jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MARGALL, D'ALBENAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mars 2022 et 20 février 2023, la société Bouygues Telecom et la société Phoenix France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021, ensemble la décision implicite du 5 janvier 2022 portant rejet du recours gracieux, par laquelle le maire de la commune de Lunel-Viel a décidé de s'opposer à la réalisation des travaux objet de la déclaration préalable n° DP 034 146 21 M 0054 déposée auprès de ses services le 16 août 2021, consistant en l'édification d'une antenne-relais de téléphonie mobile sur un terrain situé 32 chemin du Cap Miaulaire ;
2°) d'enjoindre au maire de Lunel-Viel d'avoir à réinstruire la déclaration préalable et d'y statuer en prenant une décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la commune de Lunel-Viel à leur verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence en l'absence d'une délégation de compétence ou de signature régulièrement prise et publiée ;
- le motif tiré du non-respect de l'article 7-1-4 des dispositions générales du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme est illégal compte tenu de la situation du projet en zone UE du plan local d'urbanisme qui autorise son implantation, des caractéristiques du secteur d'implantation et des mesures prises pour l'intégrer dans l'environnement préexistant et limiter son impact visuel ;
- le maire ne pouvait légalement se fonder sur un prétendu non-respect des articles L. 621-1 et L. 621-25 du code du patrimoine dès lors que le projet ne se situe pas dans le périmètre de protection des abords au titre des monuments historiques (château de Lunel-Viel - Orangeraie) ;
- c'est à tort que la décision fait référence à la situation du terrain d'assiette dans un corridor écologique, dès lors qu'aucun document du plan local d'urbanisme ne fait référence à un tel corridor pour la parcelle concernée ;
- conformément au règlement du PPRi, une étude hydraulique a été annexée au dossier de déclaration préalable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, la commune de Lunel-Viel, représentée par Me D'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés Bouygues Telecom et Phoenix France Infrastructures à son bénéfice une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par lettre du 4 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office au maire de Lunel-Viel de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable sur le projet de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère ;
- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;
- les observations de Me Anglars, représentant les sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures, et de Me Télès, représentant la commune de Lunel-Viel.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 août 2021, la société Phoenix France Infrastructures a déposé auprès des services de la commune de Lunel-Viel une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'un pylône monotube de 30 mètres de hauteur, de six antennes, d'un faisceau Hertzien de transmission et de coffrets techniques sur le pylône, et d'une zone technique grillagée surélevée au pied du pylône, sur une parcelle cadastrée section DM n° 0038 située 32 chemin du Cap Miaulaire à Lunel-Viel. Par une décision n° DP 034 146 21 M0054 en date du 8 septembre 2021, le maire a fait opposition à cette déclaration préalable. La société Bouygues Télécom, dans le cadre du mandat qui la lie à la société Phoenix France Infrastructures, a exercé un recours gracieux le 2 novembre 2021, reçu le 5 novembre 2021. Ce recours gracieux a été explicitement rejeté le 6 janvier 2022. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures doivent être regardées comme demandant l'annulation de la décision d'opposition du 8 septembre 2021, ensemble la décision du 6 janvier 2022 de rejet du recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de sa décision du 8 septembre 2021 que, pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Phoenix France Infrastructures, le maire de la commune de Lunel-Viel s'est fondé sur trois motifs, qui sont tirés, d'une part, de l'atteinte portée par le projet au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants au regard des dispositions de l'alinéa 7-1-4 des dispositions générales du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-21, désormais R. 111-27, du code de l'urbanisme, d'autre part, de l'implantation du projet aux abords d'un monument historique classé au sens des articles L. 621-1 et L. 621-25 du code du patrimoine, et enfin de l'implantation du projet au sein d'un corridor écologique où les équipements d'intérêt général ne peuvent être implantés que sous réserve de l'impossibilité de les implanter en d'autres lieux.
