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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203027

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203027

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHATEL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2022 et le 26 septembre 2022, M. D B, représenté par la Selarl Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 portant notification d'une décision de rejet tacite de sa demande de permis de construire, ensemble la décision tacite née le 24 avril 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Bosc la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu la lettre datée du 24 septembre 2021 portant demande de communication de pièces manquantes et modification du délai d'instruction ; il bénéfice dès lors d'un permis tacite né le 2 décembre 2021, trois mois après le dépôt de sa demande de permis le 2 septembre 2021 si bien que la décision du 4 janvier 2022 est illégale ;

- il n'y a jamais eu de première présentation de ce courrier le 1er octobre lequel est revenu non distribué " destinataire inconnu à l'adresse " ; pourtant l'adresse renseignée correspond bien à celle indiquée sur la demande de permis et celle utilisée avec succès pour distribuer la décision en litige ; il ne saurait être tenu pour responsable de la non distribution de ce courrier ;

- si la notification du 1er octobre 2021 devait être prise en compte, cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle porte retrait d'un permis de construire tacite et que la procédure contradictoire des articles L. 121-1 et L. 211- 2 du code des relations entre le public et l'administration n'a pas été respectée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2022 et le 27 juin 2023, la commune du Bosc, représentée par la Selarl Chatel, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- une demande de pièces complémentaires a bien été notifiée le 1er octobre 2021 ;

- cette demande était régulière ;

- la décision expresse de rejet tacite du permis de construire est légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Valette, représentant M. B ;

- et les observations de Me Dherot, représentant la commune du Bosc.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 2 septembre 2021 une demande de permis de construire aux services de la commune du Bosc pour la réalisation d'un hangar agricole sur les parcelles cadastrées section H n° 494, 498 et 500. Par une décision expresse du 4 janvier 2022, le maire de la commune a notifié à M. B le rejet implicite de sa demande. M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux reçu le 24 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la nature de la décision en litige :

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables ; / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager. " L'article R. 424-1 du même code prévoit que, à défaut d'une décision expresse dans le délai d'instruction, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire. Aux termes de l'article R. 431-4 du même code : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1 ; / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées (), l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier en mairie, adresse au demandeur () une lettre recommandée avec demande d'avis de réception () indiquant, de façon exhaustive les pièces manquantes ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

4. En deuxième lieu, une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R. 423-24 à R. 423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite ou une décision de non-opposition à déclaration préalable. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. En troisième lieu, le demandeur est, comme l'indique explicitement l'article R. 423- 47 de ce code s'agissant de la notification de la liste des pièces manquantes en cas de dossier incomplet et de la notification de la majoration, de la prolongation ou de la suspension du délai d'instruction d'une demande, réputé avoir reçu notification de la décision à la date de la première présentation du courrier par lequel elle lui est adressée. Il incombe à l'administration d'établir la date à laquelle le pli portant notification de sa décision a régulièrement fait l'objet d'une première présentation à l'adresse de l'intéressé.

6. A la suite du dépôt du permis de construire le 2 septembre 2021, la commune du Bosc soutient avoir demandé, par un courrier daté du 24 septembre 2021 et qui aurait été notifié le 1er octobre suivant, des pièces manquantes et informé M. B que le délai d'instruction du projet était de trois mois. Or, il ressort des pièces du dossier que ce courrier n'a pas été distribué et est revenu à son expéditeur avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Si la commune du Bosc soutient que M. B aurait mal renseigné son adresse, ce dernier soutient pour sa part que l'adresse utilisée par la commune est bien la sienne, telle que renseignée sur la demande de permis de construire. Par ailleurs, il est constant que l'adresse renseignée et utilisée a permis la distribution d'autres courriers de la commune à M. B, notamment à l'occasion d'une demande de permis de construire ultérieure et pour la notification de la décision en litige. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le défaut de distribution effective est la conséquence d'une erreur des services postaux. Ensuite, contrairement à ce que soutient la commune, ce courrier ne peut être regardé comme ayant fait l'objet d'une première présentation le 1er octobre 2021, correspondant à la date renseignée sur l'accusé de réception dans la partie " présenté/avisé le " dès lors que le courrier n'a pas fait l'objet d'une restitution à l'expéditeur au motif d'un " pli avisé et non réclamé " mais au motif d'un destinataire inconnu à l'adresse à une adresse correctement renseignée. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme ayant été informé du courrier du 24 septembre 2021 dès lors que la commune du Bosc n'apporte pas la preuve de la première présentation de courrier. Par suite, le courrier du 24 septembre 2021 n'a pas eu pour effet de modifier le délai d'instruction, qui est resté de deux mois, et n'a pu faire obstacle à la naissance d'un permis de construire tacite le 2 décembre 2021.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision en litige du 4 janvier 2022 intervenue postérieurement à la naissance d'un permis de construire tacite le 2 décembre 2021, doit être regardée comme portant retrait de ce permis de construire tacite.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Il résulte de ces dispositions que le retrait d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable constitue une faculté et non une obligation pour l'administration, dès lors que l'autorité d'urbanisme compétente n'est pas saisie par un tiers d'une demande en ce sens.

10. Il est constant que M. B n'a pas été informé de l'intention de la commune de procéder au retrait de la décision tacite dont il était titulaire et n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations. Dans ces conditions, l'absence d'une procédure contradictoire régulière, antérieure à la prise de la décision de retrait du 4 janvier 2022, a privé M. B d'une garantie et est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 4 janvier 2022 a été prise à la suite d'une procédure irrégulière doit être accueilli.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, de nature à entrainer l'annulation de la décision en litige.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 janvier 2022 procédant au retrait du permis de construire tacite ainsi que de la décision implicite rejetant le recours gracieux née le 24 avril 2022.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune du Bosc la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune du Bosc le versement à M. B d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune du Bosc a retiré le permis de construire tacite née le 2 décembre 2021 n° PC 034 036 21 C 0021 au profit de M. B est annulée, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux née le 24 avril 2022.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. D B et à la commune du Bosc.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 26 septembre 2024,

La greffière,

M. C

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