lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2201545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MIREPOIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars 2022 et 22 juin 2023, M. B A, représenté par Me Mirepoix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le ministre des armées a ordonné sa mutation dans l'intérêt du service à compter du 1er octobre 2021, ainsi que la décision du 1er décembre 2021 portant rejet de son recours gracieux et la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire après avis de la commission des recours des militaires ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de le replacer à compter du 1er octobre 2021 dans un emploi de niveau fonctionnel équivalent à celui précédemment occupé, sur un poste au sein des troupes aéroportées dans le domaine du soutien ou des ressources humaines et au sein de son bassin d'employabilité, et de prendre rétroactivement les mesures nécessaires à la régularisation de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision du 13 juillet 2021 est entachée d'une incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de lien entre la mutation et l'intérêt du service ;
- il a fait l'objet d'une sanction déguisée ;
- sa mutation est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le ministre des armées a méconnu l'étendue de sa compétence.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juin 2022 et le 13 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, l'acte attaqué est une mesure d'ordre intérieur ne faisant pas grief ;
- les conclusions dirigées contre la décision de la commission des recours des militaires sont irrecevables à défaut de production de la décision attaquée ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une lettre du 22 janvier 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête à fin d'annulation des décisions des 13 juillet et 1er décembre 2021 sont irrecevables, dès lors que la décision du 12 juillet 2022 prise sur le recours administratif préalable obligatoire s'y est substituée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viallet, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est entré en service le 12 juillet 2004 en tant qu'officier sous contrat, au grade de chef de bataillon. Il a été affecté en 2006 au 1er régiment de tirailleurs à Epinal puis le 1er août 2015 au 1er régiment de parachutistes à Pamiers. En 2016, il a obtenu le diplôme d'état-major et a occupé les fonctions de référent ressources humaines au grade de commandant à compter du 1er août 2016 au sein du régiment de Pamiers. Par décision du 13 juillet 2021, M. A a fait l'objet d'un ordre de mutation individuel au 4ème régiment étranger de Castelnaudary à compter du 1er octobre 2021. L'intéressé a formé un recours gracieux rejeté par décision expresse le 1er décembre 2021 notifiée le 9 décembre 2021. Il a formé un recours administratif préalable obligatoire enregistré le 9 février 2022 auprès de la commission des recours des militaires, rejeté le 18 juillet 2022. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le ministre des armées a ordonné sa mutation d'office dans l'intérêt du service à compter du 1er octobre 2021, de la décision du 1er décembre 2021 portant rejet de son recours gracieux et de la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire après avis de la commission des recours des militaires.
Sur les conclusions en annulation des décisions des 13 juillet et 1er décembre 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 4125-1 du code de la défense : " Les recours contentieux formés par les militaires mentionnés à l'article L. 4111-2 à l'encontre d'actes relatifs à leur situation personnelle sont précédés d'un recours administratif préalable, sous réserve des exceptions tenant à l'objet du litige déterminées par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 4125-1 de ce code : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. Le recours administratif formé auprès de la commission conserve le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention de la décision prévue à l'article R. 4125-10. Sous réserve des dispositions de l'article L. 213-6 du code de justice administrative, tout autre recours administratif, gracieux ou hiérarchique, formé antérieurement ou postérieurement au recours introduit devant la commission, demeure sans incidence sur le délai de recours contentieux. ". Aux termes de l'article R. 4125-10 de ce code : " Dans un délai de quatre mois à compter de sa saisine, la commission notifie à l'intéressé la décision du ministre compétent, ou le cas échant, des ministres conjointement compétents. La décision prise sur son recours, qui est motivée en cas de rejet, se substitue à la décision initiale. Cette notification, effectuée par tout moyen conférant date certaine de réception fait mention de la faculté d'exercer, dans le délai de recours contentieux, un recours contre cette décision devant la juridiction compétente à l'égard de l'acte initialement contesté devant la commission. L'absence de décision notifiée à l'expiration du délai de quatre mois vaut décision de rejet recours formé devant la commission ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que le juge administratif, saisi d'une requête contentieuse dans le cadre de cette procédure spéciale, ne peut statuer sur des conclusions dirigées contre la décision contestée devant la commission des recours des militaires mais seulement sur des conclusions dirigées contre la décision prise par le ministre des armées après avis de cette commission, laquelle se substitue entièrement à la décision attaquée par le recours administratif préalable obligatoire.
3. M. A ayant formé un recours administratif préalable le 8 février 2022 contre la décision du 1er décembre 2021 notifiée le 9 décembre 2021 rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 13 juillet 2021, les conclusions aux fins d'annulation de ces deux décisions doivent être rejetées comme irrecevables et le recours de M. A doit être regardé comme seulement dirigé contre la décision expresse du ministre des armées du 18 juillet 2022 rejetant son recours formé devant la commission des recours des militaires.
4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire. Ainsi, les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisance de motivation de la décision du 13 juillet 2021, qui se rapportent aux vices propres de la décision initiale, sont par suite inopérants et doivent être écartés.
