vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203145 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2022 et16 avril 2024, M. C A demande au tribunal l'annulation de la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 3 août 2021 le plaçant en congé de longue durée pour maladie pour une durée maximale de 5 ans en tant qu'elle précise que son affection est présumée sans lien avec le service.
Il soutient qu'il est atteint d'un syndrome anxiodépressif suite à un épuisement professionnel qui est en lien avec l'exercice de ses fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, sous-officier de gendarmerie affecté à la brigade motorisée de Clermont l'Hérault depuis 2010, a été placé en compter de février 2021 en congé de maladie en raison d'un syndrome anxiodépressif. Après avoir cumulé plus de 180 jours de congés pour maladie ordinaire, la décision du 3 août 2021 a placé M. A en congé de longue durée pour maladie à compter du 1er septembre, pour une durée maximale de 5 ans, et a précisé à son article 2 que " l'affection motivant la présente décision est survenue pour des raisons étrangères à l'exercice de ses fonctions ". Par recours administratif préalable obligatoire du 19 août 2021, M. A a saisi la commission des recours des militaires l'annulation de cette décision en tant qu'elle écarte le caractère professionnel de sa maladie. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 14 avril 2022 rejetant son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 4138-12 du code de la défense : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé prévus aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1 pour les affections dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce congé est d'une durée maximale de huit ans. Le militaire perçoit, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant cinq ans, puis une rémunération réduite de moitié les trois années qui suivent. / Dans les autres cas, ce congé est d'une durée maximale de cinq ans et le militaire de carrière perçoit, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant trois ans, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. Le militaire servant en vertu d'un contrat réunissant au moins trois ans de services militaires bénéficie de ce congé, pour lequel il perçoit sa rémunération pendant un an, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. () ". ;
3. Une maladie contractée par un militaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été diagnostiqué d'un syndrome anxiodépressif réactionnel tant par son médecin civil traitant que par le médecin spécialiste des armées consulté à l'hôpital Laveran à Marseille. Il soutient ne plus se reconnaitre dans le métier qui perd en rigueur et en cohésion et où émergent des tensions avec le commandement sur le mode de fonctionnement du service. En particulier, s'il reconnait que son unité d'affectation à Clermont l'Hérault n'est pas sur-sollicitée, il fait état d'une dégradation des conditions de travail avec l'arrivée progressive de commandants d'unité " gestionnaires " qui ne présentaient pas, selon lui, les garanties d'un bon commandement en ne connaissant rien au travail, à la vie en caserne et à la vie de famille. Il relate également deux suicides rapprochés au sein de son unité, dont l'un " frustré par cette gestion de l'unité, par le manque de temps pour effectuer les procédures ". Pour corroborer ses allégations il ne produit qu'un seul témoignage d'une ancienne collègue qui affirme avoir été victime de faits de harcèlement moral et décrit l'existence de règles implicites et de surnoms donnés aux collègues. Toutefois, ce seul témoignage qui ne décrit pas les mêmes " travers " que ceux relevés par M. A ne permet pas de corroborer ses allégations quant à un contexte professionnel structurellement démotivant et psychologiquement usant. Dans ces conditions, ses seules allégations, reprises par son médecin traitant et par le certificat médical du spécialiste des hôpitaux des armées du 2 juillet 2021, qui ne sont étayées par aucun élément objectif ne permettent pas de tenir pour établi qu'il aurait évolué dans un contexte professionnel pathogène alors que dans son avis du 27 juillet 2021 l'inspection du service de santé des armées a exclu le lien entre la pathologie et le service. Par suite, l'état dépressif qui a fondé la mise en congé de longue durée de M. A, ne peut être regardé comme se trouvant en relation directe avec l'exercice de ses fonctions ou avec ses conditions de travail.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 août 2021 en tant qu'elle ne reconnait pas l'imputabilité au service de l'affection ayant justifié son placement en congé de longue durée pour maladie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Aude Marcovici, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La rapporteure,
I. BLe président,
V. Rabaté
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 11 octobre 2024.
La greffière,
B. Flaesch.
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