vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PASSET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistré les 12 mai 2022 et 6 février 2024, Mme B C, représentée par Me Passet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2022 par lequel le président du conseil départemental de l'Hérault lui a infligé la sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de six mois assortie d'un sursis de quatre mois à l'issue de son congé de maladie ordinaire en cours ;
2°) de mettre à la charge du département de l'Hérault une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une motivation insuffisante et d'un défaut d'examen réel et sérieux ; le motif tiré des difficultés liées à la gestion du temps n'est pas motivé,
- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique ; l'avis du conseil de discipline n'est pas motivé et le conseil de discipline n'a pas statué sur tous les griefs qui lui étaient reprochés et qui ont été, in fine, retenus dans l'arrêté de sanction ; le grief relatif à la gestion du temps n'a pas été évoqué ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits ; elle s'est déportée dès lors qu'elle n'était pas l'instructrice de son dossier ; elle a sollicité ses collègues pour qu'il soit procédé à l'instruction de sa demande, sans toutefois avoir adopté une attitude menaçante ou agressive à leur encontre ; elle justifie de la régularité de ses absences ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation en l'absence de faute disciplinaire ;
- la sanction est disproportionnée au regard des faits reprochés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le département de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 13 juillet 1983 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Passet, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, adjointe administrative territoriale du département de l'Hérault, est affectée au service gestion des droits à la direction générale adjointe des solidarités départementales de l'Hérault. Après l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son égard, le conseil de discipline a, le 21 janvier 2022, émis un avis favorable à la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont quatre avec sursis puis, par arrêté du 23 février 2022, le président du conseil départemental de l'Hérault lui a infligé cette sanction d'exclusion temporaire de six mois assortis d'un sursis de quatre mois. Par la présente requête, Mme C sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () - infligent une sanction (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable à la date de la décision contestée, dispose que : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination./ () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. /L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire intéressé, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
3. Par arrêté en litige, le président du conseil départemental de l'Hérault vise le statut général des fonctionnaires, celui des fonctionnaires territoriaux et mentionne le rapport de Mme A faisant état de graves manquements commis par Mme C à ses devoirs et obligations professionnels. Il lui reproche, après avoir rappelé l'avis du conseil de discipline du 21 janvier 2022 favorable à une sanction d'exclusion temporaire du service, de ne pas avoir respecté la procédure d'instruction des dossiers de demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) en ayant accédé à son dossier personnel sous format papier et dans l'outil métier, d'avoir inscrit son propre dossier à l'ordre du jour d'une commission dont elle était instructrice, de ne pas s'être déportée, d'avoir demandé à des collègues d'intervenir dans la procédure en se montrant particulièrement insistante et directive, tout en omettant de signaler qu'il s'agissait de son propre dossier, d'avoir eu un comportement inapproprié vis-à-vis de ses collègues et de sa hiérarchie en tenant des propos véhéments et agressifs et enfin, de ne pas s'être conformée à plusieurs reprises aux règles de gestion du temps de travail, perturbant ainsi la continuité du service. Dans ces conditions, alors que les éléments relatifs à ces griefs ont été portés à la connaissance de l'intéressée par la consultation de son dossier personnel, l'arrêté comporte les motifs de droit et de fait de manière suffisamment circonstanciés permettant à l'intéressée de pouvoir les critiquer utilement.
4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 citées au point 2 que l'avis de la commission administrative paritaire compétente siégeant en conseil de discipline doit être motivé. Cette exigence de motivation constitue une garantie. Cette motivation peut être attestée par la production, sinon de l'avis motivé lui-même, du moins du procès-verbal de la réunion de la commission comportant des mentions suffisantes.
