jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2106822 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SOW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 décembre 2021 et le 2 mars 2023, M. B A, représenté par la SELARL Mejean, Perez-Couffe, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision prise par le préfet des Pyrénées-Orientales le 16 novembre 2021 portant refus de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence faute de délégation de signature ;
- la décision est insuffisamment motivée au regard notamment de sa situation familiale ;
- la décision méconnaît l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 car il est père d'un enfant français sur lequel il exerce l'autorité parentale et il ne constitue plus une menace à l'ordre public ;
- la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant car il a sa vie privée et familiale en France et la décision a pour conséquence de le séparer de son enfant.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 14 janvier 2022 et le 3 mars 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lesimple, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 16 novembre 2021 le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de délivrer à M. A, ressortissant algérien né en 1997, un certificat de résidence en sa qualité de parent d'enfant français. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :
2. En premier lieu, par un arrêté du 2 juillet 2021, le préfet des Pyrénées-Orientales a accordé à M. Kévin Mazoyer, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, une délégation à l'effet de signer " tous arrêtés, décision relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales, à l'exception: - des réquisitions de la force armée ; - des arrêtés portant élévation de conflit ". Ainsi le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, faute de délégation de signature, manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet a exposé les circonstances de droit et de faits sur lesquelles il se fonde. Si le requérant fait grief au préfet de ne pas avoir détaillé sa situation de parent d'enfant français, celle-ci est bien visée. Alors que la décision en litige se fonde principalement sur la menace à l'ordre public que le comportement de M. A représente, et que le préfet n'est pas tenu de relever l'ensemble des circonstances propres à la situation personnelle de l'intéressé mais uniquement celles qui fondent utilement le sens de sa décision, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 372 du code civil : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale () ".
6. M. A, a déclaré le 13 février 2017, la naissance de sa fille, de nationalité française, survenue trois jours plus tôt et il verse aux débats une attestation de la mère de l'enfant, établie en décembre 2019, certifiant une vie commune et la participation de M. A à l'éducation et à l'entretien de leur fille. Si le préfet conteste cette pièce, compte tenu notamment de la déclaration, par l'intéressé, d'une adresse distincte de sa concubine déclarée, aucun élément n'exclut l'exercice, par M. A, de l'autorité parentale sur son enfant.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une ordonnance pénale le 6 mars 2018 pour usage illicite de stupéfiant, le condamnant à 175 euros d'amende et à accomplir un stage de sensibilisation. Le 5 juin 2019, il a été arrêté en flagrant délit de vol précédé de dégradations et refus de se soumettre à des opérations de prélèvements. Par arrêté pris ce même jour, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par jugement en date du 11 juillet 2019, le requérant a été condamné à une peine d'emprisonnement de dix mois, dont 6 mois avec sursis pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion et violence aggravée par deux circonstances. Assigné à résidence après sa libération le 19 octobre 2019, il est établi qu'il n'a pas respecté ses obligations de présentation et de pointage auprès des services de police le 22 octobre 2019.
8. Par ailleurs, la production d'une attestation de scolarité dans un lycée français pour l'année 2014/2015, l'acte de naissance de sa fille datant du 13 février 2017, une promesse d'embauche établie le 1er octobre 2020, l'attestation de sa concubine ci-dessus évoquée ainsi que des bulletins de paie pour la période allant de novembre à décembre 2022, ne suffisent pas à établir que le requérant résiderait de façon continue sur le territoire depuis 2014. Dans ces conditions, s'il souligne l'absence de trouble à l'ordre public depuis fin 2019, les incidents précités demeurent récents à la date de la décision attaquée et sont intervenus durant une période relativement importante au regard de celle de la présence établie du requérant sur le territoire français. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu estimer que M. A constituait une menace à l'ordre public et lui refuser un certificat de résidence sans méconnaître les stipulations du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il résulte des éléments développés au point 8 du présent jugement que le requérant n'établit pas qu'il résiderait de façon continue sur le territoire depuis 2014. Par ailleurs, les éléments qu'il produit ne suffisent pas à établir qu'il participerait effectivement à l'entretien de sa fille ni qu'il aurait avec la mère de celle-ci une relation stable. Dès lors, il ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France et c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu refuser de délivrer un titre de séjour à M. A.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. En se bornant à citer ces stipulations, le requérant ne met pas le tribunal à même d'apprécier son moyen tiré de leur méconnaissance et celui-ci doit donc être écarté.
13. En dernier lieu, l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant implique que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. La décision portant refus de séjour, qui n'implique pas par elle-même le retour de l'étranger dans son pays d'origine, n'a pas pour effet de séparer l'enfant du requérant d'un de ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations ci-dessus visées est inopérant.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 mars 2023.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026