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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203660

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203660

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a examiné la requête de M. D et l'intervention de Mme F, visant à annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire d'Adissan a refusé un permis de construire pour une maison d'habitation. Le tribunal a jugé que l'intervention de Mme F était recevable, celle-ci ayant intérêt à agir en tant que bénéficiaire potentiel du permis. Sur le fond, la solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais les moyens soulevés par les requérants portaient sur une erreur de droit concernant les droits acquis issus d'une déclaration préalable de division foncière, ainsi que sur la méconnaissance des articles L. 332-15 et R. 151-18 du code de l'urbanisme relatifs à l'assainissement et au classement en zone urbaine.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. C D et Mme E F, en qualité d'intervenante volontaire, représentés par la Selarl Valette-Berthelsen, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Adissan a refusé d'accorder le permis de construire sollicité pour la construction d'une maison d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de délivrer le permis de construire sollicité par Mme F dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Adissan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'arrêté :

- est entaché d'erreur de droit dès lors que le motif de refus méconnaît les droits acquis tirés de la déclaration préalable de la division foncière du 23 décembre 2021 ;

- méconnaît l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme que lors que le réseau d'assainissement se situe à 75 mètres ;

- méconnaît l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle est classée en zone urbaine avec obligation de raccorder les propriétés qui y sont situées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2022, la commune d'Adissan, représentée par Me Betrom conclut :

- au rejet de la requête de M. D ;

- à ce que l'intervention de Mme F soit déclarée irrecevable ;

- à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de M. D au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intervention de Mme F est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été formulée dans un mémoire distinct et qu'elle n'a pas formée de recours gracieux dans le délai de recours contentieux ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 18 janvier 2024, M. C D, représenté par la Selarl Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Adissan a refusé d'accorder le permis de construire sollicité pour la construction d'une maison d'habitation ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de délivrer le permis de construire sollicité par Mme F dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Adissan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- est entaché d'erreur de droit dès lors que le motif de refus méconnaît les droits acquis tirés de la déclaration préalable de la division foncière du 23 décembre 2021 ;

- méconnaît l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme que lors que le réseau d'assainissement se situe à 75 mètres ;

- méconnaît l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle est classée en zone urbaine avec obligation de raccorder les propriétés qui y sont situées.

Par un mémoire en intervention enregistré le 18 janvier 2024, Mme E F, représentée par la Selarl Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) de prendre acte qu'elle s'associe aux conclusions présentées par M. D ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Adissan a refusé d'accorder le permis de construire sollicité pour la construction d'une maison d'habitation ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de délivrer le permis de construire sollicité par Mme F dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Adissan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable dès lors qu'elle a intérêt à obtenir l'annulation du refus de permis de construire opposée dont elle serait bénéficiaire ;

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que le motif de refus méconnaît les droits acquis tirés de la déclaration préalable de la division foncière du 23 décembre 2021 ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme que lors que le réseau d'assainissement se situe à 75 mètres ;

- l'arrêté méconnaît l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme dès lors que la parcelle est classée en zone urbaine avec obligation de raccorder les propriétés qui y sont situées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Vidal, représentant M. D et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a obtenu par un arrêté du 23 décembre 2021 du maire de la commune d'Adissan, une décision de non-opposition à déclaration préalable de division foncière par la réalisation de deux lots à bâtir sur la parcelle cadastrée section A n°242. Mme F a souhaité acquérir le lot n°A et a signé un compromis de vente avec M. D avec la condition suspensive tenant à l'obtention d'un permis de construire. Mme F a déposé un dossier de permis de construire le 20 décembre 2021 et par un arrêté du 18 février 2022, sa demande a été rejetée. M. D a exercé un recours gracieux reçu le 17 mars 2022 et par une décision expresse du 16 mai 2022, le maire de la commune d'Adissan a rejeté sa demande. M. D et Mme F demandent l'annulation de l'arrêté du 18 février 2022.

