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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201269

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201269

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2022, Mme A... C..., représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 15 septembre 2021 de refus de reconnaissance de l’imputabilité au service de son accident survenu le 10 septembre 2020 ainsi que la décision du 21 décembre 2021 rejetant son recours gracieux du 30 novembre 2021 ;

2°) d’enjoindre à l’Etat de reconnaître avec effet rétroactif l’imputabilité au service de l’accident du 10 septembre 2020 et, par voie de conséquence, de lui verser les compléments de traitement qu’elle n’a pas perçus ainsi que le remboursement des frais médicaux ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le signataire de la décision du 21 décembre 2021 n’est pas identifiable
;
- les décisions ne sont pas suffisamment motivées
;
- l’avis de la commission de réforme a été rendu alors qu’aucun représentant du personnel n’était présent en méconnaissance de l’article 13 du décret du 14 mars 1986 ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur de qualification juridique des faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de ce que la décision du 21 décembre 2021 est insuffisamment motivée est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 :
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.



Considérant ce qui suit :

Mme C..., assistante de formation au sein du centre scolaire du centre pénitentiaire de Perpignan, en contrat à durée déterminée à compter du 21 mars 2017 puis à durée indéterminée à compter du 14 septembre 2020, a déclaré un accident de service survenu le 10 septembre 2020. Le 29 juillet 2021, la commission de réforme a émis un avis négatif à sa demande de reconnaissance d’imputabilité au service de l’incident survenu le 10 septembre 2020. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Toulouse a décidé que l’accident de service survenu le 10 septembre 2020 n’était pas imputable au service et qu’en conséquence les frais de santé seraient à la charge de l’intéressée, placée en congé de maladie ordinaire pour la période du 14 septembre 2020 au 29 novembre 2020. Mme C... a formé un recours gracieux le 30 novembre 2021 qui a été rejeté le 21 décembre 2021. Par la présente requête, Mme C... demande au tribunal d’annuler les décisions du 15 septembre 2021 et du 21 décembre 2021.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 15 septembre 2021 :

En premier lieu, aux termes de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaire, applicable à la date de la décision attaquée : « I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. (…) Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. (…) II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service (…) ».

Il ressort des termes de la décision attaquée, prise au visa de l’article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, que le refus d’imputabilité au service est motivé par l’absence de lien de causalité direct et certain entre son état de santé et l’entretien du 10 septembre 2020, qui constitue un événement prévisible de la carrière professionnelle de l’agent et pour lequel il n’est pas démontré qu’il se serait déroulé dans des conditions anormales d’une particulière violence ou soudaineté, et alors que les pièces au dossier montrent que son état de santé est consécutif à des difficultés relationnelles avec un autre agent. Dans ces conditions, la décision mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « La commission de réforme est consultée notamment sur : 1. L'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; (…) ». Aux termes de l’article 12 de ce même décret : « Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : 1. Le chef de service dont dépend l'intéressé ou son représentant ; 2. Le directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques ou son représentant ; 3. Deux représentants du personnel appartenant au même grade ou, à défaut, au même corps que l'intéressé, élus par les représentants du personnel, titulaires et suppléants, de la commission administrative paritaire locale dont relève le fonctionnaire ; toutefois, s'il n'existe pas de commission locale ou si celle-ci n'est pas départementale, les deux représentants du personnel sont désignés par les représentants élus de la commission administrative paritaire centrale, dans le premier cas et, dans le second cas, de la commission administrative paritaire interdépartementale dont relève le fonctionnaire ; 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret ». Aux termes de l’article 19 de ce même décret, applicable à la date de la décision attaquée : « La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération ».

Il ressort du procès-verbal de la commission de réforme qui s’est tenue le 29 juillet 2021 afin de donner un avis sur l’imputabilité au service de l’état de santé de Mme C... qu’elle était composée de son président, du représentant du directeur des finances publiques des Pyrénées-Orientales, du chef de service, de trois médecins agréés, membres du comité départemental et d’un médecin spécialiste. Si aucun représentant du personnel n’était effectivement présent, le quorum était néanmoins atteint avec notamment la participation au vote de trois médecins du comité médical et la présence d’un médecin spécialisé, l’avis ayant au surplus était rendu à 4 voix pour et 0 contre. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En dernier lieu, sauf à ce qu’il soit établi qu’il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l’exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d’évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d’être qualifié d’accident de service, quels que soient les effets qu’il a pu produire sur l’agent.

Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d’expertise médicale du 18 décembre 2020 que l’état de santé de l’agent « s’est installé progressivement » et s’est « aggravé suite à la réunion du 10 septembre 2020 » sans état antérieur et qu’il y a un lien direct de cet état avec l’exercice de ses fonctions. Si cette expertise reconnait ainsi la pathologie de l’intéressée comme imputable au service, il ressort toutefois des termes utilisés que cet état s’est « installé progressivement ». Par ailleurs, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que l’entretien ayant eu lieu le 10 septembre 2020 pourrait être qualifié d’accident alors que les éléments versés au dossier par l’intéressée révèlent seulement qu’à cette occasion le fonctionnement « professionnel et relationnel » de Mme C... a été remis en cause sans pour autant qu’aucun élément apporté ne démontre l’existence d’un comportement ou de propos excédant l’exercice normal du pouvoir hiérarchique. Au surplus, s’il ressort des pièces du dossier que les relations de travail étaient compliquées avec le supérieur fonctionnel de l’intéressée, les éléments versés au dossier sont insuffisants pour démontrer l’existence de conditions de travail pathogènes. Dans ces conditions, le syndrome anxiodépressif dont a souffert Mme C... ne peut être regardé comme un accident de service et donc comme étant imputable au service.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 21 décembre 2021 :

L’exercice du recours gracieux n’ayant d’autre objet que d’inviter l’auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d’un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l’autorité administrative. Les moyens tirés de ce que le signataire de la décision du 21 décembre 2021 portant rejet du recours gracieux de Mme C... n’est pas identifiable et de l’insuffisance de motivation de cette décision constituent des vices propres inopérants en l’absence d’annulation de la décision initiale du 15 septembre 2021. Ces moyens doivent dès lors être écartés.


Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C... tendant à l’annulation des décisions des 15 septembre 2021 et 21 décembre 2021 doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l’annulation des décisions contestées, n’implique pas la reconnaissance avec effet rétroactif de l’imputabilité au service de l’accident du 10 septembre 2020, ni le versement des compléments de traitement qu’elle n’a pas perçus ainsi que le remboursement des frais médicaux. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au ministre de prendre de telles mesures doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C... la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... et au garde des Sceaux, ministre de la justice.


Délibéré après l’audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.


La rapporteure,
C. B...
Le président,
J. Charvin


La greffière,



L. Salsmann


La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 septembre 2024
La greffière,


L. Salsmann


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