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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202132

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202132

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBETROM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 avril 2022 et le 11 janvier 2024, M. B... A..., représenté par Me Betrom, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions en date du 30 septembre 2021 et du 16 novembre 2021 le plaçant en congé de maladie ordinaire à compter du 10 mai 2021 ;

2°) d’enjoindre à la commune de Cournonterral de le placer en congé imputable au service à plein traitement à compter du 10 mai 2021 dans un délai de 30 jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cournonterral une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la requête n’est pas tardive ;
- les décisions attaquées ne comportent aucune motivation en fait ;
- en s’abstenant de saisir la commission de réforme et un médecin agréé, la commune a méconnu les dispositions de l’article 1er de l’arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- la pose de la prothèse le 10 mai 2021 au genou gauche est imputable au service en application de l’article 21 bis de la loi n° 83-634 dès lors que cela concerne le même genou que celui pour lequel un accident de service avait été reconnu et pour lequel il avait subi une opération.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mai 2023 et le 25 janvier 2024, la commune de Cournonterral conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- le moyen tiré de l’insuffisance de motivation est inopérant dès lors que les décisions ne sont pas des décisions défavorables ;
- les autres moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 mars 2022, le bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Montpellier a rejeté la demande de M. A....


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l’arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., adjoint technique de la commune de Cournonterral, a été victime d’un accident de service le 27 septembre 2019. Placé en congé de maladie pour accident de service du 1er au 18 octobre 2019 puis, en raison d’une rechute, du 5 octobre 2020 au 6 février 2021, il a été placé en congé de maladie ordinaire par des arrêtés des 30 septembre 2021 et 26 novembre 2021. Par la présente requête, M. A... doit être regardé comme demandant au tribunal d’annuler les arrêtés des 30 septembre 2021 et 26 novembre 2021 en tant qu’ils refusent de reconnaître comme imputable au service son accident survenu le 27 septembre 2019.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques (…) ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 6° Refusent un avantage dont l’attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l’obtenir (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation (…) doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Il résulte de la combinaison des dispositions législatives précitées que le refus de reconnaître l’imputabilité au service d’un accident est au nombre des décisions qui doivent être motivées.

Aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

Il est constant que les arrêtés des 30 septembre 2021 et 26 novembre 2021 plaçant M. A... en congé de maladie ordinaire et reconnaissant ainsi, implicitement mais nécessairement, que ces congés ne sont pas imputables à son accident de service survenu le 27 septembre 2019 ne comportent aucune motivation en fait. Toutefois, en application des dispositions précitées de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, en l’absence de motivation du rejet implicite de sa demande de reconnaissance d’imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 10 mai 2021, il appartenait à M. A... de solliciter la communication des motifs de rejet de sa demande. Il est constant que M. A... n’a pas sollicité les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service. Dans ces conditions, le moyen ne peut être qu’écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : « Le fonctionnaire en activité a droit : (…) 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. (…) Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : « La commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé : 1. L'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa des 2° et 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ; (…) ». Aux termes de l’article 3 de ce même arrêté : « (…) Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; 2. Deux représentants de l'administration ; 3. Deux représentants du personnel (...) ».
Il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme a été saisie le 6 juillet 2021 par le maire de Cournonterral et que, lors de sa séance du 9 septembre 2021 à laquelle étaient présents trois médecins, elle a rendu un avis défavorable s’agissant de l’imputabilité à l’accident de service des arrêts survenus à compter du 10 mai 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En dernier lieu, M. A... soutient que l’intervention chirurgicale subie le 10 mai 2021 concerne le même genou que celui pour lequel il a subi un accident de travail le 27 septembre 2019 et pour lequel tous ses précédents arrêts de travail ont été pris en charge dans le cadre de l’accident de service. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’expert médical désigné a estimé que cette intervention résultait d’un état antérieur et que la commission de réforme qui s’est réunie le 9 septembre 2021 a également estimé que les arrêts de travail à compter du 10 mai 2021 n’étaient plus à prendre en compte au titre de l’accident de service. Dans ces conditions, en l’absence d’éléments médicaux probants venant remettre en cause notamment l’avis de l’expert médical, le maire n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant que les arrêts de travail à compter du 10 mai 2021 ne pouvaient être regardés comme étant imputables au service et en plaçant à partir de cette date, par les deux arrêtés attaqués, M. A... en congé de maladie ordinaire. Le moyen doit être écarté.



Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A... tendant à l’annulation des arrêtés des 30 septembre 2021 et 26 novembre 2021 doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l’annulation des arrêtés contestés, n’implique pas de placer M. A... en congé imputable au service. Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au maire de prendre une telle mesure doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Cournonterral, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A... la somme qu’il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.




D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et la commune de Cournonterral.



Délibéré après l’audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.



La rapporteure,

C. C...
Le président,

J. Charvin


La greffière,




L. Salsmann


La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 septembre 2024
La greffière,


L. Salsmann


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