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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105869

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105869

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationVice-Président ENCONTRE
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2021 et régularisée le 10 novembre suivant, Mme A C, représentée par Me Badji-Ouali, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2020, confirmée sur recours gracieux le 6 avril 2021 par laquelle par laquelle la commission de médiation de l'Hérault a rejeté sa demande de logement social présentée le 9 juillet 2020 dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de l'Hérault de reconnaître dans un délai de 15 jours le caractère prioritaire de sa demande de logement et, subsidiairement, de se prononcer à nouveau sur sa demande dans le même délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il appartient au préfet de l'Hérault d'établir la régularité de la composition de la commission de médiation ayant statué sur sa demande ;

- la décision est dépourvue de motivation ;

- c'est par une erreur manifeste d'appréciation que la commission a considéré que sa demande ne présentait pas un caractère urgent, car elle occupe un logement en situation de sur-occupation et de surcroît inadapté au handicap de son époux car situé au quatrième étage d'un immeuble dépourvu d'ascenseur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les règles de composition de la commission ont été respectées ;

- la décision est suffisamment motivée ;

- la commission n'a pas commis d'erreur de droit en rejetant la demande de la requérante alors même qu'aucune proposition de logement ne lui a été soumise dans un délai anormalement long ;

- la situation de sur-occupation alléguée n'est pas avérée puisque Mme C occupe avec son époux et leurs cinq enfants un logement d'une superficie de 85 m² ;

- la requérante n'a pas mobilisé tous les dispositifs de droit commun pour obtenir un logement social.

Par une décision du 8 septembre 2021, Mme C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2022-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Badji-Ouali, représentant Mme C,

- les observations de Mme B, représentant le préfet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 10 novembre 2020, confirmée sur recours gracieux par décision du 6 avril 2021, par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de reconnaître à sa demande de logement social un caractère urgent et prioritaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, le préfet de l'Hérault en défense justifie par les pièces qu'il produit de la régularité de la composition de la commission. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement sur-occupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y'a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte des démarches précédemment effectuées. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 () -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret.La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus.". Enfin, aux termes de l'article R. 822-25 du même code : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitat et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas particulier d'une personne se prévalant uniquement du fait qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, la commission peut légalement tenir compte de la circonstance que l'intéressé dispose déjà d'un logement, à condition que, eu égard à ses caractéristiques, au montant de son loyer à et sa localisation, il puisse être regardé comme adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous les éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

5. S'il est constant que Mme. C n'a reçu aucune proposition de logement dans un délai anormalement long, il résulte de ce qui vient d'être exposé ci-dessus que la commission de médiation de l'Hérault pouvait, sans commettre d'erreur de droit, examiner la situation d'ensemble de la requérante au regard notamment des conditions dans lesquelles elle est logée.

6. Pour rejeter la demande de Mme C, la commission de médiation s'est fondée sur le fait que la requérante ne justifiait pas d'une urgence à voir sa situation reconnue comme prioritaire compte tenu de la surface du logement occupé et du fait qu'elle ne démontrait pas que le handicap de son époux, victime d'un accident du travail, était permanent.

7. En premier lieu, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante occupe avec son foyer composé de 7 personnes un appartement de type T4 d'une surface habitable de 85 m², supérieure à la superficie minimale réglementaire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir d'un logement en situation de sur-occupation au sens des dispositions susrappelées.

9. En troisième lieu, s'il est constant que l'époux de Mme C, né en 1963, a été victime d'un accident de travail survenu le 25 juin 2020, ayant entraîné notamment des fractures à la jambe droite et une incapacité temporaire totale de trois mois, et qu'il souffre d'autres pathologies, notamment d'un goître thyroïdien, qui ont conduit à lui reconnaître la qualité de travailleur handicapé jusqu'en 2030, avec un taux d'incapacité évalué entre 50 et 79 %, le certificat produit au dossier, établi par un médecin généraliste le 22 décembre 2020 à la demande de l'intéressé, selon lequel son état de santé, depuis cet accident, justifie " la mise en place d'une meilleure accessibilité à son logement (difficultés notamment avec les escaliers) " n'est pas suffisamment circonstancié pour caractériser une inadaptation pérenne du logement qu'occupe la requérante avec sa famille, situé au 4ème étage, justifiant son relogement en urgence au regard du handicap de son époux et le certificat médical établi le 15 janvier 2021, également par un médecin généraliste, s'il fait état des difficultés que rencontre l'époux de Mme C pour monter et descendre les escaliers, indique un commencement de consolidation de l'état de santé de l'intéressé et qu'il convient d'attendre pour évaluer le handicap séquellaire de l'accident. Au vu de ces éléments, en retenant que la requérante ne justifiait pas du caractère permanent des difficultés d'accès de son époux au logement qu'ils occupent, la commission de médiation n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation. Il appartient à la requérante, si elle s'y croit fondée, de présenter un nouveau recours amiable devant la commission de médiation, notamment au regard de l'évolution de l'état de santé de son époux.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 novembre 2020, confirmée sur recours gracieux par décision du 6 avril 2021, par laquelle la commission de médiation du département de l'Hérault a refusé de reconnaître à sa demande de logement social un caractère urgent et prioritaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique le prononcé d'aucune mesure pour son exécution. Par suite les conclusions de Mme C présentées à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la requérante sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Badji-Ouali.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La magistrate désignée,

S. D La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 décembre 2022,

La greffière,

L. Rocher lr

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