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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103363

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103363

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par jugement n°2103363 rendu le 5 décembre 2022 ce tribunal, avant de statuer sur la requête de M. C qui demandait la condamnation du centre hospitalier de Narbonne à réparer ses préjudices, a ordonné une expertise médicale.

Par mémoires, enregistrés les 25 janvier et 25 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-De-Dôme, représentée par Me Auran-Viste, demande la condamnation du centre hospitalier de Narbonne à lui payer une somme de 43 696,57 euros, avec intérêts au taux légal, au titre des débours, la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire, et que soient mises à la charge du centre les dépens, et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier responsable des blessures doit lui rembourser ses débours, justifiés par l'attestation d'imputabilité ;

- ses frais médicaux du 13 mars au 7 septembre 2020 sont de 2 493,97euros ;

- ses frais pharmaceutiques du 13 mars au 5 septembre 2020 de 868,71euros ;

- les frais d'appareillage du 9 juin 2020 de 5,55 euros ;

- une franchise de 11 euros doit être déduite ;

- les prestations futures viagères au 16 août 2023 sont de 40 339,43 euros ;

- les frais de chaussures orthopédiques classe B plus moulage sont de 858,43 euros par an.

Le rapport d'expertise a été enregistré au greffe le 10 juillet 2023.

Par mémoire, enregistré le 21 juillet 2023, le centre hospitalier de Narbonne, représenté par Me Zandotti, conclut à limiter l'indemnisation des préjudices aux sommes qu'il propose, et au rejet des conclusions du requérant relatives aux intérêts moratoires, aux dépens, et à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier doit être limitée à 95%, l'indemnisation des préjudices sera réduite, et la CPAM sera déboutée des demandes injustifiées.

Par mémoires, enregistrés les 2 et 28 août et 11 septembre 2023, M. A C, représenté par la SELARL Sinsollier-Perez, demande :

1°- la condamnation du centre hospitalier de Narbonne à lui verser les sommes mentionnées plus bas, avec intérêts à taux légal au 22 avril 2021, et à payer les dépens et une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 7611 du code de justice administrative ;

2°- un complément d'expertise pour évaluer les préjudices qu'il a subis du fait de sa chute en sortant de voiture du 19 mai 2023.

Il soutient que :

- l'expert conclut à des fautes du centre hospitalier, taille de prothèse erronée, fracture du bassin occasionnée par l'opération, fracture non détectée pendant 3 jours, pas de reprise immédiate de l'opération, qui sont à l'origine des préjudices et engagent la responsabilité du centre hospitalier, avec une perte de chance de 95% ;

- son déficit fonctionnel temporaire est de 1 061,95euros, l'aide par tierce personne de 1 333,80 euros, les souffrances endurées, 2/7, 3 800 euros, le déficit fonctionnel permanent de 12% est de 14 820 euros, le préjudice d'agrément de 14 250 euros, le préjudice sexuel de 7 600 euros, et le préjudice psychologique de 11 400 euros ;

- il a droit au paiement des frais de changement de chaussures orthopédiques sur mesure à hauteur de 5 paires par an, et de véhicule adapté au handicap.

Par ordonnance du 30 août 2023 la clôture de l'instruction a été reportée au 15 septembre 2023 midi.

Par ordonnance du président du tribunal du 5 octobre 2023 les frais d'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 1 440 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Saint-Oyant, pour le centre hospitalier de Narbonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, opéré le 6 décembre 2019 au centre hospitalier de Narbonne, et qui soutient y avoir eu des soins inadaptés, demande la condamnation de ce centre à réparer ses préjudices.

Sur le complément d'expertise :

2. Le requérant demande un complément d'expertise pour évaluer les préjudices subis du fait de sa chute en sortant de voiture le 19 mai 2023. Cependant les pièces qu'il produit, notamment un courrier du kinésithérapeute indiquant que la chute n'a pas amélioré son état et a complexifié sa rééducation, et un certificat d'un chirurgien du 30 août 2023, ne démontrent pas d'aggravation de ses préjudices. Par suite, cette demande, faute d'utilité, sera rejetée.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Narbonne :

3. En vertu de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Si le requérant argue d'une faute du centre hospitalier de Narbonne, du fait de la fracture du bassin subie lors de l'opération le 6 décembre 2019 d'une arthroplastie de la hanche gauche, il résulte de l'instruction, et du rapport d'expertise du 10 juillet 2023, que le geste chirurgical lors de l'arthroplastie a été conforme aux règles de l'art, la fracture de l'arrière fond du cotyle étant inhérente à la technique chirurgicale utilisée et ne révélant pas de défaut de prise en charge. Par suite ce moyen sera écarté. Il en est de même du moyen tiré du défaut de prise en charge post-opératoire, M. C ne produisant pas d'élément démontrant qu'il aurait demandé une reprise chirurgicale immédiate qui lui aurait été refusée.

5. Si M. C invoque aussi une faute dans sa prise en charge post-opératoire dès lors qu'il a pu marcher le lendemain de l'opération et les trois jours suivants, les pièces qu'il produit, dont un courrier de sortie du Dr B du 6 décembre 2019, ne démontrent pas que la prescription d'une marche sans appui ait été fautive.

6. Il ressort toutefois des conclusions du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté en défense, que M. C a reçu des soins inadaptés au centre hospitalier de Narbonne le 6 décembre 2019, la prothèse choisie étant à l'origine d'un excès de longueur du membre inférieur droit, d'au moins 2,1 cm, lequel a entrainé les phénomènes douloureux et les préjudices subis par le patient. Dans ces conditions, il convient de suivre les conclusions de l'expert, et de considérer que cette prise en charge inadaptée constitue une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Narbonne à réparer la totalité des conséquences des dommages subis par le requérant.

