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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102039

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102039

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2021 et le 14 octobre 2022, M. D A, représenté par la SCP CGCB et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 n° PC 034 082 21 M003 par lequel le maire de la commune de Combaillaux a refusé sa demande de permis de construire portant sur la réalisation de deux maisons d'habitation sur la parcelle cadastrée section AE n°18 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Combaillaux la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en ce que l'avis défavorable du préfet est lui-même entaché d'une erreur d'appréciation et méconnait le principe d'égalité ;

- il ignore si l'exposition à un risque de feu de forêt doit être appréciée comme une demande de substitution de motif ; au demeurant, le projet en litige ne conduit pas à la réalisation de bâtiment individuel isolé.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 septembre 2022, le 4 octobre 2022 et le 17 octobre 2022, la commune de Combaillaux, représentée par Me D'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet a émis un avis conforme défavorable sur le fondement de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme et était ainsi tenu de refuser le permis sollicité ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- le cas échéant, elle sollicite une substitution de motif tenant à ce que le projet est exposé à un risque de feu de forêt.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Muller, représentant M. A ;

- et les observations de Me Chatron, représentant la commune de Combaillaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 11 février 2021 une demande de permis de construire aux services de la mairie de Combaillaux pour la réalisation de deux maisons d'habitation avec garage sur la parcelle cadastrée section AE n°18. Par un arrêté du 23 février 2021, dont M. A demande l'annulation, le maire de la commune de Combaillaux a refusé d'accorder le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Et aux termes de l'article L. 422-5 du même code : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3. Les dispositions précitées au point 2 interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

4. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des vues aériennes, que la parcelle assiette du projet cadastrée section AE n°18 se situe au Nord-Ouest de la commune et est séparée de la partie urbanisée de la commune de Combaillaux par la route des Combes qui forme une rupture franche. S'il existe trois constructions isolées au Sud et du même côté de la route des Combes que la parcelle AE n°18, elle en est toutefois séparée par l'impasse " La Font " et cet ensemble de trois maisons ne saurait être regardé comme faisant partie de la zone urbanisée de la commune. Au demeurant et en tout état de cause, M. A ne saurait utilement alléguer une méconnaissance du principe d'égalité dès lors qu'il est dans une situation juridiquement différente de celle de ces constructions autorisées par un permis de construire initial délivré en 2015 sous l'empire du plan d'occupation des sols devenu caduc en 2017, permettant au préfet de l'Hérault d'émettre légalement en 2018 un avis favorable à une demande de permis de construire modificatif. Ensuite, la simple présence d'un cabanon d'une vingtaine de mètres carrés sur la parcelle AE 18 ne saurait la faire regarder comme étant déjà urbanisée. Enfin, cette parcelle s'ouvre à l'Ouest et au Nord vers une vaste zone de garrigues non construite. Dans ces conditions, le projet en litige aurait pour effet d'entrainer une extension de l'urbanisation contraire à l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme précités quand bien même la parcelle serait desservie par les différents réseaux publics. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait fait une inexacte application des dispositions précitées en émettant un avis défavorable au projet de M. A doit être écarté.

6. En deuxième lieu, eu égard à l'avis conforme défavorable légalement émis par le préfet de l'Hérault, le maire de la commune de Combaillaux était tenu de refuser le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la substitution de motif sollicitée par la commune au titre du risque de feux de forêts.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Combaillaux, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A le versement à la commune de Combaillaux d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Combaillaux au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. D A et à la commune de Combaillaux.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

D. BesleLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 28 mars 2024,

La greffière,

M. C

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