Sur les conclusions en annulation de la décision du 12 juillet 2022 :
5. En premier, lieu, aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu. () ". Il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier l'intérêt du service pour prononcer les mutations et affectations de personnels.
6. La mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle et matérielle de ce dernier.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, chef de bataillon exerçant les fonctions de responsable des ressources humaines au 1er régiment de chasseurs parachutistes, a fait l'objet d'une enquête de commandement à la suite d'un signalement émanant de l'une de ses subordonnées, faisant état de la réception de messages contenant des propos à connotation sexuelle. Considérant, au vu du rapport d'enquête du 8 juin 2021, que l'intéressé a été l'auteur à de multiples reprises d'attitudes déplacées et avait tenu de manière répétée des propos inconvenants, grossiers et misogynes, à l'encontre de ses subordonnés, notamment de certains personnels féminins, le chef de corps a demandé dès le 15 juin 2021 l'engagement d'une procédure disciplinaire, et M. A a fait l'objet d'une sanction du premier groupe de vingt jours d'arrêts par une décision du 22 septembre 2021. Le rapport d'enquête du 8 juin 2021 précise par ailleurs que le comportement précité de M. A porte préjudice depuis près de huit mois au bon fonctionnement et à la sérénité du service des ressources humaines et de la chancellerie, induisant une détérioration de l'ambiance et nuisant à l'efficacité du travail, ce alors qu'en tant que responsable des ressources humaines, il se doit justement d'être un élément clé de l'application des mesures de surveillance et de prévention contre le harcèlement. Aussi, dès le 11 juin 2021, sa hiérarchie a sollicité sa mutation pour raisons de service en dehors de son régiment dès le mouvement de mutation 2021. M. A a alors renseigné un formulaire de mobilité sollicitant prioritairement un poste dans son bassin d'employabilité, et formant en vœu n°1 une affectation au 4è régiment étranger de Castelnaudary, le plus proche de son domicile et situé à 35 kms de celui-ci, sur des fonctions de coordonnateur expert à compter du 1er octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que son vœu n°1 a été satisfait, ainsi que la date de mutation demandée, de sorte que M. A ne saurait sérieusement reprocher à l'administration de ne pas l'avoir affecté sur un poste, dont la vacance n'est au demeurant pas établie, appartenant aux troupes aéroportées ou relevant du domaine des ressources humaines. En outre, le ministre fait valoir que M. A a été muté sur des fonctions de chef de cellule du bureau instruction emploi en qualité d'expert de haut niveau correspondant à son grade et à sa formation d'origine, en rapport avec son niveau fonctionnel 5a et avec son emploi intrinsèque principal qu'est l'infanterie. Si M. A allègue avoir perdu des responsabilités conséquentes en devenant chef de cellule en lieu et place de chef de service, il n'apporte pas d'élément précis susceptible de l'établir. Ensuite, s'il est vrai que sa mutation a entraîné la perte de l'indemnité pour services aériens attribuée aux parachutistes à hauteur de 1 063,73 euros mensuels, dès lors qu'il n'est plus affecté dans une formation aéroportée, il n'est toutefois plus soumis aux sujétions ouvrant droit au bénéfice de cette indemnité accessoire de son traitement et n'établit pas que l'intention poursuivie par le ministre aurait été, en l'espèce, de lui appliquer une sanction financière.
8. Dans ces conditions, le ministre des armées n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intérêt du service imposait la mutation de l'intéressé et la décision de mutation ne révèle aucune intention de le sanctionner, M. A ayant concomitamment fait l'objet d'une procédure disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée constituerait une sanction déguisée et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de l'intérêt du service doivent être écartés.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " () Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les mutations tiennent compte de la situation de famille des militaires, () ".
10. M. A fait valoir que la perte de l'indemnité pour services aériens attribuée aux parachutistes à hauteur de 1 063,73 euros mensuels place son foyer dans une situation financière dégradée, induisant une hausse de son taux d'endettement et contraignant son épouse, alors femme au foyer, à rechercher un emploi salarié et à renoncer à son projet de développement d'une exploitation agricole et équestre, l'acquisition programmée d'un terrain constructible devant par ailleurs être abandonnée. Toutefois, ces circonstances, pour regrettables soient-elles, ne permettent pas à elles seules, compte tenu notamment des obligations statutaires de l'intéressé, des conditions de service propres à l'exercice de la fonction militaire et des besoins du service, de considérer que la mutation en litige prise, ainsi qu'il a été dit au point 7, dans l'intérêt du service, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. A, lequel a au demeurant été affecté sur un poste correspondant à son premier vœu. Par suite le moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de la décision du 18 juillet 2022 que le ministre des armées, qui s'est livré à une appréciation de la situation de M. A, se serait estimé en compétence liée par les recommandations émises par la hiérarchie de l'intéressé.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur l'injonction :
13. Le présent jugement n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
ML. VialletLe président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 13 février 2024.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026