvée en surnombre après le retour à temps plein de l'autre agent affecté au secrétariat, qu'elle s'est investie dans son poste mais que son profil ne correspondait pas aux besoins du service, à savoir un archéologue diplômé. La directrice a suggéré que l'intéressée soit affectée sur un poste qui correspond à ses capacités administratives et ses attentes et la décision attaquée indique que la situation de Mme A sera examinée par la direction des ressources humaines en vue du traitement de cette problématique de positionnement et de réorientation professionnelle de l'agent au sein de la collectivité. Si la directrice du patrimoine et de l'archéologie a émis un avis défavorable au maintien de Mme A sur son poste au motif qu'elle ne disposait pas des compétences spécifiques requises, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a conservé une activité au sein du service qu'elle a exercée en étant positionnée en autorisation spéciale d'absence et en télétravail dans le cadre de la crise sanitaire jusqu'au 9 juin 2021, date à laquelle la directrice l'a invitée à reprendre son travail en présentiel dans le contexte de réouverture du musée le 19 juin suivant avec exposition, opérations vidéo et préparation d'activité et il ressort de la fiche de poste de travail produite au dossier que Mme A occupe un poste de secrétaire au centre archéologique de Ruscino, poste de catégorie C, dont les missions consistent à gérer l'agenda d'une équipe ou d'un responsable, à gérer les stocks de biens et fournitures, à mettre en forme les documents, à organiser la logistique des réunions, à recevoir et orienter des appels téléphoniques, à rédiger des notes et des courriers, à traiter le courrier et à trier, classer et archiver des documents. Il en résulte que les missions confiées à la requérante dans le cadre de son affectation au poste d'agent de gestion administrative au sein du centre archéologique du Ruscino sont au nombre de celles qui peuvent être confiées à un adjoint administratif de 2ème classe et sont donc conformes au cadre d'emploi des adjoints administratifs auquel elle appartient. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas démontré, d'une part, que l'affectation de Mme A au centre archéologique du Ruscino sur un poste qui correspond à son grade aurait porté atteinte aux prérogatives que l'intéressée tient de son statut que ce soit en terme de responsabilité ou de rémunération et, d'autre part, que les conditions dans lesquelles elle a exercé ses fonctions auraient porté atteinte à sa dignité, à sa santé physique ou mentale ou auraient été de nature à compromettre son avenir professionnel. Par suite, Mme A n'établit pas avoir subi l'une des atteintes figurant au IV de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dans ces dispositions ni être en situation de harcèlement moral.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

12. Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme A, partie perdante, ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Perpignan présentées à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Perpignan présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Perpignan.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE

La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 octobre 2023

La greffière,

C. Arce

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