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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2201799

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2201799

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2201799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le ministre de la justice, garde des sceaux a refusé de lui octroyer la prime COVID-19 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui accorder le bénéfice de la prime COVID-19 et de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la décision à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un vice d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative au tribunal judiciaire de Perpignan, a par courrier 22 décembre 2021 sollicité le bénéfice de la prime exceptionnelle Covid-19. Par la présente requête, elle demande l'annulation du refus opposé à sa demande par courrier du 17 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 312-65 du code de l'organisation judiciaire : " Par délégation du garde des sceaux, ministre de la justice, le premier président de la cour d'appel et le procureur général près cette cour assurent conjointement l'administration des services judiciaires dans le ressort de la cour d'appel. Ils sont assistés dans cette mission par le service administratif régional, placé sous leur autorité ". Aux termes de l'article R. 312-70 du même code : " Le service administratif régional assiste le premier président de la cour d'appel et le procureur général près cette cour dans l'exercice de leurs attributions en matière d'administration des services judiciaires dans le ressort de la cour d'appel dans les domaines suivants : / 1° La gestion administrative de l'ensemble du personnel ; / 2° La formation du personnel, à l'exception de celle des magistrats ; () ". Alors que la décision en litige a été prise par le premier président de la cour d'appel de Montpellier et par le procureur général près de la même cour, conformément aux dispositions précitées s'agissant d'une décision relative à la gestion de l'ensemble du personnel, le moyen d'incompétence soulevé par Mme A ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige n'est pas au nombre de celles qui doivent être motivées, alors au demeurant que la requérante n'invoque à ce titre la méconnaissance d'aucune norme juridique. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, l'article 1er du décret du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle à certains agents civils et militaires de la fonction publique de l'Etat et de la fonction publique territoriale soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19 dispose que : " En application de l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 susvisée, le présent décret détermine les conditions dans lesquelles l'Etat, les collectivités territoriales ()peuvent verser une prime exceptionnelle à ceux de leurs agents particulièrement mobilisés pendant l'état d'urgence sanitaire déclaré en application de l'article 4 de la [loi] du 23 mars 2020 susvisée afin de tenir compte d'un surcroît de travail significatif durant cette période. / Les bénéficiaires de la prime exceptionnelle sont nommément désignés à cet effet dans les conditions prévues par le présent décret. ". L'article 2 du même décret énonce que : " Peuvent bénéficier de la prime exceptionnelle mentionnée à l'article 1er : / 1° () les fonctionnaires () de l'Etat () ". L'article 3 de ce décret prévoit que : " Sont considérés comme particulièrement mobilisés au sens de l'article 1er les personnels pour lesquels l'exercice des fonctions a, en raison des sujétions exceptionnelles auxquelles ils ont été soumis pour assurer la continuité du fonctionnement des services, conduit à un surcroît significatif de travail, en présentiel ou en télétravail ou assimilé. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le montant plafond de la prime exceptionnelle est fixé à 1 000 euros. ". Et aux termes de l'article 7 du même décret : " Pour l'Etat, (), les bénéficiaires de la prime exceptionnelle et le montant alloué sont déterminés par le chef de service (). / Le montant de la prime est modulable comme suit, en fonction notamment de la durée de la mobilisation des agents : / - taux n° 1 : 330 euros ; / - taux n° 2 : 660 euros ; / - taux n° 3 : 1 000 euros. / La prime exceptionnelle fait l'objet d'un versement unique ".

5. Il résulte des dispositions précitées que le décret du 14 mai 2020 se borne à fixer le montant plafond de la prime exceptionnelle pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19, dite " prime Covid ", et, s'agissant de l'État, de ses établissements publics et de ses groupements d'intérêts publics, ses trois taux, modulables en fonction notamment de la durée de la mobilisation des agents, sans déterminer ses bénéficiaires, ni le montant à leur attribuer individuellement.

6. Lorsqu'un texte prévoit l'attribution d'un avantage sans avoir défini l'ensemble des conditions permettant de déterminer à qui l'attribuer parmi ceux qui sont en droit d'y prétendre ou de fixer le montant à leur attribuer individuellement, l'autorité compétente peut, qu'elle dispose ou non en la matière du pouvoir réglementaire, encadrer l'action de l'administration, dans le but d'en assurer la cohérence, en déterminant, par la voie de lignes directrices, sans édicter aucune condition nouvelle, des critères permettant de mettre en œuvre le texte en cause, sous réserve de motifs d'intérêt général conduisant à y déroger et de l'appréciation particulière de chaque situation. Dans ce cas, la personne en droit de prétendre à l'avantage en cause peut se prévaloir, devant le juge administratif, de telles lignes directrices si elles ont été publiées.

7. La note SJ-20-257-CAB-DSJ/25-06/2020 du ministre de la justice sur le fondement de laquelle le premier président de la cour d'appel de Montpellier et le procureur général près de la même cour ont pris la décision en litige a été prise en application du décret et a défini les durées de présence en fonction de chacun des taux applicables, en précisant toutefois que ces critères ne peuvent à eux seuls être retenus pour bénéficier de la prime. En particulier, elle fixe à titre de critères pour gratifier les agents des services judiciaires le nombre de jours de présence, avec une présence minimale de 15 jours, la limitation d'un niveau de prime à 660 euros pour les magistrats et personnels de catégorie A, et exclut les chefs de cour du dispositif.

8. Mme A invoque l'illégalité de la note, laquelle opère une distinction entre temps de travail en présentiel et en télétravail, alors même que les dispositions réglementaires ont prévu la possibilité d'octroyer la prime Covid à des agents en télétravail, sans exigence d'une quelconque durée. Elle est, ainsi, fondée qu'en exigeant une présence minimale de 15 jours pour prétendre au versement de la prime, les auteurs de la note ont édicté une condition nouvelle illégale.

9. En revanche, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Le ministre de la justice fait valoir dans son mémoire en défense que Mme A ne pouvait prétendre au versement de cette prime sur le fondement du décret lequel subordonne le versement de cette prime à un surcroît significatif de travail, " en présentiel ou en télétravail ". Il ressort en effet des pièces du dossier qu'en se bornant à faire état de ce qu'elle s'est proposée, lors de la crise sanitaire, pour faire du télétravail et qu'elle a géré le standard téléphonique du tribunal judiciaire de Perpignan de 8 heures à 12 heures et de 13h30 à 18 heures du lundi au vendredi durant la période du 17 mars au 11 mai 2020 en télétravail et en présentiel plusieurs jours pour l'enregistrement de dossiers d'aide juridictionnelle dont elle avait la charge, Mme A ne démontre ni même n'allègue l'existence d'un surcroit significatif de son activité pendant la période. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le premier président de la Cour d'appel de Montpellier et le premier procureur de la même Cour ont rejeté sa demande d'obtention de la prime Covid-19.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le ministre de la justice, garde des sceaux a refusé de lui octroyer la prime COVID-19.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

I. BLe président,

V. Rabaté

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 13 septembre 2024,

La greffière,

B. Flaesch

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