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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2203913

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2203913

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2203913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationmagistrat COUEGNAT
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Ruffel, forme opposition à la contrainte émise par la caisse d'allocations familiales de l'Hérault le 9 mai 2022, signifiée le 12 juillet 2022, pour le recouvrement d'indus d'aides personnelles au logement.

Il soutient que :

- la contrainte est irrégulière en l'absence de réception de la mise en demeure du 29 mars 2022 qu'elle mentionne ;

- l'intention frauduleuse, qu'il conteste, n'est pas établie ;

- compte tenu de sa bonne foi, il ne pouvait lui être notifié un indu pour une période ancienne de plus de deux ans, soit antérieure au mois de novembre 2017 (article L. 262-52 alinéa 2 du code de l'action sociale et des familles) ;

- la caisse d'allocations familiales ne précise pas ses calculs concernant les séjours à l'étranger par année civile ;

- sa situation financière délicate le place dans l'impossibilité de rembourser cette somme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de l'indu d'allocation de logement sociale qui a été notifié au requérant le 22 novembre 2019, avant le 1er janvier 2020 ;

- en tout état de cause, la contrainte, précédée de l'envoi d'une mise en demeure, est régulière ;

- eu égard aux nombres de jours d'absence du territoire français relevés dans le rapport d'enquête qu'elle produit, l'indu est fondé ;

- s'agissant de l'indu d'allocation de logement sociale de 44,97 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 mars 2021, il a fait l'objet d'une remise totale de dette postérieurement à l'émission de la contrainte.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur l'opposition à contrainte de M. A en ce qui concerne les indus notifiés avant le 1er janvier 2020 (Tribunal des conflits 9 octobre 2023 req 4282).

Des observations en réponse à cette communication, enregistrées le 24 juin 2024, ont été présentées pour M. A et ont été communiquées.

Vu :

- la décision du tribunal des Conflits n°4282 du 9 octobre 2023.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 2019-770 du 17 juillet 2019 ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Couégnat, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, magistrate désignée,

- et les observations de Me Barbaroux, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été différée au 10 juillet 2024.

Un mémoire, enregistré le 9 juillet 2024, a été présenté pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, à la suite d'un contrôle de sa situation, dont il a résulté que l'allocataire avait effectué des séjours hors de France (243 jours en 2016, 213 jours en 2017, 221 jours en 2018 et 137 jours en 2019), le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault lui a notifié, le 22 novembre 2019, un indu d'aides personnelles au logement d'un montant global de 7 504,58 euros, dont 4 839 euros pour la période de novembre 2016 à mai 2018 (IN4 - allocation de logement sociale) et 2 665,58 euros pour la période de juin 2018 à septembre 2019 (IN5 - aide personnalisée au logement). Par un courrier du 28 novembre 2019, M. A a saisi la commission de recours amiable de la caisse d'une demande de remise gracieuse de dette, indiquant qu'il n'avait pas eu l'intention de frauder. Ce courrier est resté sans réponse. Par un courrier du 24 mars 2021, reçu le 26, le conseil de M. A a écrit à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales pour lui rappeler son recours resté sans réponse, réitérer sa bonne foi et lui demander le détail des sommes réclamées, déjà remboursées et restant dues. Par un autre courrier daté du 23 juin 2021, reçu le 25, le conseil de M. A a demandé à la caisse les motifs d'un refus implicite du recours préalable qu'il estime avoir formé le 24 mars précédent. D'autre part, le 14 avril 2021 le directeur de la caisse d'allocations familiales a notifié à l'allocataire un indu d'aide personnalisée au logement de 44,97 euros correspondant à un trop perçu du premier trimestre 2021.

2. Le 9 mai 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault a délivré à M. A une contrainte en vue du recouvrement du solde de l'indu d'allocation de logement sociale relatif à la période de novembre 2016 à mai 20218 et de l'indu d'aide personnalisée au logement du 1er janvier au 31 mars 2021 Par la présente requête, M. A forme opposition à cette contrainte.

Sur l'incompétence de l'ordre juridictionnel administratif en ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :

3.En premier lieu, en vertu de l'ordonnance du 17 juillet 2019 relative à la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, les dispositions, figurant auparavant dans le code de la sécurité sociale, relatives aux allocations de logement, qui comprennent l'allocation de logement sociale et l'allocation de logement familiale et qui sont au nombre des aides personnelles au logement, ont été intégrées au code de la construction et de l'habitation. Cette même ordonnance a inséré dans le code de la construction et de l'habitation un article L. 825-1 aux termes duquel : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale qui attribuent au tribunal de grande instance désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire la compétence pour connaître des contestations relatives aux pénalités prononcées en cas de fraude, les recours dirigés contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 [c'est-à-dire les organismes chargés de gérer les prestations familiales] sont portés devant la juridiction administrative ".

