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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2202951

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2202951

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2202951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHORTUS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de Mme C demandant l’annulation de la décision du maire de Marsillargues du 21 mars 2022 s’opposant à sa déclaration préalable pour la régularisation d’un local et d’une clôture. Le tribunal a jugé qu’aucune décision tacite de non-opposition n’était née, la commune ayant valablement demandé des pièces complémentaires dans le délai d’un mois, ce qui a prorogé le délai d’instruction. Il a également écarté le moyen tiré de l’absence d’avis conforme du préfet, cet avis ayant été sollicité et étant réputé favorable, et a rappelé que les clôtures sont soumises à déclaration préalable dans les cas prévus par le code de l’urbanisme. La solution retenue s’appuie sur les articles R. 423-19, R. 423-22, R. 423-23, R. 424-1, R. 421-2 et L. 422-5 du code de l’urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Télès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Marsillargues s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposé pour la régularisation de la construction d'un local et d'une clôture sur la parcelle cadastrée section J n°612 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de prendre un arrêté de non opposition à cette même déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marsillargues la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle bénéficie d'une décision de non opposition tacite en l'absence de décision prise dans le délai d'un mois suivant le dépôt ;

- la décision est illégale en ce que l'avis conforme du préfet n'a pas été recueilli ;

- il n'est pas nécessaire de solliciter une déclaration préalable pour l'installation d'une clôture.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la commune de Marsillargues, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a demandé dans le délai d'un mois des pièces complémentaires, si bien qu'aucune décision implicite n'est née ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue le 1er juillet 2024.

Une demande de pièces pour compléter l'instruction a été adressée à la commune de 11 juillet 2024.

Les pièces demandées, enregistrées le 15 juillet 2024, ont été communiquées le même jour.

Un mémoire présenté pour la commune de Marsillargues en observation sur ces pièces a été enregistré le 15 juillet 2024 et n'a pas été communiqué.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Merland, représentant la commune de Marsillargues.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a déposé le 29 décembre 2021 une déclaration préalable au service instructeur de la commune de Marsillargues pour la régularisation de la construction d'un petit local et de l'installation de clôtures en partie maçonnée sur la parcelle cadastrée section J n°612. Par une décision du 21 mars 2022, le maire de la commune s'est opposé à cette déclaration préalable. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, et contrairement à ce que soutient la requérante, l'avis conforme du préfet a bien été sollicité le 11 janvier 2022, qui en l'absence de réponse expresse doit être considéré comme un avis favorable tacite. Par ailleurs, la seule circonstance que cet avis ne soit pas visé par l'arrêté en litige est sans influence sur la légalité de ce dernier. Par suite le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault n'aurait pas été saisi en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Selon l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes du a) de l'article R. 424-1 du même code, dans sa version alors applicable : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction () le silence gardé par l'autorité compétente vaut () décision de non-opposition à la déclaration préalable ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision de non-opposition à déclaration préalable naît au terme du délai imparti, qui n'est pas un délai franc, à l'administration pour l'instruction de la demande, compte tenu le cas échéant de la notification d'une décision de majoration de délai ou d'une demande de pièces complémentaires prorogeant le délai d'instruction.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après le dépôt le 29 décembre 2021 de sa demande, Mme C a reçu le 25 janvier 2022 soit dans le délai d'un mois d'instruction, une demande de pièces manquantes obligatoires, auquel elle n'a répondu que le 14 mars 2022, date à laquelle le dossier est réputé complet en l'absence de nouvelle demande. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'une décision implicite de non opposition serait née le 29 janvier 2022.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance, sauf lorsqu'ils sont implantés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques ou dans un site classé ou en instance de classement : () f) Les murs dont la hauteur au-dessus du sol est inférieure à deux mètres, sauf s'ils constituent des clôtures régies par l'article R. 421-12 ; g) Les clôtures, en dehors des cas prévus à l'article R. 421-12, ainsi que les clôtures nécessaires à l'activité agricole ou forestière ; () ". L'article R. 421-12 du même code dispose : " Doit être précédée d'une déclaration préalable l'édification d'une clôture située : a) Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ou dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du code du patrimoine ; () c) Dans un secteur délimité par le plan local d'urbanisme en application de l'article L. 151- 19 ou de l'article L. 151-23 ; d) Dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme a décidé de soumettre les clôtures à déclaration. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 27 octobre 2021, la commune de Marsillargues a décidé de soumettre à déclaration préalable les installations de clôtures sur tout son territoire. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que son projet ne nécessitait pas l'obtention d'une décision de non opposition à déclaration préalable en ce qui concerne l'installation et la construction des clôtures.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Marsillargues, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C le versement à la commune de Marsillargues d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Marsillargues au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Télès et à la commune de Marsillargues.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le rapporteur,

N. B

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 31 octobre 2024.

La greffière,

M. D

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