jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2202711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MARGALL, D'ALBENAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mai 2022 et le 15 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Geny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 17 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Boisseron a délivré un certificat d'urbanisme non réalisable pour la construction d'une maison d'habitation de 90 m2 sur la parcelle cadastrée section AD n°346 ;
2°) d'enjoindre à la commune de modifier le plan local d'urbanisme en ce qu'il maintient la parcelle en espace boisé classé et d'enjoindre au maire de réinstruire sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Boisseron la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'erreur de droit et de fait en ce qui concerne le 1er motif opposé relatif au branchement d'assainissement individuel à réaliser à ses frais, en ce qui concerne le 2e motif relatif à la création d'un nouvel accès et le 3e et dernier motif relatif au classement de la parcelle en espace boisé classé ;
- à titre subsidiaire, est illégale par la voie de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle en espace boisé classé alors que ce n'est pas le cas des parcelles voisines pourtant boisés de la même façon (1) et en ce qu'il est entaché d'un détournement de pouvoir (2).
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, la commune de Boisseron, représentée par la Selarl Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin d'injonction de modification du plan local d'urbanisme sont irrecevables faute d'être l'accessoire de conclusions à fin d'annulation d'un refus d'abroger le plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle en espace boisé classé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a déposé le 20 avril 2022 une demande de certificat d'urbanisme auprès des services de la commune de Boisseron pour un projet de réalisation d'une maison d'habitation de 90 m2 sur la parcelle cadastrée section AD 346. Par un arrêté du 17 mai 2022, le maire de la commune a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de faits qui fondent le certificat d'urbanisme négatif, en particulier les trois motifs tenant à la desserte par le réseau collectif d'assainissement, la desserte à une voie publique et le classement en espace boisé de la parcelle assiette du projet. Par suite, le moyen du défaut de motivation doit en tout état de cause être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ". Aux termes de l'article R. 410-1 du même code, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée : " La demande de certificat d'urbanisme précise l'identité du demandeur, la localisation, la superficie et les références cadastrales du terrain ainsi que l'objet de la demande. Un plan de situation permettant de localiser le terrain dans la commune est joint à la demande. / Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, la demande est accompagnée d'une note descriptive succincte de l'opération indiquant, lorsque le projet concerne un ou plusieurs bâtiments, leur destination et leur localisation approximative dans l'unité foncière ainsi que, lorsque des constructions existent sur le terrain, un plan du terrain indiquant l'emplacement de ces constructions ". Enfin, l'article R. 410-13 du même code dispose, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée : " Lorsque le certificat d'urbanisme exprès indique, dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, que le terrain peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, cette décision porte exclusivement sur la localisation approximative du ou des bâtiments dans l'unité foncière, leur destination et sur les modalités de desserte par les équipements publics existants ou prévus ".
4. Il résulte des dispositions citées au point 3 qu'il appartient à l'autorité compétente, saisie d'une demande présentée sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, de délivrer un certificat d'urbanisme négatif lorsque le terrain ne peut être utilisé pour l'opération envisagée compte tenu de la localisation et de la destination du ou des bâtiments projetés et des modalités de desserte par les équipements publics existants ou prévus.
5. Premièrement, aux termes de l'article Ub1-4 du règlement du plan local d'urbanisme : " toute construction ou installation nouvelle doit être raccordée par des canalisations souterraines au réseau public d'assainissement ". Il ressort des pièces du dossier que le gestionnaire du réseau assainissement a indiqué que la parcelle n'est pas directement desservie par le réseau collectif mais que celui-ci se situait à trente mètres de la parcelle nécessitant la réalisation d'un branchement particulier au frais de Mme C. Dans ces conditions, et dès lors qu'un simple branchement particulier est nécessaire et non un équipement public à créer, le motif de refus, repris dans le cadre 9 de l'arrêté listant les motifs du caractère négatif du certificat d'urbanisme, tenant à la réalisation de ce branchement particulier ne pouvait fonder le certificat d'urbanisme opérationnel négatif en litige.
6. Deuxièmement, aux termes de l'article 1Ub1-2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Lorsque le terrain est riverain de plusieurs voies publiques, l'accès sur celles de ces voies qui présentent une gêne ou un risque pour la circulation peut être interdit. ". Il ressort des pièces du dossier que l'agence départementale Petit Camargue a indiqué que la route RD610 est une route multi pôle classée A sur laquelle les nouveaux accès sont interdits, laquelle circonstance a été reprise par l'arrêté en litige sur le fondement de l'article 1Ub1-2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en indiquant que cette voie ne pouvait recevoir l'accès projeté. Or, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas indiqué vouloir exclusivement réaliser l'accès à la parcelle par cette voie et le dossier de demande ne contenait pas de plan de masse faisant figurer un tel accès, alors qu'au demeurant, la commune n'a pas demandé à la requérante de pièce complémentaire. Par ailleurs, il est constant que la parcelle de Mme C peut également être desservie par la rue existante du lotissement du mas de Barre. Dans ces conditions, le motif tenant à l'accès à la parcelle ne pouvait fonder le certificat d'urbanisme opérationnel négatif en litige.
