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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204192

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204192

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2022, Mme B C agissant en qualité de représentante légale de sa fille E F, représentée par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 19 avril 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours gracieux contre la décision du 6 janvier 2022 refusant d'accorder les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision :

- méconnaît les articles L. 551-15 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, a déposé une demande d'asile le 8 avril 2021 pour le compte de sa fille mineure née le 21 juillet 2017. L'entretien de vulnérabilité n'a toutefois été réalisé que le 19 juillet 2021 et la décision de refus des conditions matérielles d'accueil n'a été prise que le 6 janvier 2022 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Mme C a exercé un recours gracieux contre cette décision qui a été implicitement rejetée. Mme C demande l'annulation de cette décision implicite.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue du 12° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018 relatif aux conditions matérielles d'accueil : " La décision de refus ou celle mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 744-7 n'est pas soumise à la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'office, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte l'indication des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. En cas de décision de rejet, celle-ci doit être motivée. ".

3. Ces dispositions réglementaires ont été annulées par une décision du Conseil d'Etat n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 et ont ainsi disparu rétroactivement de l'ordonnancement juridique. Il en résulte que, par son courrier électronique du 18 février 2022, Mme C a seulement exercé un recours hiérarchique et non un recours administratif préalable obligatoire.

4. L'exercice du recours hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter le supérieur hiérarchique à reconsidérer la décision prise, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours hiérarchique doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours hiérarchique dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Ainsi, les conclusions de la requête, dirigées formellement contre la décision implicite du 19 avril 2022, doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du 6 janvier 2022 portant refus d'accorder les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme E G F, accompagnant sa mère, était âgée de seulement trois ans à la date de la décision du 6 janvier 2022 lui refusant les conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, il est constant que Mme F a obtenu le statut de réfugié dès le 11 août 2021 par une décision de l'office français de l'immigration et de l'intégration, notifiée le 24 août 2021. Si la requérante et sa fille étaient hébergées par une amie, il est indiqué par la fiche d'entretien de vulnérabilité que cet hébergement était précaire et que la requérante avait besoin de soins. Dans ces conditions, en refusant d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme C pour le compte de sa fille mineure pendant plusieurs mois après le dépôt de la demande d'asile le 8 avril 2021, l'Office français de l'intégration et de l'immigration a fait une inexacte application sur l'état de vulnérabilité de la cellule familiale. Mme C est ainsi fondée à demander l'annulation des décisions des 6 janvier et 19 avril 2022, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que les conditions matérielles d'accueil soient accordées à Mme E F, en tenant compte de la présence de sa mère, à compter de la date d'enregistrement de sa demande d'asile le 8 avril 2021 et jusqu'à l'épuisement de ses droits à percevoir les conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sauf à ce que ces versements aient déjà été réalisés. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bazin, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Bazin de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 6 janvier et 19 avril 2022 par lesquelles l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme C pour le compte de Mme E F sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme C pour le compte de Mme E F à compter de la demande d'asile le 8 avril 2021 et jusqu'à épuisement des droits, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'Office français de l'intégration et de l'immigration versera la somme de 1 200 euros à Me Bazin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bazin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, à Me Bazin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 12 décembre 2024.

La greffière,

M. D

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