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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2200512

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2200512

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2200512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février et 6 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Bras, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 30 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Caux a préempté les parcelles cadastrées section A n°1938 et n°1945, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux par le maire de la commune de Caux du 29 novembre 2021.

2°) de mettre à la charge de la commune de Caux une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- la convocation des conseillers municipaux n'assurait pas une information correcte de ces derniers quant à l'objectif poursuivi par la préemption ; ils ont délibéré sans disposer d'une information suffisante ;

- la composition du conseil municipal était irrégulière dès lors qu'en a été écartée une cousine germaine de l'acquéreur alors qu'elle n'était pas intéressée à l'affaire et qu'un cousin des vendeuses s'y trouvait, situation inégale qui permettait au maire de peser sur les débats ;

- l'auteur de la réponse au recours gracieux est incompétent car seul le conseil municipal était habilité à répondre à sa demande de retrait de la délibération en litige ;

- la délibération est insuffisamment motivée ; ne visant aucun des textes régissant la préemption des espaces naturels sensibles, en l'absence d'une décision de création et de délimitation de tels espaces naturels sensibles sur le territoire communal et de l'appartenance des parcelles concernées à une telle zone, et dépourvue des considérations de fait nécessaires à la préemption des espaces naturels sensibles, elle est dépourvue de base légale et entachée d'une méconnaissance de la loi ;

- il n'est pas justifié par la commune de l'existence et de la réalité d'un projet d'aménagement ; la préemption ne répond pas à un intérêt général suffisant ;

- la délibération est entachée d'erreur de fait sur la teneur de la portion à vendre de la parcelle n° 1945 ;

- le conseil municipal s'est borné à décider de préempter sans décider d'une ouverture des terrains concernés au public, ce qui est pourtant une des conditions de la validité des décisions de préemption des espaces naturels sensibles ;

- les parcelles préemptées ne répondent pas aux caractéristiques des espaces naturels sensibles et ne sont pas classées comme telles ;

- la commune reconnaît dans ses écritures avoir détourné la procédure de préemption dans un autre but, en méconnaissance de l'article L. 215-9 du code de l'urbanisme, pour éviter la cabanisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, la commune de Caux, représentée par le cabinet d'avocats Margall, D'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Bras, représentant M. B, de Mme C et du maire de la commune de Caux.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 30 juillet 2021, le conseil municipal de la commune de Caux a décidé la préemption de la parcelle cadastrée Section A n° 1938 d'une superficie de 8 a 08 ca et des 808 / 6816èmes de la parcelle à usage de chemin cadastrée Section A n° 1945 d'une superficie de 7 a 25 ca, situées route de Nizas, faisant l'objet d'un compromis de vente entre M. B, acquéreur et Mmes C, venderesses. M. B a formé contre cette délibération un recours gracieux rejeté par le maire de la commune le 29 novembre 2021. Il demande par sa requête l'annulation de la délibération du Conseil municipal du 30 juillet 2021 et de la décision de rejet de son recours gracieux par le maire du 29 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3°/ () imposent des sujétions ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision de préemption ne vise aucun des textes dont elle fait application, et ne saurait ainsi être regardée comme disposant d'une motivation en droit par la seule mention qu'elle indique être exercée au titre des espaces naturels sensibles.

4. En deuxième lieu, alors qu'il ressort du compromis de vente entre vendeur et acquéreur évincé que la vente portait seulement sur les 808/6.81ème de la parcelle cadastrée section A n°1945, les conseillers municipaux ont approuvé la préemption de la totalité des 7 ares et 25 centiares qu'elle contient. Dès lors la délibération attaquée est entachée d'une erreur de fait quant à la contenance du bien immobilier faisant l'objet de la préemption.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 215-1 du code de l'urbanisme : " Pour mettre en œuvre la politique prévue à l'article L. 113-8, le département peut créer des zones de préemption dans les conditions définies au présent article ". Selon l'article L. 113-8 du code de l'urbanisme : " Le département est compétent pour élaborer et mettre en œuvre une politique de protection, de gestion et d'ouverture au public des espaces naturels sensibles, boisés ou non, destinée à préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels et des champs naturels d'expansion des crues et d'assurer la sauvegarde des habitats naturels selon les principes posés à l'article L. 101-2. ". Aux termes de l'article L. 215-1 du même code : " Pour mettre en œuvre la politique prévue à l'article L. 113-8, le département peut créer des zones de préemption dans les conditions définies au présent article. (). ". Et aux termes de l'article L. 215-7 du code de l'urbanisme : " La commune peut se substituer au département si celui-ci n'exerce pas son droit de préemption () ".

6. Il résulte de ces dispositions que les décisions de préemption qu'elles prévoient doivent être justifiées à la fois par la protection des espaces naturels sensibles et par l'ouverture ultérieure de ces espaces au public, sous réserve que la fragilité du milieu naturel ou des impératifs de sécurité n'y fassent pas obstacle. Toutefois, la collectivité titulaire du droit de préemption n'a pas à justifier de la réalité d'un projet d'aménagement à la date à laquelle elle exerce ce droit.

7. En l'espèce, la commune a exercé son droit de préemption au motif de la volonté de la commune de " renforcer la qualité de vie sur son territoire en offrant plus d'espaces verts, en répondant à l'attente des familles et en préservant le caractère naturel du site ". Elle ne peut toutefois utilement se prévaloir, à cet égard, de la situation des parcelles en zone naturelle de son plan local d'urbanisme, de son intention de les ouvrir au public, ni de leur proximité avec des équipement municipaux sportifs, de son objectif de les maintenir en espace naturel du fait qu'elle sont proches des abords du ruisseau, ou encore de l'élargissement d'un chemin offert aux passants ni de sa volonté d'empêcher leur cabanisation, dès lors que dans les conditions ainsi décrites, ces motifs ne peuvent être regardés comme participant à la mise en œuvre de la politique de protection, de gestion et d'ouverture au public des espaces naturels sensibles mise en place en application de l'article L. 113-8 du code de l'urbanisme.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la délibération du 30 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Caux a préempté au titre de la protection des espaces naturels sensibles les parcelles cadastrées section A n°1938 et n°1945, ainsi que de la décision de rejet de son recours gracieux par le maire de la commune de Caux du 29 novembre 2021.

Sur les conclusions tendant à l'allocation des dépens :

10. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de M. B tendant à ce que la commune de Caux supporte les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Caux, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

12. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Caux une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. B.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 30 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Caux a préempté les parcelles cadastrées section A n°1938 et n°1945, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux du 29 novembre 2021 sont annulées.

Article 2 : La commune de Caux versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Caux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme H C, à Mme G E et à la commune de Caux.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure

S. A La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2024.

La greffière,

M. F

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