jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PINET & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2021 et le 17 juin 2022, Mme C A, représentée par le cabinet Lysis, avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Montbrun-des-Corbières a refusé de procéder à la dépose du compteur n° 82 R 100 1433 3932 installé dans le mur dont elle est propriétaire ;
2°) d'enjoindre à la commune de Montbrun-des-Corbières de procéder à l'enlèvement de ce compteur dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Montbrun-des-Corbières une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le mémoire en défense présenté pour la commune est irrecevable faute de justifier d'une habilitation de son maire à ester en justice ;
- elle est propriétaire, depuis le 3 juillet 2002, des deux parcelles composant le 7, rue des remparts ;
- le compteur d'eau implanté sur sa propriété doit être qualifié d'ouvrage public et cette implantation procède d'une emprise irrégulière ;
- elle refuse de donner son accord à l'implantation de ce compteur sur sa propriété de sorte qu'aucune régularisation n'est possible ;
- l'issue de l'action qu'elle a introduite devant le tribunal judiciaire de Narbonne, aux fins de faire déplacer les canalisations implantées sans son autorisation dans son terrain et qui desservent la propriété voisine à qui correspond le compteur d'eau en litige, impliquera son déplacement ; ce déplacement n'emporte aucune charge excessive et aucun motif d'intérêt général n'est susceptible d'y faire obstacle.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 août 2021 et le 25 juillet 2022, la commune de Montbrun-des-Corbières, représentée par la SELARL Pinet et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A d'une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme A n'établit pas être propriétaire de l'immeuble qui serait l'objet de l'emprise ;
- elle produit la délibération du conseil municipal donnant délégation au maire pour la défendre dans les actions intentées contre elle devant toutes les juridictions et à toutes les étapes de la procédure ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Girard pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Montbrun-des-Corbières exploite en régie le service d'adduction d'eau potable. Mme A, propriétaire d'un immeuble d'habitation situé 7 rue des remparts, a constaté qu'un compteur d'eau n° 82 R 100 1433 3932, desservant sa voisine immédiate, avait été installé à côté du sien dans la trappe aménagée d'un mur lui appartenant. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 3 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Montbrun-des-Corbières a rejeté sa demande de procéder à la dépose de ce compteur et d'enjoindre à cette commune de procéder à l'enlèvement du compteur litigieux.
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ; () ".
3. Il résulte de l'instruction que, par délibération n°2020/30 du 23 juin 2020, le conseil municipal de la commune de Montbrun-des-Corbières a donné délégation au maire pour intenter au nom de la commune les actions en justice ou défendre la commune dans les actions intentées contre elle dans tous les cas, devant toutes les juridictions et à toutes les étapes de la procédure. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à demander que les mémoires en défense présentés pour la commune de Montbrun-des-Corbières soient écartés des débats.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. La commune de Montbrun-des-Corbières fait valoir que Mme A ne justifie pas de sa qualité de propriétaire. Toutefois, Mme A produit un acte de vente du 3 juillet 2002 et il résulte de l'instruction, notamment des constats d'huissier du 10 novembre 2020 et du 1er juin 2020 produits par la requérante, que deux compteurs d'eau, dont celui en litige, sont implantés dans un mur dont elle est propriétaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Montbrun-des-Corbières ne peut qu'être écartée.
Sur le constat de la régularité de l'emprise sur la propriété de Mme A :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. L'établissement de cette servitude ouvre droit à indemnité. Il fait l'objet d'une enquête publique réalisée selon les modalités prévues au livre Ier du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article afin notamment que les conditions d'exercice de la servitude soient rationnelles et les moins dommageables à l'utilisation présente et future des terrains ".
6. En application des dispositions précitées, les collectivités territoriales qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisation d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales bénéficient d'une servitude leur permettant d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis. En l'absence d'un titre autorisant l'occupation d'un terrain privé par une canalisation publique ou à défaut d'un accord amiable avec les propriétaires intéressés, une telle occupation constitue une emprise irrégulière.
