mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 30 avril 2022, sous le n°2202233, M. B A, représenté par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 mars 2022 par laquelle la présidente de la Région Occitanie a refusé de lui octroyer un congé longue maladie ;
2°) d'enjoindre à la présidente de la région Occitanie de lui accorder un congé de longue maladie à compter du 24 juillet 2021 avec rétablissement du traitement intégral et primes, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la région Occitanie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- faute de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée, l'auteur de la décision contestée n'avait pas compétence pour la prendre ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, la région Occitanie, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Bardon et de Faÿ, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, sous le n°2202938, M. B A, représenté par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle la présidente de la Région Occitanie l'a placé en congé de maladie ordinaire pour la période du 9 avril au 10 juin 2022 ;
2°) d'enjoindre à la présidente de la région Occitanie de lui accorder un congé de longue maladie à compter du 24 juillet 2021 avec rétablissement du traitement intégral et primes, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la région Occitanie la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- faute de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée, l'auteur de la décision contestée n'avait pas compétence pour la prendre ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- il est fondé à invoquer l'illégalité de la décision refusant le congé de longue maladie, laquelle est entachée d'erreur de fait et d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la région Occitanie, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Bardon et de Faÿ, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible, dans l'hypothèse d'une annulation des décisions contestées, d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Teuly-Desportes,
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;
- les observations de Me Aubert substituant Me Cacciapaglia représentant M. A ;
- et les observations de Me Belal-Condebar représentant la région Occitanie.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, adjoint technique principal de 2èmeclasse des établissements d'enseignement de la région Occitanie, affecté en qualité d'agent d'entretien au lycée Jean Lurçat à Perpignan (Pyrénées-Orientales) a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 24 juillet 2021. Le 27 septembre 2021, Monsieur A a demandé le bénéfice d'un congé de longue maladie. Après avis défavorable du comité médical émis le 24 novembre 2021, la présidente de région a, par une décision du 2 décembre 2021, refusé cette demande. Sur recours gracieux formé par le fonctionnaire, le 20 décembre 2021, le refus initial a été confirmé le 10 mars 2022. Par une décision du 13 avril 2022, l'intéressé a été placé en congé de maladie ordinaire jusqu'au 10 juin suivant. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation des décisions des 10 mars et 13 avril 2022.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2202233 et 2202938 présentées pour M. A concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, en conséquence, de les joindre pour y statuer par une même décision.
Sur la portée des conclusions :
3. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
4. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, dans la requête n°2202233, dirigées contre la seule décision du 10 mars 2022 prise sur recours gracieux, doivent être également regardées comme dirigées contre la décision initiale du 2 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions du 2 décembre 2021 et du 10 mars 2022 :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ".
6. Selon l'article L. 211-5 du même code, cette motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Si le respect des règles relatives au secret médical ne peut avoir pour effet d'exonérer l'administration de l'obligation de motiver sa décision, dans des conditions de nature à permettre au juge d'exercer son contrôle, il ne lui appartient pas de divulguer des éléments d'ordre médical couverts par le secret. Il en va ainsi alors même que la décision à intervenir, ayant le caractère d'un acte individuel, ne doit pas normalement faire l'objet d'autre mesure de publicité que celle de sa notification à son destinataire.
7. Une décision de refus de congé de longue maladie est suffisamment motivée par référence à l'avis du comité médical, notifié simultanément et qui, visant les textes applicables, indique que l'agent ne remplit pas les critères de gravité et d'invalidité requis.
8. En l'espèce, la décision du 2 décembre 2021 refusant d'accorder à M. A un congé de longue maladie, qui ne vise aucune disposition législative et réglementaire, se borne à faire référence à l'avis du comité médical du 24 novembre 2021 et indique que les membres de cette instance ont émis un avis défavorable à l'attribution de ce congé. En outre, il ressort du procès-verbal de l'instance consultative que cet avis fait état de ce que, en l'état du dossier de l'agent, les critères de gravité, d'évolutivité et d'invalidité ne sont pas réunis pour attribuer un congé de longue maladie. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait reçu communication de cet avis antérieurement à la décision contestée ou dans le même temps. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision du 2 décembre 2021 est insuffisamment motivée.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2021 par laquelle la présidente de la région Occitanie a refusé de lui accorder un congé de longue maladie et, par voie de conséquence, celle de la décision du 10 mars 2022 rejetant le recours gracieux de l'agent qui se trouve privée de fondement juridique.