7. Troisièmement, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Ces dispositions imposent à l'autorité administrative saisie d'un projet portant sur un espace boisé classé, puis, au juge saisi de la légalité de la décision prise par cette autorité, d'apprécier si les travaux projetés, au regard de leur ampleur, sont de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements classés dans le plan local d'urbanisme.
8. Il ressort des pièces du dossier que le parcelle assiette du projet d'une superficie de 620 m2 est classée dans sa totalité comme espace boisé classé et que le certificat d'urbanisme opérationnel, qui a considéré non réalisable le projet de construction d'une maison d'habitation de 90 m2, a opposé le motif tiré de ce que ce projet consiste en " un mode d'occupation de nature à compromettre la conservation, la protection et la création de boisement ". Si l'intégralité de la parcelle est classée en espace boisé classé, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des photographies aériennes et au niveau du sol, qu'une très grande partie de la parcelle est dépourvue d'une quelconque végétation, que seul le fond de parcelle est planté d'arbres de haute tige et que le projet en litige ne prévoit pas la suppression d'arbre en raison de son implantation. Dès lors, en se croyant tenu de rejeter la demande de Mme C du seul fait de l'inclusion du projet dans un espace boisé classé sans rechercher si l'implantation même de la construction était de nature à compromettre la conservation ou la protection de cet espace boisé classé, le maire de la commune a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, le motif tiré de ce que la parcelle assiette du projet constitue un espace boisé classé n'était pas de nature à justifier le caractère non réalisable opposé à la demande de certificat d'urbanisme de Mme C.
9. En quatrième lieu, par la voie de l'exception, la requérante soutient que le classement de sa parcelle en " espace boisé classé " par le plan local d'urbanisme est illégal au regard de l'article L.113-1 du plan local d'urbanisme et serait entaché d'un détournement de pouvoir.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AD346, en zone urbaine " Ub1 ", est isolée de tout autre espace boisé classé, ne constitue pas le prolongement d'un tel espace et est bordée par des parcelles construites. Ensuite, si la commune de Boisseron soutient que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu " préserver les espaces naturels de la commune et notamment ceux disposant d'une surface conséquente et d'une absence de bâtis ", il ressort des pièces du dossier que la parcelle en litige de seulement 670 m2 ne saurait être considérée comme d'une surface " conséquente " et il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même soutenu par la commune en défense, que cette parcelle contribuerait à une justification paysagère particulière répertoriée par le rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune. Enfin, il ressort des pièces du dossier que de nombreuses parcelles, entièrement boisées et non bâties, situées à proximité de celle de Mme C n'ont pas été classées en espace boisé classé. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que le classement de sa parcelle en espace boisé classé par le plan local d'urbanisme de la commune est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement de la parcelle en espace boisé classé par le plan local d'urbanisme constituerait un détournement de pouvoir.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 17 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Boisseron a délivré un certificat d'urbanisme non réalisable pour la construction d'une maison d'habitation de 90 m2 sur la parcelle cadastrée section AD n°346 doit être annulée.
13. Eu égard aux motifs d'annulation du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Boisseron de réexaminer la demande de Mme C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en tenant compte des motifs du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'injonction tendant à la modification du plan local d'urbanisme :
14. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
15. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait adressé une demande à la commune de Boisseron tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe la parcelle AB 346 en espace boisé classé, et la requérante ne demande pas l'annulation d'une telle décision, si bien que les conclusions à fin d'injonction de la requête tendant à ce que le maire modifie le plan local d'urbanisme en ce qui concerne le classement de la parcelle AD 346, qui ne peuvent être que l'accessoire de conclusions à fin d'annulation en lien, doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme C, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Boisseron la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Boisseron le versement à Mme C d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Boisseron a délivré un certificat d'urbanisme non réalisable à Mme C pour la construction d'une maison d'habitation de 90 m2 sur la parcelle cadastrée section AD n°346 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de réexaminer la demande de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Geny et à la commune de Boisseron.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
F. CorneloupLa greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 10 octobre 2024,
La greffière,
A. Junon
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026