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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204140

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204140

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 août 2022 et le 8 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé, en réponse à son recours du 6 avril 2022 contre la décision du 24 mars 2022, de rétablir à son bénéfice les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour les demandeurs d'asile dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation aux mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à payer une somme de 1 800 euros à verser à Me Bazin, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit car il n'a pas été conduit d'entretien de vulnérabilité lors de sa demande de réexamen de sa demande d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa vulnérabilité aggravée par son statut de victime d'un réseau de traite d'êtres humains et à sa situation familiale qui justifiaient l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme C été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Crampe, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane née le 27 décembre 1995, est entrée en France le 11 novembre 2020. Elle a bénéficié le 19 novembre 2020 des conditions matérielles d'accueil durant l'examen de sa demande d'asile, rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 28 septembre 2021. Ayant sollicité un réexamen de sa demande d'asile le 24 mars 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé, Mme C que sa demande était rejetée par un courrier daté du même jour. Mme C a formé un recours gracieux le 6 avril suivant, tacitement rejeté. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 22 mars 2022 par laquelle l'OFII a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil à compter de cette date.

Sur les conclusions en annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil ". L'article L. 551- 9 de ce code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Il résulte toutefois du point 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale qu'un tel refus ne peut être pris qu'au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes vulnérables mentionnées à l'article 21 de cette directive, lequel vise notamment les mineurs. Et l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose à cet effet que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs () ".

4. A l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 24 mars 2022, était sans domicile fixe, accompagnée d'un enfant en bas âge et enceinte. L'attestation émanant de l'association Le Nid démontre qu'elle entrait depuis le 13 décembre 2021 dans le suivi dédié aux femmes victimes de traite des êtres humains, ce qui aggrave sa vulnérabilité, et le rapport circonstancié établi par la travailleuse sociale qui suivait la famille pour le compte de l'association Gammes établit que la famille ne percevait aucune ressource et vivait de manière sommaire dans une chambre d'hôtel en ne parvenant pas à pourvoir aux besoins alimentaires de l'enfant ni de Mme C, alors enceinte. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir l'irrecevabilité de la demande d'asile de la requérante, celle-ci n'a été constatée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que le 11 avril 2022, postérieurement à la décision en litige. Dès, lors, elle est fondée à soutenir que c'est par une erreur manifeste d'appréciation que lui a été refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la date de la décision attaquée.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 24 mars 2022 portant refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Pour les personnes qui se sont vu reconnaître la qualité de réfugié prévue à l'article L. 511-1 ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire prévue à l'article L. 512-1, le bénéfice de l'allocation prend fin au terme du mois qui suit celui de la notification de la décision. ".

7. Il résulte de l'instruction que la demande de Mme C a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 avril 2022. Par suite, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que l'Office français de l'intégration et de l'immigration accorde le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour la période du 24 mars 2022 jusqu'à la fin du mois de la notification d'une décision définitive sur sa demande d'asile le 11 avril 2022, sauf à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration y ait déjà procédé. Il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'y procéder dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 mars 2022 par laquelle l'Office français de l'intégration et de l'immigration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme C à compter du 24 mars 2022 jusqu'à la fin du mois suivant la notification de la décision lui reconnaissant le statut de réfugié le 11 avril 2022, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sauf à ce que l'OFII y ait déjà procédé.

Article 3 : L'Office français de l'intégration et de l'immigration versera à Me Bazin, avocate de Mme C, la somme de 1 200 euros, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bazin.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

La rapporteure,

S. Crampe

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 novembre 2024.

La greffière,

A. Junon00

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