7. D'autre part, le règlement du service d'eau de la commune de Montbrun-des-Corbières, approuvé par délibération du 3 juin 2009 et prévu à l'article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales précise les prestations assurées par le service, ainsi que les obligations respectives de l'exploitant, des abonnés, des usagers et des propriétaires, notamment en ce qui concerne les branchements. Aux termes de l'article 4-1 de ce règlement : " Le branchement fait partie du réseau public et comprend : / 1°) la prise d'eau sur la conduite de distribution publique, et le robinet de prise d'eau sous bouche à clé, / 2°) la canalisation située tant en domaine public qu'en domaine privé, / 3°) le dispositif d'arrêt () / 4°) le système de comptage () ". Et, aux termes de l'article 4-2 du même règlement : " Les branchements sont réalisés par la collectivité. / Le branchement est établi après acceptation de la demande par la collectivité et après accord sur l'implantation et la mise en place de l'abri du compteur. Les travaux d'installation sont alors réalisés par la collectivité (ou l'entreprise qu'elle a missionnée) et sous sa responsabilité/ () ". Enfin, aux termes de l'article 5-1 de ce règlement : " Les compteurs d'eau sont la propriété de la collectivité () ".
8. Il résulte de l'instruction que le compteur n° 82 R 100 1433 3932 en litige est implanté dans le mur relevant de la propriété située au 7, rue des remparts. En outre, la commune de Montbrun-des-Corbières se borne à opposer que la requérante ne pouvait ignorer l'existence de ce compteur et qu'il ressort des termes mêmes de la lettre du 24 mars 2022 qu'elle a adressée à la commission d'accès aux documents administratifs qu'elle a considéré bénéficier d'un accord tacite de Mme A pour procéder à cette installation. Il résulte ainsi, tant de l'instruction que des écritures de la commune de Montbrun-des-Corbières, que l'installation du compteur n° 82 R 100 1433 3932 sur la propriété de la requérante ne procède d'aucun titre l'autorisant. Alors que le seul silence de Mme A ne saurait être regardé comme valant accord donné par cette dernière, l'implantation du compteur en litige constitue donc une emprise irrégulière.
Sur les conclusions tendant au déplacement du compteur n° 82 R 100 1433 3932 :
9. Les conclusions dirigées contre le refus d'enlever un ouvrage public irrégulièrement édifié sont absorbées par celles qui tendent à ce qu'il soit enjoint de l'enlever. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
10. Il est constant que la commune, qui se borne à contester la propriété de la requérante et à se prévaloir d'un accord tacite de cette dernière, n'a pas engagé de démarche de nature à lui conférer un titre autorisant l'occupation du mur dont Mme A est propriétaire. En outre, Mme A s'oppose au maintien du compteur en litige au motif qu'il correspond à des canalisations d'eau irrégulièrement implantées dans son terrain. Dans ces conditions, en l'état, une régularisation appropriée de l'installation en litige n'apparaît pas possible. Toutefois, alors que Mme A n'établit, ni ne soutient, subir une gêne du fait de la seule implantation du compteur d'eau dont il s'agit, elle ne saurait utilement se prévaloir de l'issue supposée d'une instance qu'elle a introduite devant le juge judiciaire aux fins de faire déplacer de son terrain les canalisations d'eau potable desservant l'habitation voisine dont relève le compteur en litige. Eu égard à la circonstance qu'en l'état, l'implantation de la canalisation, à laquelle est relié le compteur en litige, qui permet le raccordement au réseau d'eau potable de la maison d'habitation, n'est pas déclarée irrégulière, le déplacement du compteur dont il s'agit entraînerait, eu égard aux moyens dont la commune de Montbrun-des-Corbières, qui compte 319 habitants, fait état, et sans que cette dernière circonstance ne soit utilement contredite par la requérante, une atteinte excessive à l'intérêt général. Cette appréciation pourrait évoluer dans le cas où le juge judiciaire viendrait à reconnaître l'irrégularité de l'implantation des canalisations privées correspondant au compteur en litige.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Montbrun-des-Corbières, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Montbrun-des-Corbières présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Montbrun-des-Corbières présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Montbrun-des-Corbières.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseur le plus ancien,
N. HuchotLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 3 novembre 2022.
La greffière,
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026