3. D'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article 7-1-4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de Lunel-Viel relatif aux " Equipements d'intérêt général et collectif " : " Dans toutes les zones, les équipements d'intérêt général d'infrastructure, et de superstructure y afférents, peuvent s'implanter en dérogation par rapport aux prescriptions de zones, y compris dans les zones non aedificandi des voies./ Les ouvrages de grande hauteur, notamment les antennes ou les relais de télécommunication, peuvent être autorisés à titre exceptionnel, en dépassement des hauteurs fixées par le règlement. Ils devront cependant s'inscrire dans le site de telle manière qu'ils ne portent pas atteinte au caractère des lieux dans toute la mesure de compatibilité avec les impératifs techniques qui en conditionnent l'installation. En conséquence, il appartiendra au pétitionnaire de justifier de son implantation, et à l'autorité administrative de lui imposer toutes prescriptions de nature à sauvegarder au mieux la Qualité des sites urbains ou ruraux environnants ".
4. Il résulte de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
5. Les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de pylône est implanté à quelques mètres d'une antenne de radiotéléphonie existante Orange, à l'extrémité d'une parcelle cadastrée AE 129, sur laquelle sont édifiés des bâtiments industriels et entrepôts. Le lieu d'implantation est, contrairement à ce que soutient la requérante, non pas classé en zone UE b, correspondant à une zone urbaine réservée à tout type d'activités, mais en zone naturelle N, dans le secteur Ni, comme les autres " fonds de parcelles " de la zone d'activité, ladite zone autorisant les équipements d'intérêt général, sous réserve d'une étude hydraulique que la société indique sans être contredite avoir produite. Ce secteur Ni correspond à une trouée verte située le long du ruisseau du Dardaillon, où se situent notamment des jardins partagés et des cheminements doux, lesquels sont toutefois situés sur la rive opposée à la zone d'activités voisine. Il ressort également des différentes photographies produites, que comme les bâtiments de la zone industrielle et l'antenne existante, à proximité immédiate desquels l'antenne en litige doit être implantée, l'installation sera en partie masquée par la végétation et les arbres existant. Dans ces conditions, et même si elle présente une hauteur supérieure de 10 mètres à celle déjà existante, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet, compte tenu de son emprise limitée et de ses caractéristiques, porterait atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme ainsi que de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doivent être accueillis.
7. D'autre part, ainsi que l'admet la commune dans ses mémoires en défense, le projet n'est pas situé dans le périmètre de protection d'un monument historique. Par suite en fondant son opposition sur l'implantation du projet aux abords d'un monument historique classé au sens des articles L. 621-1 et L. 621-25 du code du patrimoine, la commune a entaché sa décision d'une erreur de droit.
8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme ne définit pas de corridor écologique, lequel n'est évoqué que dans une étude du CAUE produite par la commune et qui a été réalisée postérieurement à l'édiction de la décision contestée. Dans ces conditions, le maire n'a pu légalement fonder son opposition sur la situation du projet dans un corridor écologique.
9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté d'opposition du maire de Lunel-Viel du 8 septembre 2021, ensemble la décision du 6 janvier 2022 de rejet du recours gracieux de la requérante, doivent être annulés.
10. Aucun autre moyen de la requête n'est de nature à justifier, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Il résulte de tout ce qui précède que les motifs fondant l'arrêté du 8 septembre 2021 sont entachés d'illégalité et qu'aucun autre motif de nature à justifier l'arrêté n'a été invoqué. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction qu'un motif que l'administration n'aurait pas relevé ou qu'un changement de circonstances de faits s'opposerait à ce que le maire de Lunel-Viel prenne une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux présentée le 16 août 2021 par la société Phoenix France Infrastructures. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la commune de Lunel-Viel au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au même titre par les sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le maire de Lunel-Viel a fait opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Phoenix France Infrastructures ainsi que la décision du 6 janvier 2022 de rejet de son recours gracieux sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Lunel-Viel de prendre un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable de travaux présentée le 16 août 2021 par la société Phoenix France Infrastructures, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune de Lunel-Viel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés Bouygues Télécom et Phoenix France Infrastructures et à la commune de Lunel-Viel.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure
M. Couégnat La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 décembre 2023.
La greffière,
M. A.00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026