lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TSARANAZY |
Vu la procédure suivante :
Par requête et mémoire, enregistrés les 20 juin et 6 septembre 2022, Mme A C, représentée par Me Tsaranazy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 du préfet de l'Hérault portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle n'a pris connaissance de la décision contestée que le 25 janvier 2022, et le mémoire en défense est irrecevable;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- à défaut d'une délégation régulière, la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision contestée méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle et son époux sont insérés dans la société française et qu'elle dispose de liens personnels et familiaux réels, intenses, stables et anciens en France ;
- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a fixé ses attaches familiales et personnelles en France ;
- la décision contestée méconnait les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont nés en France et y ont établi leurs habitudes ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision contestée est illégale en ce qu'elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- à défaut d'une délégation régulière, la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle ne pourrait pas maintenir ses liens privées et amicaux en cas d'éloignement du territoire ;
- la décision contestée méconnait les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que ses enfants sont nés en France et y ont établi leurs habitudes ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision contestée est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- à défaut d'une délégation régulière, la décision a été prise par une autorité incompétente.
Par une décision du 20 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme C, l'aide juridictionnelle totale.
Par un mémoire, enregistré le 2 août 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-béninois du 28 novembre 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Hassoumi Koutche, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante béninoise née le 17 mai 1992 à Cotounou (Bénin), est entrée sur le territoire français le 27 septembre 2014 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 24 septembre 2014 au 24 septembre 2015, puis d'une carte de séjour temporaire " étudiant " valable du 15 octobre 2015 au 14 octobre 2016, d'une carte de séjour pluriannuelle " étudiant " valable du 15 octobre 2016 au 14 octobre 2018, et enfin d'une carte de séjour temporaire " étudiant " valable du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2019. Par courrier du 8 décembre 2020, Mme C a sollicité un changement de statut en vue d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, en fixant le pays de destination.
2. Si la requérante argue de l'irrecevabilité du mémoire en défense, ce dernier a été produit avant la clôture de l'instruction et communiqué ensuite à l'intéressée. Par suite, cette fin de non-recevoir sera écartée.
Sur le refus de titre de séjour :
3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Thierry Laurent, secrétaire général de la préfecture, en vertu d'une délégation qui lui a été consentie à cet effet par l'arrêté du préfet de l'Hérault n° 2021-I-809 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. La circonstance que l'arrêté litigieux ne vise pas cet arrêté est sans incidence sur sa légalité. Par suite le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté en litige doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Mme C fait valoir qu'elle est insérée dans la société française et se prévaut d'avoir obtenu une licence et un master en 2016 et en 2019, d'avoir été bénévole et d'avoir travaillé. La requérante se prévaut aussi de son mariage en 2020, de la naissance de ses deux enfants, et de l'inscription de sa fille en maternelle. Toutefois, l'intéressée n'a été admise sur le territoire que pour y suivre des études, et son mari et leurs deux enfants, âgés de un et 4 ans, sont ressortissants béninois. Mme C n'atteste avoir travaillé que 3 mois en 2021 depuis la fin de ses études et avoir participé à l'association Valdocco Lille que pour les années 2015 et 2017. Et si son mari a conclu un contrat à durée indéterminée avec la société fromagères d'Eteaux le 2 mai 2022, il était bénéficiaire d'une autorisation provisoire de séjour en " recherche d'emploi " valable jusqu'au 29 juin 2022. Mme C ne démontre pas non plus être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à ses 22 ans, où vit encore sa mère, et où son mari et ses enfants peuvent l'accompagner. Dans ces conditions, et alors que la fille de Mme C, qui est scolarisée en France, peut poursuivre cette scolarité au Bénin, le refus de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. La circonstance que la fille de Mme C soit scolarisée en classe de maternelle en France ne s'oppose pas à la poursuite de sa scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors que la cellule familiale peut être reconstituée au Bénin dont ses enfants et son mari ont la nationalité, l'arrêté en litige ne méconnait pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. La requérante ne peut pas utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, des stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. Mme C n'établissant pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté en litige doit être écarté.
11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, et même en tenant compte des effets spécifiques de la mesure d'éloignement, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
13. La requérante ne peut non plus utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, des stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits à leurs ressortissants.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
14. Mme C n'établissant pas que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être écartée.
15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché l'arrêté en litige doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de l'Hérault en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 août 2021 du préfet de l'Hérault. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de l'Hérault.
Copie en sera transmise à Me Tsaranaz.
Après en avoir délibéré à l'issue de l'audience du 19 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le président,
V. B
L'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 4 octobre 2022.
Le greffier,
S. Sangaré
N°2203174 sa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026