Sur le lien de causalité et la nature du préjudice indemnisable :

7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue. Lorsqu'une pathologie prise en charge dans des conditions fautives a entraîné une détérioration de l'état du patient ou son décès, c'est seulement lorsqu'il peut être affirmé de manière certaine qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter ces conséquences que l'existence d'une perte de chance ouvrant droit à réparation peut être écarté.

8. L'expert évalue la perte de chance d'éviter les dommages à 95 %, taux non contesté qu'il convient de retenir.

Sur les préjudices :

9. Il résulte de l'instruction que l'état de M. C est consolidé le 7 septembre 2020, à l'âge de 64 ans.

10. La CPAM du Puy-De-Dôme justifie, par la production de ses débours définitifs et d'une attestation d'imputabilité établie le 16 août 2023 par son médecin-conseil, de frais médicaux et pharmaceutiques, et de petit appareillage pendant la période totale allant du 13 mars au 7 septembre 2020 s'élevant à 3 189,37 euros après application du taux de perte de chance.

11. La CPAM fournit une attestation de frais futurs viagers établie le 17 août 2023 et certifiés imputable aux manquements fautifs du centre hospitalier par attestation du 16 août 2023 de son médecin conseil, d'un montant de 40 339,43 euros, incluant des chaussures orthopédiques, d'un montant annuel de 858,43 euros, et des podo-orthèses. Ces frais, ramenés à 38 322,37 euros, après application du taux de perte de chance, donneront lieu à un remboursement par le centre hospitalier, sur présentation de justificatifs à mesure de leur engagement.

12. Si le requérant demande réparation des frais d'un véhicule adapté à son handicap, ce chef de préjudice, non retenu par l'expert, sera écarté. Si le requérant demande le remboursement des chaussures orthopédiques, évalué à 858,43 euros par an par la CPAM, ce chef de préjudice, inclus dans les dépenses de santé futures de la caisse et que le requérant n'établit pas devoir financer, sera aussi écarté.

13. Il résulte de l'instruction, et du rapport d'expertise, que M. C a eu recours, pendant la période de 173 jours allant du 13 mars au 6 septembre 2020, à une aide non spécialisée 3 heures par semaine. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de retenir pour l'indemnisation de l'aide non spécialisée requise, sur la base d'une année de 412 jours, un taux horaire de 14 euros après le 31 décembre 2017. Les frais liés à l'assistance temporaire par une tierce personne non spécialisée doivent ainsi être évalués à 986,10 euros après application du taux perte chance.

14. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel de 20% de M. C correspond à une période de 173 jours. Sur le fondement de 20 euros par jour pour un déficit total, ce préjudice sera évalué à 692 euros, et après application du taux de perte de chance fixé au point 4, le montant indemnisable de ce poste de préjudice est de 657,40 euros.

15. Il y a lieu de retenir au titre des souffrances endurées le taux de 2 sur une échelle de 1 à 7, proposé par le rapport d'expertise. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 2 090 euros, après application du taux de perte de chance.

16. L'expert retient un taux de 12 % au titre du déficit fonctionnel permanent (DFP) subi par M. C, qui inclut le préjudice psychologique. Par suite, la demande d'indemnisation d'un préjudice psychologique spécifique du requérant, non justifiée, sera écartée. Compte tenu de ce DFP, de l'âge de 64 ans qu'avait le patient à la consolidation, il convient d'évaluer son préjudice afférent au DFP à la somme de 14 060 euros, en ce compris le préjudice psychologique, après application du taux de perte de chance fixé au point 4.

17. Si le requérant demande réparation du fait du préjudice d'agrément retenu par l'expert du fait de l'absence de sport, il ne démontre pas qu'il pratiquait des activités sportives avant décembre 2019, activités que l'expert estime limités du fait de sa pathologie initiale. Par suite, ce chef de préjudice sera écarté. Et le préjudice sexuel retenu par l'expert sera évalué à 1 900 euros, après application du taux de 95%.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Narbonne doit être condamné à verser au requérant une somme de 19 693,50 euros, avec intérêts au taux légal au 21 avril 2021, date de réception de sa réclamation préalable, et à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 3 189,37 euros, et sur présentation de justificatifs, une somme de 38 322,37 euros.

Sur l'indemnité forfaitaire de la CPAM :

19. Aux termes de l'article 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. () ". L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe à 1 162 euros le montant maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

20. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, de condamner le centre hospitalier de Narbonne à verser à la CPAM du Puy-De-Dôme la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'affaire, de mettre les frais d'expertise, soit 1 440 euros, à la charge définitive du centre hospitalier de Narbonne.

22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Narbonne, à verser à M. C, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. Il y a eu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Narbonne, à verser à la CPAM du Puy-De-Dôme, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de Narbonne est condamné à payer à M. C une somme de 19 693,50 euros, avec intérêts au taux légal au 21 avril 2021.

Article 2: Le centre hospitalier de Narbonne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-De-Dôme la somme de 3 189,37 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Narbonne remboursera à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-De-Dôme, sur présentation des justificatifs, les frais futurs exposés par elle au titre des dépenses de santé de M. C, dans la limite d'une somme de 38 322,37 euros.

Article 4: Le centre hospitalier de Narbonne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-De-Dôme la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire, et la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les frais d'expertise, soit 1 440 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Narbonne.

Article 6: Le centre hospitalier de Narbonne versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au centre hospitalier de Narbonne, et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-De-Dôme.

Copie en sera transmise à l'expert.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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