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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106280

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106280

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juillet 2021 par lequel le maire de Perpignan lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonction d'une durée de trois jours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Perpignan la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté en litige :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé en fait et ne précise pas les dates permettant de définir à partir de quand s'applique la sanction disciplinaire ;

- est entaché d'erreur de fait ;

- est entaché d'erreur d'appréciation, la sanction d'exclusion temporaire de trois jours étant disproportionnée par rapport aux faits qui la motivent.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2022, la commune de Perpignan, représentée par la SCP d'avocats Sanguinède Di Frenna et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2016-483 du 20 avril 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Delepine, représentant M. A, et de Me Martinez, représentant la commune de Perpignan.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, agent de maîtrise principal au 5ème échelon, est, depuis le 1er octobre 2004, affecté au service technique, section travaux, de la ville de Perpignan et occupe les fonctions de conducteur de travaux. Par un arrêté du 15 juillet 2021, notifié le 1er octobre suivant, il a été sanctionné d'une exclusion temporaire de fonctions de trois jours et demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un arrêté du 8 février 2021, portant mention de son affichage en mairie et de sa réception en préfecture le même jour, le maire de Perpignan a accordé à M. C D, adjoint au maire, une délégation à l'effet de signer les décisions relatives aux " procédures et sanctions disciplinaires ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée connaître les motifs de la sanction qui la frappe. En l'espèce, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée vise la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée, en particulier son article 19, ainsi que la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée, en particulier ses articles 89, 90 et 91, et mentionne précisément les éléments de faits qui fondent la sanction infligée à M. A. Le moyen tiré du défaut de motivation en fait ne peut qu'être écarté sans que puisse utilement être invoquée la circonstance qu'elle ne précise pas les dates permettant de définir à partir de quand s'applique la sanction disciplinaire, élément qui relève de l'exécution de l'arrêté et non de sa légalité.

5. Aux termes de l'article 28 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 : " tout fonctionnaire () doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ". Aux termes de l'article 29 de la même loi : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / () L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. () ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Un refus d'obéissance ne peut être regardé comme dépourvu de caractère fautif qu'en raison de l'illégalité manifeste de l'ordre reçu et de la lésion caractérisée que son exécution porterait à un intérêt public.

8. Pour fonder la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours, l'autorité territoriale a notamment retenu le caractère fautif de faits survenus le 10 juin 2021. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport hiérarchique circonstancié dressé le 11 juin 2021, que le 10 juin précédent, le supérieur hiérarchique de M. A, à la demande du directeur de la direction de la maintenance du patrimoine bâti, lui a téléphoné peu avant 9 heures en lui demandant d'être présent à une réunion prévue à 10h30 sur les lieux du chantier de construction en cours du nouveau poste de police municipale du Moulin à Vent, sis boulevard du Foment de la Sardane, dont il est le conducteur de travaux, avec les clés pour une visite en présence du maire et de la presse, organisée à 11h00, afin d'ouvrir le site et de répondre aux éventuelles questions sur l'avancée du chantier. A 10h25, constatant que M. A se trouvait toujours dans les locaux de la direction de la maintenance du patrimoine bâti, son supérieur hiérarchique l'a relancé à deux reprises mais l'intéressé a refusé de se rendre sur chantier au motif qu'il avait été prévenu trop tardivement, qu'il ne lui appartenait pas de justifier des retards du chantier, n'étant pas responsable des travaux. Lors de son arrivée sur le site à 10h45, le directeur de la direction de la maintenance du patrimoine bâti a constaté que la porte d'entrée était bloquée par une barre métallique soudée. Si le requérant soutient qu'à aucun moment le chef du service ne lui a demandé de rester sur le chantier pour discuter de questions techniques avec le maire et qu'aucune instruction quant à la réouverture de la porte d'accès principal ne lui a été donnée, il n'assortit cette allégation d'aucun élément de preuve. Alors même que le requérant allègue qu'il ne relevait pas de sa compétence de justifier auprès du maire des retards de chantier, il n'apparaît pas que les instructions données par son supérieur hiérarchique étaient illégales. La désobéissance de M. A est constitutive d'un manquement de nature à justifier une sanction disciplinaire. Compte tenu de la volonté caractérisée de M. A de ne pas déférer aux ordres de son supérieur hiérarchique dans le cadre de ses horaires de travail, la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours, sanction du premier groupe, ne peut être regardée comme entachée de disproportion, alors même que le requérant n'a jamais fait l'objet de sanction et qu'il a toujours adopté auparavant un comportement exemplaire dans son travail. Par suite, les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté prononçant à son encontre une exclusion temporaire de fonctions de trois jours doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Perpignan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du requérant une somme de 500 euros à verser à la commune de Perpignan au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Perpignan une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de Perpignan.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 mai 2023

La greffière,

C. ARCE

lr

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