En ce qui concerne la légalité de la décision du 13 avril 2022 :
10. En premier lieu, la décision contestée est signée par M. C, directeur adjoint " prévention et santé " de la direction de la qualité de vie au travail et de la formation. Par un arrêté du 3 février 2022 publié au recueil des actes administratifs de la région Occitanie et mis à disposition du public sur les sites de Montpellier et Toulouse, M. C disposait d'une délégation de signature lui permettant de signer, en sa qualité de directeur adjoint, les actes relatifs aux absences pour raison de santé, à la prévention, à l'action sociale, à la formation et à toutes positions pour raison de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
11. En deuxième lieu, la décision de placement en congé de maladie ordinaire ne relève pas de l'une des catégories de décisions qui doivent être motivées en application des dispositions précitées au point 5 de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'insuffisance de motivation.
12. En dernier lieu, aux termes du 3° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, en vigueur à la date du refus initial de congé de longue maladie, disposait que : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ".
13. Selon l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique en vigueur à la date de la décision contestée : " Le fonctionnaire en activité a droit à des congés de maladie lorsque la maladie qu'il présente est dûment constatée et le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. (). " Selon l'article L. 822-3 du même code : " La durée totale des congés de maladie peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs. " Selon l'article L. 822-3 de ce code : " Au cours de la période définie à l'article L. 822-2, le fonctionnaire en congé de maladie perçoit : 1° Pendant trois mois, l'intégralité de son traitement ; 2° Pendant les neuf autres mois, la moitié de son traitement. (). "
14. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale.
15. En admettant que M. A, qui ne conteste pas le placement en congé de maladie ordinaire, excipe de l'illégalité des décisions refusant son placement en congé de longue maladie, il n'est pas recevable à le faire dès lors que la décision contestée de placement en congé de maladie ordinaire à demi-traitement, prise sur le fondement de l'article L. 822-1 du code général de la fonction publique cité au point 13, n'a pas été prise pour l'application des refus de congés de longue maladie et n'en constitue pas la base légale. Il suit de là que les moyens, soulevés, par la voie de l'exception, et tirés de ce que les décisions de refus de placement en congé de longue maladie seraient entachées d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 avril 2022 par laquelle la présidente de la région Occitanie l'a placé en congé de maladie ordinaire avec perception d'un demi-traitement.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
17. Eu égard au motif retenu, l'annulation de la décision du 21 décembre 2021 comme celle du 10 mars 2022, n'implique pas l'attribution d'un congé de longue maladie à M. A. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, présentées par le requérant et visant à une telle attribution doivent être rejetées dans les deux instances. En revanche, le jugement implique qu'il soit enjoint d'office à la présidente de la région Occitanie de réexaminer la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés aux litiges :
18. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de laisser à chacune des parties la charge des frais non compris dans les dépens qu'elles ont exposés dans chacune des instances.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 décembre 2021 par laquelle la présidente de la région Occitanie a refusé d'accorder à M. A un congé de longue maladie, ainsi que la décision du 10 mars 2022 rejetant le recours gracieux formé par ce dernier sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la présidente de la région Occitanie de statuer à nouveau sur la demande de congé de longue maladie de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2202233 et n°2202938 est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la région Occitanie en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans ces deux instances sont rejetées.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la région Occitanie.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
D. Teuly-Desportes
La greffière,
C. Arce
Le président,
J. Charvin
La République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie, préfet de Haute Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 2 juillet 2024
La greffière,
C. Arce
N°2202233 - lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026