Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105073
vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2105073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2021, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Orientales lui a refusé l'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois d'août 2021.
Il soutient que c'est à tort que l'administration lui a refusé l'octroi de l'aide demandée au titre du mois d'août 2021 dès lors que son entreprise appartenait bien aux secteurs 1 et 1 bis visés par le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 et qu'il a pu bénéficier du fonds de solidarité au titre d'un des mois de l'année 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, la direction départementale des finances publiques des Pyrénées Orientales conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce qu'il soit ordonné au requérant de reverser l'intégralité du fonds de solidarité perçu à tort, soit pour une somme totale de 18 000 euros ;
3°) à la condamnation de M. A à lui verser la somme de 1 500 euros au titre des frais de procès.
Il fait valoir que que :
- si M. A a pu bénéficier sur d'autres mois que celui en litige du fond de solidarité, cela n'entraîne pas un octroi automatique de l'aide sur toutes les périodes qu'il revendique ;
- le secteur " autres activités " auquel M. A déclarait appartenir a été abrogé de la liste des secteurs S1 et S1 bis par décret 2021-840 du 29
juin 2021 ; ainsi, ses demandes ne pouvaient qu'être automatiquement rejetées dès lors que l'activité de son entreprise n'était plus mentionnée à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 ;
- les secteurs d'activité déclarés par M. A varient selon ses demandes, allant du conseil aux services administratifs ;
- la réalité de l'activité de M. A n'est pas établie ;
- la déclaration du chiffre d'affaire de M. A pour les années 2020 et 2021 comporte des incohérences et n'est pas justifiée malgré les nombreuses relances de l'administration.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur A exerce depuis le 15 janvier 2020 une activité d'assistance à la demande de visas pour le Canada. Le 15 septembre 2021, il a formé une demande d'aide aux entreprises fragilisées par l'épidémie de covid-19 auprès de la direction départementale des finances publiques des Pyrénées Orientales au titre du mois d'août 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Orientales a refusé de lui accorder le bénéfice de cette aide au motif que son activité ne relève pas de l'un des secteurs listés dans les annexes 1 ou 2 du décret 2020-371 du 30 mars 2020 ou qu'il n'a pas bénéficié du fonds de solidarité au titre d'un des mois de l'année 2021, et ne répond, ce faisant, pas aux critères définis par le décret susvisé du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. ".
3. Aux termes de l'article 3-28 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 dans sa rédaction en vigueur : " A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret () bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de chaque période mensuelle comprise entre le 1er juin 2021 et le 30 septembre 2021, dite période mensuelle considérée, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () 3° Ou, au cours de la période mensuelle considérée, elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 10 %, elles ont bénéficié d'une aide versée au titre des articles 3-26 ou 3-27 du présent décret, et pour la seule période du mois de septembre 2021, elles justifient avoir réalisé au moins 15 % du chiffre d'affaires de référence, et elles appartiennent à l'une des trois catégories suivantes : a) elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 dans sa rédaction en vigueur au 11 mars 2021 ; b) ou elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 et elles remplissent au moins une des trois conditions suivantes : - soit, pour les entreprises créées avant le 1er mars 2020, une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 15 mars 2020 et le 15 mai 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV du présent article ; - soit une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 par rapport au chiffre d'affaires de référence sur cette période calculé selon les modalités du IV précité ; lorsqu'elles ont débuté leur activité entre le 1er janvier 2020 et le 30 septembre 2020 la perte de chiffre d'affaires d'au moins 80 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 s'entend par rapport au chiffre d'affaires réalisé entre la date de création de l'entreprise et le 31 octobre 2020 ramené sur un mois ; (). ". Aux termes de l'article 3-27 du décret précité : " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de mai 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () ". Enfin, aux termes de l'article 3-26 du même décret : " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'avril 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'auteur d'une demande d'aide au titre du fond de solidarité pour les mois de juin à septembre 2021 doit notamment justifier, lorsque l'activité de son entreprise a débuté entre le 1er janvier 2020 et le 29 février 2020, d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 10 % au titre du mois concerné par rapport au chiffre d'affaires mensuel de référence de l'entreprise, du bénéfice de cette aide au titre des mois d'avril ou mai 2021, exercer son activité principale dans un secteur mentionné par les annexes 1 ou 2 dans leur rédaction en vigueur au 30 juin 2021 et démontrer une perte de chiffre d'affaires d'au moins 80% durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 par rapport au chiffre d'affaires réalisé entre la date de création de l'entreprise et le 31 octobre 2020 ramené sur un mois.
5. M. A soutient remplir les conditions d'éligibilité à l'aide, dès lors qu'il exerce une activité de conseil et d'assistance à la demande de visas pour le Canada mentionnée à l'annexe 2 dans sa rédaction en vigueur, et qu'il a bénéficié du fonds de solidarité au titre d'avril et mai 2021. Toutefois, s'il n'est pas contesté que M. A a effectivement bénéficié de l'aide au titre des mois d'avril et mai 2021, il ressort des pièces du dossier que la nature de l'activité du requérant a fait l'objet de déclarations contradictoires, l'intéressé indiquant à l'administration, pour une même demande, exercer une activité de services administratifs d'assistance à la demande de visa, ainsi qu'une activité de " conseils pour les affaires et autres conseils de gestion lorsqu'au moins 50 % du chiffre d'affaires est réalisé avec une ou des entreprises du secteur de l'évènementiel, du tourisme, du sport ou de la culture ". L'administration se trouvant dans l'impossibilité de déterminer la réalité de l'activité du requérant, en l'absence de production des pièces justificatives demandées, c'est à bon droit que le directeur départemental des finances publiques a, au motif que M. A ne relevait pas des secteurs listés aux annexes 1 ou 2 dans leur rédaction en vigueur au 30 juin 2021, rejeté sa demande au titre du mois d'août 2021.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 rejetant sa demande d'aide au titre du mois d'août 2021.
Sur les frais du litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A une somme au titre des frais de procès.
Sur la recevabilité des conclusions reconventionnelles :
8. En principe, un défendeur n'est pas recevable à présenter, dans un litige tendant à l'annulation d'un acte pour excès de pouvoir, des conclusions reconventionnelles contre le demandeur. Les conclusions reconventionnelles à fin d'injonction présentées par la direction départementale des finances publiques des Pyrénées Orientales tendant à ce qu'il soit ordonné au requérant de reverser l'intégralité du fond de solidarité perçu à tort doivent en conséquence être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles er celles au titre des frais de procès présentées par le directeur départemental des finances publiques des Pyrénées Orientales sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A et à la direction départementale des finances publiques des Pyrénées Orientales.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseur le plus ancien,
N. Huchot La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 31 mars 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
22105073
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