mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CALVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, une régularisation et un mémoire enregistrés les 17 et 30 novembre 2021 et le 25 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Soriano, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Laurent de la Salanque a accordé un permis de construire à la SCI Téana, ensemble la décision du 17 septembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Laurent de la Salanque la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable au regard des exigences posées par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme dès lors qu'il verse au dossier l'attestation de propriété de sa maison ;
- son intérêt à agir ne peut être contesté dès lors qu'il a la qualité de voisin immédiat et que le projet autorisé va entrainer des troubles dans les conditions d'occupation et de jouissance de sa propriété ;
- le projet autorisé méconnaît les dispositions de l'article UA1 du règlement du plan local d'urbanisme ; en premier lieu, la création d'un cabinet d'infirmier et d'une habitation va générer un afflux important de personnes sans que le projet autorisé ne s'accompagne de places de stationnement ; en second lieu il va entrainer une perte d'ensoleillement et une servitude de vue ; le volume et l'objet du projet de construction est incompatible avec la sécurité et la commodité de la zone dans laquelle il s'insère ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article UA2 du règlement du PLU et est incompatible avec l'OAP n°11 dès lors qu'il entraîne la division d'une maison à destination d'habitation ;
- le projet ne prévoit pas la création de places de stationnement et même en supprime une, augmentant le flux de circulation ;
- l'article UA 7 du règlement du PLU est méconnu dès lors que le projet de construction présente une discontinuité avec les limites séparatives aboutissant aux voies sans respecter le linéaire existant.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2022, la commune de Saint-Laurent de la Salanque, représentée par Me Renaudin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que
- la requête est irrecevable en l'absence de production du titre de propriété et en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, la société civile immobilière (SCI) Téana, représentée par Me Calvet, conclut au rejet de la requête et à ce que le requérant soit condamné à payer la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,
- et les observations de Me Soriano, représentant M. B et de Me Calvet, représentant la SCI Téana.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Téana a déposé, le 7 avril 2021, puis complété le 28 avril suivant, une demande de permis de construire portant sur un changement de destination intitulé " aménagement d'un cabinet infirmier en rez-de-chaussée d'un garage existant/création d'un logement à l'étage - régularisation d'un garage à vélos existant " sur le terrain cadastré section AW 393, sis 25 rue de la république à Saint-Laurent de la Salanque. Par un arrêté n° PC 066180 21E0009 en date du 7 juin 2021, le maire de Saint-Laurent de la Salanque lui a accordé ce permis de construire. M. B, dont la propriété cadastrée section AW 392 jouxte immédiatement celle du terrain d'assiette, demande l'annulation de ce permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Le terrain d'assiette du projet autorisé est situé en zone UA du plan local d'urbanisme, définie comme la " partie dense agglomérée dont le caractère architectural est affirmé, à vocation d'habitat, de services et d'activités commerciales édifiées, de manière générale en ordre continu. () La zone UA est concernée par les dispositions de l'OAP T1 " renouvellement urbain ", avec lesquelles tout projet doit être compatible () ". Au nombre des occupations et utilisations du sol interdites, l'article UA 1 du règlement du plan local d'urbanisme prohibe " Toute installation ou construction génératrice de nuisances pour le voisinage () " et précise que " D'une manière générale, sont interdits les constructions, installations et travaux qui, par leur nature, leur étendue, leur volume, leur objet ou leur aspect, sont incompatibles avec l'hygiène, la sécurité, la commodité ou la bonne tenue de la zone ainsi que les activités qui, du fait des nuisances qu'elles engendrent, ne sont pas compatibles avec la fonction résidentielle. ". Ces dernières dispositions, éclairées par la définition du caractère de la zone UA s'entendent des constructions abritant des activités qui par leur nature même génèrent des troubles qui excèdent les inconvénients normaux du voisinage et non les simples désagréments liés à la densité urbaine. La création d'un cabinet d'infirmiers et la transformation d'un garage en logement ne constituent pas par nature des constructions génératrices de nuisances pour le voisinage et ne sont pas incompatibles avec la fonction résidentielle de la zone dont les règles de hauteur, d'aspect extérieur et de stationnement sont définies aux articles UA 10, UA 11 et UA 12 du règlement de ce PLU. Si M. B se prévaut d'un accroissement des flux de circulation, la nuisance invoquée n'est pas au nombre de celles prohibées au sens et pour l'application de l'article UA1 précité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme. ".
4. Il résulte de ces dispositions que les circonstances invoquées par le requérant, tirées de ce que le projet en cause crée une vue sur sa propriété, qu'il a pour effet de diminuer l'ensoleillement de celle-ci, que le projet autorisé empièterait sur sa propriété se rapportent à des troubles dans la jouissance de son droit de propriété dont il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judicaire de connaître, sont sans incidence sur la légalité du permis de construire en litige.
