jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2203377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juin 2022, le 9 février 2024 et le 29 mars 2024, M. E A, représenté par la SCP CGCB, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Viols-le-Fort s'est opposé à la déclaration préalable, valant retrait de la décision tacite de non opposition née le 11 mars 2022, pour l'installation d'un local d'habitation sur une parcelle en zone agricole ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Viols-le-Fort de lui délivrer un certificat de non opposition, en application de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer la demande dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Viols-le-Fort la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté :
- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de respect du principe du contradictoire prévu par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et L. 122- 2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- est illégal dès lors que l'avis conforme défavorable émis par le préfet est lui-même illégal en ce que son projet entre bien dans l'une des exceptions de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme dès lors que la construction en litige est nécessaire à son exploitation agricole ;
- les substitutions de motifs ne sauraient être accueillies dès lors que l'arrêté est entaché d'un défaut de contradictoire ; en tout état de cause, les substitutions de motifs sollicitées ne sont pas fondées.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'il a émis un avis favorable conforme le 21 mars 2022 remplaçant l'avis défavorable émis le 9 mars 2022.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 janvier 2024 et le 18 mars 2024, la commune de Viols-le-Fort conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et la contestation de l'avis défavorable du préfet est devenue sans objet ;
- à titre subsidiaire, il est sollicité des substitutions de motifs tirés :
- de ce que le projet méconnaît l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme s'agissant du raccordement au réseau d'eau potable ;
- de ce que le projet est entaché de fraude.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;
- les observations de Me Euzet, représentant M. A ;
- les observations de Me Ortial, représentant la commune de Viols-le-Fort,
- et les observations de M. B, représentant le préfet de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé le 9 décembre 2021 auprès des services de la commune de Viols-le-Fort une déclaration préalable pour l'installation d'une " tiny house " de 10 m2 destinée à l'habitation sur la parcelle cadastrée section B n°1276 dans le cadre de l'exploitation agricole de production de spiruline, déclaration préalable complétée le 12 janvier 2022, à la demande de la commune. Par un arrêté du 29 avril 2022, le maire de la commune s'est opposé à cette déclaration préalable. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté du 29 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Il résulte de ces dispositions que le retrait d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable constitue une faculté et non une obligation pour l'administration, dès lors que l'autorité d'urbanisme compétente n'est pas saisie par un tiers d'une demande en ce sens.
4. La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition à déclaration préalable que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a transmis des pièces complémentaires le 12 janvier 2022 suite à la demande de la commune du 15 décembre 2021. M. A a par ailleurs été informé que le délai d'instruction de sa demande était de deux mois dès lors que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers devait être saisie pour avis. Dans ces conditions, et dès lors que le dossier de M. A est réputé complet à la date du 12 janvier 2022, une décision implicite de non opposition est née le 12 mars 2022, si bien que l'arrêté en litige du 29 avril 2022 doit être regardé comme portant retrait de cette décision implicite. Or, il est constant qu'aucune procédure contradictoire préalable n'a été initiée par la commune avant l'édiction de l'arrêté en litige. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient la commune, la demande de pièce complémentaire du 15 décembre 2021 ne saurait être assimilée à cette procédure contradictoire dès lors que cette demande a eu lieu au cours de l'instruction de la déclaration préalable. Dans ces conditions, l'absence d'une procédure contradictoire régulière, antérieure à la prise de la décision de retrait du 29 avril 2022, a privé M. A d'une garantie, dès lors qu'il n'a pu émettre aucune observation, et est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige a été pris à la suite d'une procédure irrégulière doit être accueilli.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : () 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; () "
7. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes dépourvues de tout plan d'urbanisme ou de carte communale, la règle de constructibilité limitée n'autorise, en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, que les constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projeté. Il s'ensuit que la seule qualité d'exploitant agricole du pétitionnaire ne suffit pas à caractériser un tel lien. Lorsque la construction envisagée est à usage d'habitation, il convient d'apprécier le caractère indispensable de la présence permanente de l'exploitant sur l'exploitation au regard de la nature et du fonctionnement des activités de l'exploitation agricole.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A explique avec détails les particularités et les contraintes inhérentes à la culture de la spiruline nécessitant des actions permanentes et rapides afin de remédier à des variations de la température, du PH et de l'agitation des bassins de spiruline pouvant entrainer la perte de la production cultivée depuis plusieurs semaines, particularités et contraintes non contestées en défense. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers a rendu un avis favorable le 15 mars 2022 notant que la présence de l'agriculteur sur le lieu de son exploitation est nécessaire à son activité agricole. Enfin, le préfet de l'Hérault a émis un avis favorable sur la base de ce dernier avis. Dans les conditions particulières de l'espèce, M. A est dès lors fondé à soutenir que le maire de la commune a fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant le permis de construire au motif que la présence permanente du requérant ne serait pas nécessaire à son exploitation.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état de l'instruction, de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin d'ailleurs d'examiner les substitutions de motifs sollicitées, que la commune ne peut utilement invoquer, dès lors que l'arrêté contesté est entaché du vice de procédure relevé au point ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". L'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dispose que : " En cas () de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande () du déclarant () ".
11. L'exécution du présent jugement, qui annule la mesure de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont M. A est devenu titulaire, implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme lui soit délivré. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Viols-le-Fort de délivrer à M. A un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin de prononcer une quelconque astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Viols-le-Fort au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Viols-le-Fort le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le maire de Viols-le-Fort a retiré la décision tacite de non opposition à la déclaration préalable déposée par M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Viols-le-Fort de délivrer le certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable sur le fondement de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : La commune de Viols-le-Fort versera la somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. E A, à la commune de Viols-le-Fort et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 26 septembre 2024,
La greffière,
M. D
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026