5. Si l'avis du conseil de discipline est motivé sur le seul fondement de l'évènement relatif à sa demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, il résulte du procès-verbal de la réunion que l'intégralité des griefs soumis au conseil de discipline par l'autorité territoriale a été rappelée, et notamment la négligence de l'intéressée en matière de gestion du temps de travail. En outre, il résulte des débats retranscrits au procès-verbal que la représentante de l'administration a rappelé que la procédure disciplinaire était également fondée sur ses négligences dans la gestion du temps de travail. Dans ces conditions, d'une part, le conseil de discipline doit être regardé comme s'étant prononcé sur l'intégralité des griefs faits à l'intéressée, d'autre part, l'avis du conseil de discipline qui explicite, par une motivation suffisante, le choix de la sanction proposée doit être regardé comme suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit, en toutes ses branches, être écarté.
6. En troisième lieu, pour infliger la sanction d'exclusion temporaire de six mois assortie d'un sursis de quatre mois, le département de l'Hérault s'est fondé d'une part sur la désorganisation du service liée aux négligences de Mme C dans la gestion du temps de travail et d'autre part, sur le comportement de l'intéressée ayant accédé à son dossier de demande de travailleur handicapé, ayant sollicité des agents pour instruire son dossier en urgence, ayant suivi l'instruction de ce dossier, ayant demandé des explications et en l'ayant programmé à une réunion à laquelle elle était partie prenante et ayant adopté une attitude agressive envers les collègues sollicités.
7. D'une part, Mme C conteste le premier motif tiré des négligences dont elle a fait preuve dans la gestion du temps de travail et apporte, devant le tribunal des justifications pour ses absences des 26 août, 3, 4 et 18 septembre 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si le rapport disciplinaire évoque ses absences à ces dates-là, lesquelles ont fait l'objet d'une retenue de traitement pour service non fait, il précise surtout que, malgré le rappel des règles applicables le 24 novembre 2020, réitéré le 11 juin 2021, Mme C fait preuve d'une exigence de réactivité inadaptée lorsqu'il s'agit de justifier de ses absences et ne s'est pas conformée au planning du télétravail préétabli au mois de septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier et des échanges de courriels entre l'intéressée et sa hiérarchie que Mme C a apportés en décembre 2021 un justificatif de son absence du 26 août 2020 et qu'elle s'est mise en télétravail le jour de la rentrée des classes sans avoir été préalablement autorisée. Ces faits matériellement exacts sont fautifs compte tenu des rappels récurrents des règles par sa hiérarchie.
8. D'autre part, et en premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a reconnu avoir sollicité deux agents du département pour instruire en urgence son dossier de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé sans préciser qu'il s'agissait du sien. En outre, il ressort des échanges de courriels adressés au médecin de prévention qu'elle reconnait avoir suivi l'instruction de sa demande à distance et avoir sollicité des informations suite à un changement de position adoptée sur sa demande après une commission. Si elle réfute avoir adopté un comportement inapproprié à l'égard de ces deux agents, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors qu'il ressort de son propre courrier qu'elle a adressé à sa hiérarchie lorsqu'elle a été avisée de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son égard, qu'elle répond aux " accusations " faites par ces deux agents dans leurs courriels. En second lieu, la double circonstance que, d'une part, elle n'a pas pris connaissance de la note de service instituant une procédure de déport étant alors en arrêt maladie, alors qu'elle ne démontre ni même n'allègue que cette note ne lui aurait pas été communiquée, et que, d'autre part, le conflit l'opposant à sa hiérarchie quant à l'octroi du jour de télétravail l'a conduite à accélérer la procédure de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, ne sont pas, compte tenu des obligations de loyauté et d'exemplarité qui pèsent sur les agents de la fonction publique de nature à dénier à son comportement le qualificatif de faute professionnelle.
9. Enfin, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement ; / l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
10. Il ressort des pièces du dossier que les fautes commises, révélatrices d'un conflit d'intérêt, sont d'une particulière gravité et de nature à justifier l'infliction d'une sanction de troisième groupe, laquelle est largement compensée par l'octroi d'un sursis de quatre mois. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la sanction d'exclusion temporaire de six mois, réduite à deux mois par l'ajout d'un sursis, serait disproportionnée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Philippe Gayrard, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Marion Bossi, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
La rapporteure,
I. DLe président,
JP. Gayrard
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 26 avril 2024
La greffière,
B. Flaesch.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026