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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2105870

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2105870

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2105870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler sa carte de séjour " Citoyen UE " ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui renouveler son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable et n'est notamment pas tardive ;

- la décision implicite est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les articles L. 233-1 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a une ancienneté sur le territoire de cinq années et une assurance maladie ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car il réside en France depuis près de 10 ans et deux de ses enfants sont scolarisés en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant espagnol né en 1961, a bénéficié de titres de séjour, valables du 1er décembre 2012 au 30 novembre 2013 puis du 1er décembre 2013 au 30 novembre 2018. Il est constant qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au cours du mois de février 2019, vraisemblablement le 4 février 2019, au vu de la date du récépissé qui lui a été délivré, et qu'un rejet implicite de sa demande est né. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

2. A titre liminaire, en vertu des dispositions des articles R. 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, désormais codifiées aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du même code, le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour, au-delà d'un délai de quatre mois, vaut décision implicite de rejet.

3. Si le requérant soutient que la décision contestée serait née le 6 juin 2021, soit deux mois après avoir adressé un courrier à la préfecture en vue de s'enquérir de l'instruction de sa demande, il est constant que sa demande a été déposée en février 2019, vraisemblablement le 4 février 2019 et la décision en litige est donc née le 4 juin 2019 ou, au plus tard, le 30 juin 2019.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. M. A ne soutient ni n'établit avoir sollicité l'administration en vue de connaître les motifs de la décision qui lui a été opposée. Dès lors, la seule circonstance que la décision en litige soit implicite ne suffit pas à établir qu'elle serait insuffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". L'article R. 121-4 du même code dispose : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé () La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 121-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour () ". Enfin, l'article R. 121-6 du même code prévoit que : " I.-Les ressortissants mentionnés au 1° de l'article L. 121-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié : 1° S'ils ont été frappés d'une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident () ".

7. Les dispositions de l'article L. 122-1 du même code, désormais codifiées à l'article L. 234-1 prévoient : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant visé à l'article L. 121-1 qui a résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquiert un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ". L'article L. 122-3 de ce code, dans sa version applicable au présent litige prévoyait alors : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application des dispositions du présent chapitre, en particulier celles dans lesquelles le droit au séjour permanent est acquis par les travailleurs ayant cessé leur activité en France et les membres de leur famille dans des conditions dérogatoires au délai de cinq années mentionné à l'article L. 122-1 et celles relatives à la continuité du séjour ". Enfin, en vertu de l'article R. 122-4 de ce code, le ressortissant mentionné au 1° de l'article L. 121-1 qui cesse son activité professionnelle sur le territoire français acquiert un droit au séjour permanent avant l'écoulement de la période ininterrompue de cinq ans de séjour prévue à l'article L. 122-1 dans le cas d'une incapacité permanente de travail et sans condition de durée de séjour si cette incapacité résulte d'un accident de travail ou d'une maladie professionnelle ouvrant droit pour la personne concernée à une rente à la charge d'un organisme de sécurité sociale.

8. Si le requérant se borne à faire état des dispositions législatives précitées, il doit être regardé comme soutenant également la méconnaissance des dispositions réglementaires qui en constituent le soutien nécessaire.

9. Les justificatifs de domiciliation en France versés au débat par le requérant font état de la location d'un appartement à compter du seul mois de juillet 2018. Dans ces conditions, les seuls avis d'imposition, bien qu'ayant été établis pour des revenus perçus à compter de 2012 ne suffisent pas à établir la permanence du séjour en France de M. A depuis cinq années alors au demeurant que les ressources déclarées ne démontrent pas l'exercice d'un emploi à temps complet sur l'année. Par ailleurs, si le requérant fait état de la perception, depuis février 2019, d'indemnités journalières du fait d'un arrêt de travail en lien avec une précédente activité salariée, il n'établit ni n'allègue qu'il serait atteint d'une incapacité permanente de travail. Dès lors, il n'établit pas l'existence d'un droit permanent au séjour sur le fondement des dispositions citées au point 7 du présent jugement.

10. En revanche, il ressort des pièces du dossier qu'à l'expiration de son précédent titre de séjour, M. A disposait d'un contrat de travail à durée déterminée, à temps complet, conclu pour la période allant du 1er octobre 2018 au 28 février 2019 et il est établi qu'à compter du 15 février 2019, il a été placé en arrêt de travail en lien avec son activité salariée, justifiant le versement, à compter du 18 février 2019 d'indemnités journalières par la caisse primaire d'assurance maladie, a minima jusqu'en avril 2021. Dès lors, le requérant, qui exerçait avant son arrêt de travail, une activité ne présentant pas un caractère marginal ou accessoire, justifie, à la date de la décision attaquée, de son statut de salarié au sens du 1° de l'article L. 121-1 précité et il est fondé, pour ce motif, à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du préfet de l'Hérault refusant de délivrer à M. A un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".

13. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard au caractère implicite et non motivée de la décision en litige et à son ancienneté, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais du litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 4 juin 2019 refusant de délivrer un titre de séjour à M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présenta décision sera notifiée à M. B A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 juin 2023.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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