Sur l'intervention de Mme F :

2. Mme F, qui a présenté son intervention dans un mémoire distinct enregistré le 18 janvier 2024, a intérêt à l'annulation de l'arrêté en litige refusant la demande de permis de construire qu'elle a déposée. Ainsi son intervention, à l'appui de la requête formée par M. D, est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article UB4 du règlement du plan local d'urbanisme " Le branchement par des canalisations souterraines à un réseau collectif d'assainissement de caractéristiques appropriées est obligatoire pour toutes constructions ou installations engendrant des eaux usées. " Aux termes de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 ". Aux termes de l'article L.332-15 de ce code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. (). ".

4. Il résulte de ces dispositions que seul peut être mis à la charge du bénéficiaire d'une autorisation de construire le coût des équipements propres à sa construction. Dès lors que des équipements excèdent, par leurs caractéristiques et leurs dimensions, les seuls besoins constatés, ils ne peuvent, par suite, être regardés comme des équipements propres au sens de l'article L. 332- 15, leur coût ne peut être, même pour partie, supporté par le constructeur.

5. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme, les bénéficiaires d'autorisations de construire peuvent être tenus de réaliser et de financer les équipements propres à l'opération autorisée mentionnés à l'article L. 332-15. Il résulte de ces dispositions que relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au quatrième alinéa de l'article L. 332-15 susvisé, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics, notamment les ouvrages d'extension et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.

6. Il résulte du quatrième alinéa de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme précité que l'accord préalable du pétitionnaire est requis dans l'hypothèse où le raccordement aux réseaux d'eau et d'électricité de la construction projetée implique, dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, un raccordement empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. Les dispositions de cet article permettent seulement, lors de la délivrance du permis de construire, de mettre à la charge de son bénéficiaire le coût des équipements propres à son projet ou de prévoir, avec son accord et sous certaines conditions, un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant des voies ou emprises publiques, mais n'imposent pas, à défaut, de refuser l'autorisation sollicitée.

7. Il ressort des pièces du dossier que le service des eaux de l'agglomération Hérault Méditerranée a indiqué dans un avis du 18 novembre 2021 lors de l'instruction de la demande de division parcellaire de M. D que le réseau d'eaux usées se situait à 50 mètres du projet et a émis un avis favorable. Dans ces conditions, il est constant que ce même réseau se situe à 50 mètres du lot A assiette du projet, le plus proche du point de raccordement, et que le branchement sur le réseau d'assainissement public pour les besoins du permis de construire sollicité par Mme F, qui n'excède pas cent mètres et correspond exclusivement aux besoins du projet, constitue un équipement propre dont le coût peut être mise à sa charge. Si la commune indique que la pétitionnaire n'a pas donné suite au devis de travaux transmis le 7 janvier 2022 d'un montant de 41 454,60 euros, cette circonstance, de même que l'absence d'accord expresse de prise en charge, ne permettait pas de refuser le dossier de permis de construire, mais seulement de l'assortir d'une prescription tenant à la prise en charge par le pétitionnaire du coût des travaux. Ainsi, en refusant la délivrance du permis de construire à Mme F pour ce seul motif, le maire de la commune d'Adissan a commis une erreur de droit.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état du dossier, à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 18 février 2022 du maire de la commune d'Adissan doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique nécessairement que le permis de construire sollicité par Mme F lui soit accordé avec une prescription tenant à sa prise en charge du coût des travaux de raccordement au réseau d'assainissement. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. D et Mme F, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes, versent à la commune d'Adissan la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Adissan le versement à M. D d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions. Par ailleurs, eu égard à sa qualité de simple intervenante, les conclusions présentées par Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Adissan a refusé d'accorder un permis de construire à Mme F est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune d'Adissan de délivrer le permis de construire sollicité avec une prescription tenant à la prise en charge du coût des travaux de raccordement au réseau d'assainissement, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune d'Adissan versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Adissan et par Mme F au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. C D, à Mme E F et à la commune d'Adissan.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 décembre 2024.

La greffière,

M. B

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