4.En deuxième lieu, en vertu du II de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019, et par dérogation aux dispositions du I, qui prévoient une entrée en vigueur au 1er septembre 2019 des dispositions de la partie législative du livre VIII du code de la construction et de l'habitation sous réserve de certaines exceptions : " Entrent en vigueur le 1er janvier 2020 : / 1° Les dispositions du chapitre V du titre II du livre VIII du code de la construction et de l'habitation, annexées à la présente ordonnance ; ces dispositions s'appliquent aux décisions des organismes payeurs mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation annexé à la présente ordonnance, prises à partir du 1er janvier 2020, ainsi qu'aux décisions prises, à partir de cette même date, par le directeur de l'organisme payeur sur les demandes de remise de dettes mentionnées au 2° de ce même article. Les décisions prises avant le 1er janvier 2020 en matière d'allocation de logement demeurent soumises aux dispositions applicables en matière de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole prévues aux articles L. 142-1 et suivants du code de la sécurité sociale. () ".

5.Les " décisions () mentionnées au 1° de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ", auxquelles les dispositions précitées du II de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019 font précisément référence, sont, aux termes dudit 1°, les " décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement ", et non les décisions prises par le directeur de l'organisme payeur, conformément aux dispositions combinées du premier alinéa et du 1° de l'article L. 825-3, sur les " contestations " des décisions qui lui sont soumises. Ainsi, pour l'application des dispositions précitées de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019 au recouvrement d'indus d'allocations de logement, à l'exclusion des remises de dettes, les " décisions prises avant le 1er janvier 2020 ", ou " à partir du 1er janvier 2020 ", doivent s'entendre des décisions de récupération d'indu. Il s'ensuit que les " décisions prises avant le 1er janvier 2020 " qui continuent à relever de la compétence de la juridiction judiciaire en vertu des dispositions précitées comprennent, s'agissant du recouvrement d'indu d'allocations de logement, non seulement les décisions de récupération d'indu prises avant le 1er janvier 2020, mais aussi les décisions subséquentes, adoptées pour le recouvrement du même indu, y compris la contrainte. La circonstance que la contrainte ait été délivrée après le 31 décembre 2019 sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation et de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale applicables au recouvrement des indus d'allocation de logement à compter du 1er septembre 2019, est sans incidence à cet égard, dès lors que les dispositions de l'article L. 161-1-5 se limitent à renvoyer à la " juridiction compétente " pour statuer sur l'opposition à contrainte, et que la juridiction compétente doit ainsi être déterminée eu égard à la nature de la créance, judiciaire ou administrative, selon le cas, par application des règles précitées de l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019.

6.Il résulte de l'instruction que le principal indu en litige concernant l'allocation de logement sociale, a fait l'objet d'une décision du 22 novembre 2019 de notification à M. A. La décision de récupération de l'indu d'allocation de logement sociale est donc antérieure au 1er janvier 2020. Ce litige se rattache ainsi au contentieux général de la sécurité sociale ressortissant au juge judiciaire et non à la juridiction administrative. Par suite, les conclusions de la requête, en tant qu'elle concerne cet indu, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Cette allocation constituant une prestation familiale aux termes du 4° de l'article L. 511- 1 du code de la sécurité sociale, il y a seulement lieu de renvoyer le requérant à saisir le juge judiciaire en application de l'article 32 du décret du 27 février 2015.

Sur l'opposition en ce qui concerne l'indu d'aide personnalisée au logement :

7. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " () le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon l'article R. 133-9-2 du même code à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié () par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification () ".

8. Si M. A fait valoir qu'il n'a pas été destinataire de la mise en demeure prévue par les dispositions de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, il résulte toutefois de l'instruction que par un courrier du 29 mars 2022, adressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, la caisse d'allocations familiales l'a mis en demeure de rembourser notamment l'indu d'aide personnalisée au logement en litige. La caisse d'allocations familiales justifie, par la production de la copie de l'enveloppe et de la preuve de distribution, que ce courrier, dont le requérant a été avisé le 1er avril 2022, lui a été retourné sans être réclamé. Ainsi M. A doit être regardé comme ayant eu notification de cette mise en demeure le 1er avril 2022. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

9. Si le requérant soutient qu'il se trouve dans une situation financière précaire, un tel moyen est, en tout état de cause, inopérant à l'appui d'une opposition à contrainte, et ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que l'opposition à contrainte, s'agissant de l'indu d'aide personnalisée au logement du 1er trimestre 2021, lequel a en tout état de cause fait l'objet d'une remise gracieuse totale, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A, en ce qu'elle concerne l'indu d'allocation de logement sociale, est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

M. Couégnat

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 18 juillet 2024

La greffière,

M. B 00

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