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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2106663

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2106663

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2106663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête, enregistrée le 16 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Cacciapaglia, demande l'annulation de l'avis de sommes à payer émis à son encontre le 19 octobre 2021 par le centre hospitalier de Perpignan, la décharge du paiement de la somme de 1 369,34 euros qui lui est réclamée, et la mise à la charge de ce centre d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis ne respecte pas les prescriptions de l'instruction 11-008-MO-du 21 mars 2021 ;

- il n'indique pas les bases de liquidation ;

- la décision de suspension de fonctions du 15 septembre 2021, fondement légal de l'avis, est illégale.

Par mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, le centre hospitalier de Perpignan, représenté par Me Constans, conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés, que la décision du 15 septembre 2021 est légale, et que celle-ci, avant la réintégration de l'agent, implique un reversement du traitement versé au titre de la 2e quinzaine de septembre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n°2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, infirmière, a été suspendue de ses fonctions sans traitement pour non-respect de l'obligation vaccinale au 15 septembre 2021 jusqu'à production d'un justificatif de vaccination, par décision du même jour du directeur du centre hospitalier de Perpignan. Par sa requête, elle demande l'annulation de l'avis émis à son encontre le 19 octobre 2021 par le centre hospitalier, et la décharge du paiement de la somme de 1 369,34 euros qui lui est réclamée au titre du reversement du traitement de septembre 2021.

2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 ". Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

3. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A avait transmis à son employeur, avant l'intervention de sa suspension, son arrêt maladie allant du 14 septembre au 15 octobre 2021. Par suite, et en application du principe énoncé au point précédent, elle est fondée à exciper de l'illégalité de sa suspension pour cette période, ce qui prive la créance de base légale.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur ses autres moyens, est fondée à demander l'annulation de l'avis émis à son encontre le 19 octobre 2021, et la décharge du paiement de la somme de 1 369,34 euros.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas partie perdante une somme. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Perpignan, à verser à Mme C une somme de 700 euros à ce titre.

DECIDE :

Article 1er : L'avis émis à l'encontre de Mme C le 19 octobre 2021 est annulé. Mme C est déchargée du paiement de la somme de 1 369,34 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Perpignan versera à Mme C une somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier de Perpignan.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

Le rapporteur,

V. RabatéL'assesseure la plus ancienne,

B. Pater

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 5 décembre 2023.

Le greffier,

F. Balicki

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