mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2200478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 31 janvier, 21 mars et 25 mai 2022, M. B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de La Palme lui a délivré un certificat d'urbanisme n° CU 011188 210011 déclarant non réalisable le projet de construction d'une maison d'habitation sur le terrain cadastré section B n° 2162 lieu-dit " Les Costes " à La Palme.
2°) d'enjoindre à la commune de La Palme de faire procéder au déplacement des installations illicites constatées sur sa parcelle, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La Palme la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le certificat d'urbanisme est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions des articles L. 410-1, R. 410-14 et A 410-5 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article R. 410-1 dès lors que le plan de situation joint au dossier de demande n'avait pas à faire apparaitre l'emplacement des canalisations d'eau potable ;
- il est entaché d'erreur de droit car le maire de la commune s'est cru lié par l'avis du service eau et assainissement de la communauté d'agglomération du Grand Narbonne ;
- à défaut d'existence d'une servitude d'utilité publique ou conventionnelle, la présence sur sa parcelle de canalisations d'eau potable constitue une emprise irrégulière qui porte atteinte à son droit de propriété ;
- la décision litigieuse est constitutive d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires, enregistrés les 23 février et 17 mai 2022, la commune de La Palme, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par courrier du 14 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal.
En réponse à cette lettre d'information, M. A a présenté, le 20 février 2024, des observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Lafay, rapporteur public.
Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 18 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, propriétaire du terrain cadastré section B n° 2162 sur le territoire de la commune de La Palme, a sollicité, le 26 septembre 2021, la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel pour l'édification d'une maison individuelle. Par un arrêté du 2 décembre 2021 dont M. A demande l'annulation par la présente requête le maire de La Palme lui a indiqué que le terrain concerné ne pouvait pas être utilisé pour l'opération envisagée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus ". Aux termes de l'article R. 410-1 du même code : " La demande de certificat d'urbanisme précise l'identité du demandeur, la localisation, la superficie et les références cadastrales du terrain ainsi que l'objet de la demande. Un plan de situation permettant de localiser le terrain dans la commune est joint à la demande. / Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, la demande est accompagnée d'une note descriptive succincte de l'opération indiquant, lorsque le projet concerne un ou plusieurs bâtiments, leur destination et leur sous-destination définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 et leur localisation approximative dans l'unité foncière ainsi que, lorsque des constructions existent sur le terrain, un plan du terrain indiquant l'emplacement de ces constructions "
3 Il résulte des dispositions des articles L. 410-1 et R. 410-1 du code de l'urbanisme qu'il appartient à l'autorité compétente, saisie d'une demande présentée sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, de délivrer un certificat d'urbanisme négatif lorsque le terrain ne peut être utilisé pour l'opération envisagée compte tenu de la localisation et de la destination du ou des bâtiments projetés et des modalités de desserte par les équipements publics existants ou prévus.
4. Pour déclarer l'opération de construction envisagée non réalisable, le maire de La Palme, après avoir indiqué que le terrain d'assiette était grevé par la présence de distributions d'eau potable, s'est fondé sur la circonstance que le plan ne faisait pas apparaître l'implantation des distributions d'eau potable et que le projet pourrait obérer les possibilités d'entretien des canalisations d'eau potables présentes sur la parcelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande déposée par M. A comportait, conformément aux dispositions de l'article R. 410-1 du code de l'urbanisme, les informations relatives à la localisation de la parcelle concernée par cette demande. La circonstance que le dossier de demande ne comportait pas d'information relative aux réseaux d'eau potable situés sous le terrain, alors qu'il appartient à l'autorité administrative d'indiquer l'état des équipements publics existants ou prévus, n'est pas de nature à justifier la délivrance d'un certificat d'urbanisme négatif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est fondé.
5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués, susvisés, n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme délivré par le maire de la commune de La Palme le 2 décembre 2021. Cette annulation implique nécessairement que la demande de certificat d'urbanisme opérationnel de M. A soit réexaminée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune de La Palme de procéder au déplacement des installations illicites constatées sur sa parcelle qui, sans lien avec les conclusions à fin d'annulation, constituent des conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal, doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais d'instance et les dépens :
8. Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de La Palme, partie perdante, ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de La Palme la somme que M. A demande sur ce même fondement.
9. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de La Palme ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le certificat d'urbanisme délivré par le maire de La Palme le 2 décembre 2021 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune de La Palme présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ensemble celles relatives aux dépens sont rejetés.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de La Palme.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
M. ROUSSEAU
Le président,
J. CHARVIN
La greffière,
C. ARCE
La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 juillet 2024
La greffière,
C. Arce
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