Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 avril 2022, le 17 juin 2022 et le 30 juillet 2024, Mme A... Pilmee, représentée par Me Pion Riccio, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 18 598,86 euros correspondant au montant de l’allocation temporaire d’invalidité assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 juin 2021 ;
2°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle remplit les conditions permettant de percevoir le bénéfice de l’allocation temporaire d’invalidité depuis la date de consolidation jusqu’à son admission à la retraite ;
- elle a droit au versement d’une somme de 2 066,54 euros annuels ;
- elle a droit à l’indemnisation de son préjudice moral en raison de la carence abusive de l’administration ;
- en outre, elle a droit au versement d’une somme de 14 458,78 euros pour la période du 2 décembre 2017 à la date du présent jugement, son taux d’incapacité étant toujours à 15 % et le conseil médical s’étant prononcé en faveur de l’octroi de l’ATI le 30 janvier 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au non-lieu à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- par un arrêté du 5 septembre 2022, postérieur à l’enregistrement de la requête, l’administration a fait droit à sa demande d’octroi de l’allocation temporaire d’invalidité ;
- aucune faute n’est démontrée et le préjudice moral n’est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pion Riccio, représentant Mme Pilmee.
Considérant ce qui suit :
Mme Pilmee, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation pénitentiaire, a été victime d’un accident le 6 octobre 2009, consolidé le 3 décembre 2012, reconnu imputable au service par une décision du 26 janvier 2010. Le 8 avril 2021, Mme Pilmee a sollicité le bénéfice de l’allocation temporaire d’invalidité (ATI). Par un courrier du 15 février 2022, reçu le 23 février suivant, Mme Pilmee a formé une réclamation préalable indemnitaire tendant au versement d’une somme de 18 598,86 euros au titre du montant de l’ATI à laquelle elle a droit depuis le 3 décembre 2012 ainsi qu’une somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices moraux. Le ministre de la justice a implicitement rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme Pilmee demande au tribunal de condamner l’Etat au versement d’une somme de 18 598,86 euros correspondant au montant de l’ATI, assortie des intérêts, et de 10 000 euros au titre de son préjudice moral.
Sur l’exception à fin de non-lieu opposée par le ministre de la justice :
Postérieurement à l’introduction de la requête, l’allocation temporaire d’invalidité a été accordée à Mme Pilmee pour la période allant du 3 décembre 2012 au 2 décembre 2017 par une décision du 5 septembre 2022 pour un montant annuel de 2 041,96 euros, soit 10 209,80 euros sur la période du 3 décembre 2012 au 2 décembre 2017. Les conclusions indemnitaires présentées par Mme Pilmee tendant au versement de l’ATI sont, dans cette mesure, dépourvues d’objet. L’exception à fin de non-lieu opposée par le ministre peut ainsi être partiellement accueillie.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le versement de l’allocation temporaire d’invalidité :
Aux termes de l’article 3 du décret du 6 octobre 1960, dans sa rédaction applicable au litige : « La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue à l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas au ministre dont relève l'agent et au ministre chargé du budget ». Aux termes du premier alinéa de l’article 5 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : « L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 3 ci-dessus et l'allocation est attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions des alinéas suivants et de celles de l'article 6, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté ou, le cas échéant supprimée ». Il résulte de ces dispositions que l’allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans, à l’expiration de laquelle les droits du fonctionnaire font l’objet, selon l’article 3 du décret dans sa rédaction en vigueur jusqu’au 14 mars 2022, d’un nouvel examen par le ministre dont relève l’agent et le ministre chargé du budget, au vu de l’avis de la commission de réforme prévue à l’article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou, dans sa rédaction en vigueur depuis le 14 mars 2022, du conseil médical mentionné à l’article 21 ter de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions sont reprises à l’article L. 821-1 du code général de la fonction publique, en vue d’attribuer cette allocation sans limitation de durée ou de la supprimer.
Il résulte de l’instruction que Mme Pilmée, victime le 6 octobre 2009 d’un accident de trajet reconnu imputable au service, dont la date de consolidation de l’état de santé a été fixée au 3 décembre 2012 et qui avait repris ses fonctions avant cette date, avait droit au versement de l’allocation temporaire d’invalidité pour la période du 3 décembre 2012 au 2 décembre 2017. En revanche, si la commission de réforme s’est prononcée, le 22 décembre 2020, sur la date de consolidation de son état de santé et pour la première fois sur le taux d’incapacité permanente résultant, à la date de consolidation, de l’accident qu’elle a subi, il ne résulte pas de l’instruction que ses droits à l’allocation temporaire d’invalidité, en vue de lui en accorder le bénéfice sans limitation de durée ou de le supprimer, aient fait l’objet d’un nouvel examen à l’issue de la période du 3 décembre 2012 au 2 décembre 2017, ainsi que le prévoient les dispositions des articles 3 et 5 du décret du 6 octobre 2009 mentionnées au point 3. Par suite, le moyen relatif au droit à l’ATI pour la période postérieure au 2 décembre 2017 ne peut être qu’écarté.
En ce qui concerne la faute de l’administration :
Mme Pilmee doit également être regardée comme se prévalant de la faute commise dans le traitement de son dossier par l’administration, estimant qu’il y aurait un retard et une opposition manifeste de l’administration pour lui octroyer le bénéfice de l’allocation sollicitée. Toutefois, si l’accident du 6 octobre 2009 a été reconnu comme imputable au service par une première décision du 26 janvier 2010 puis par une seconde du 19 avril 2013 fixant la date de consolidation au 3 décembre 2012, il résulte de l’instruction que Mme Pilmee n’a sollicité le versement de l’ATI pour la première fois que le 8 avril 2021 et que le bénéfice de cette allocation lui a été octroyé le 5 septembre 2022 ce qui ne révèle pas un délai anormalement long, ni une volonté de l’administration de ne pas lui octroyer le bénéfice de cette allocation. En l’absence de faute, la responsabilité de l’Etat ne peut par suite être engagée sur ce fondement.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme Pilmee tendant à la condamnation de l’Etat à réparer ses différents préjudices doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme Pilmee la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requête à hauteur de 10 209,80 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme Pilmee est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... Pilmee et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l’audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
C. B...
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 septembre 2024
La greffière,
L. Salsmann