5. Aux termes de l'article UA 2 du règlement du PLU relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières : " Ne peuvent être autorisées les occupations et utilisations du sol suivantes que si elles respectent les conditions énoncées : • Programmes de logements : sous réserve d'une surface de plancher minimale de 60 m² par logement, sauf pour les logements locatifs sociaux, qui ne sont pas soumis à cette obligation. () Toute occupation, installation ou construction : sous réserve d'être compatible avec les OAP "
6. Une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme soumis aux dispositions issues de la loi du 12 juillet 2010 et, en particulier, en contrarient les objectifs. L'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°T1 du PLU de Saint-Laurent de la Salanque définie par les auteurs du PLU a pour objet de réussir la métamorphose du bourg en ville, en requalifiant et renouvelant le centre-ville. Elle prévoit un espace de requalification architecturale autour de l'église et de la mairie secteur où existe un potentiel en terme de bâtiments remarquables, de commerces de proximité et de marché et tend par le règlement, le respect et la mise en lumière de l'architecture catalane des rues. Elle s'accompagne également de l'objectif de lutte contre le mal logement en prévoyant notamment que pour toute opération de construction ou de réhabilitation, une surface minimale de 60 m² devra être imposée à chaque logement afin d'éviter le phénomène constaté d'une déqualification de l'habitat, vecteur de déséquilibre sociologique entre le centre-ville et les quartiers pavillonnaires, et l'objectif de juguler l'insuffisance de la capacité de stationnement. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de la construction autorisée, d'une surface de plancher créée de 69,75 m² ajoutée à la surface créée par changement de destination de 44,49 m² portant la surface totale du projet à 114,24 m², se situe à l'intérieur du périmètre de lutte contre le mal-logement où une superficie minimale de 60 m² est requise, ce que respecte le projet en litige.
7. M. B se prévaut des indications fournies par l'OAP n°T1 du PLU de Saint-Laurent de la Salanque selon lesquelles le centre-ville présente déjà une " surdensité de construction, qui n'est plus adaptée aux modes de vies et aux flux de circulation actuels " et que l'un des objectifs principaux est " d'aérer le tissu bâti ". Il s'agit en l'espèce d'un simple constat résultant de la division de maisons existantes en plusieurs petits appartements ce qui a eu pour conséquence d'aggraver l'insuffisance de la capacité de stationnement, mais l'OAP ne fixe aucune obligation de création ou de maintien de places de stationnement. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, le projet autorisé ne se situe pas à l'intérieur du périmètre de lutte contre l'insuffisance de stationnement mais est uniquement concerné par le périmètre de lutte contre le mal-logement. Le projet autorisé, qui au demeurant respecte l'exigence prévue à l'article UA 12 selon laquelle doit être aménagée au minimum un place de stationnement par logement, ne contrevient pas à l'OAP précitée laquelle précise que des nouvelles rues et avenues amélioreront la circulation automobile, en diluant les flux et en proposant de nouvelles solutions de stationnement en ligne de part et d'autre de la voie et que des espaces libres seront opportunément traités en poches de stationnement ou en placettes publiques et qui sont précisément localisées sur le schéma de l'OAP. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que le projet autorisé contrevient à l'OAP n°T1 du PLU de Saint-Laurent de la Salanque et à l'article UA2 de ce règlement ne peuvent qu'être écartés.
8. Aux termes de l'article UA 7 du règlement précité : " Par rapport aux limites latérales (limites séparatives aboutissant aux voies) : Les constructions doivent être édifiées en ordre continu, d'une limite latérale à l'autre, sauf dans les deux cas suivants ou un prospect d'au minimum 3 mètres est obligatoire: - Si la construction voisine comporte des ouvertures sur une façade située à moins de 1.90 m de la limite séparative - S'il existe sur le terrain voisin une construction ne joignant pas la limite séparative et située à moins de 1,90 m de celle-ci. (hors constructions annexes). Un prospect d'au minimum 3 mètres peut être autorisé dans le cas où la façade sur rue présente une longueur supérieure à 10,00 mètres. "
9. M. B soutient que le projet de construction est implanté sans respecter le linéaire existant dans la mesure où il crée une discontinuité dans l'ordre continu des bâtiments sur la rue de la République et sur la rue du Belvédère. Il ressort toutefois des pièces du dossier notamment du plan de masse que des constructions mitoyennes sont déjà existantes sur les trois faces du terrain et que la construction autorisée qui s'implante sur un bâtiment déjà existant respecte l'exigence d'une implantation en ordre continu, d'une limite latérale à l'autre. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas fondé et doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Laurent de la Salanque, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Saint-Laurent de la Salanque et à la SCI Téana sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera la somme de 1 000 euros, d'une part, à la commune de Saint-Laurent de la Salanque, d'autre part, à la SCI Téana, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à la commune de Saint-Laurent de la Salanque et à la société civile immobilière Téana.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
Le rapporteur,
M. Rousseau
Le président,
D. Besle La greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 14 novembre 2023
La greffière,
C. Arce
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Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2604046
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... qui sollicitait la suspension de saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement de taxes foncières. La requérante invoquait l'urgence en raison de sa faible pension de retraite et un doute sérieux sur la légalité des saisies, notamment pour non-exigibilité d'une partie de la créance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme B... de justifier de conséquences graves liées à l'exécution des saisies. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026