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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204234

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204234

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRICHER ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. C B, représenté par la SELARL Lysis Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° DP 110692200263 du 22 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Carcassonne s'est opposé à la déclaration préalable en vue de la régularisation de terrasses, cuisine d'été, sanitaires et rangements sur un terrain situé domaine de la Madeleine, parcelles cadastrées section LZ n° 13 et n° 44';

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Carcassonne, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande';

3°) de mettre à la charge de la commune de Carcassonne une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente faute pour la commune de rapporter la preuve d'une délégation de signature régulière et publiée au bénéfice de Mme A';

- l'arrêté est illégal par voie d'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune'; eu égard à leur localisation et aux activités qui y sont exercées, le classement de ses parcelles en zone "'U santé'" est entaché d'erreur manifeste d'appréciation°; sa déclaration préalable est conforme au plan d'occupation des sols antérieurement en vigueur';

- le motif tiré de ce que le projet est contraire à la vocation sanitaire et médicale de la zone et aggrave la non-conformité de l'existant au règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur de droit au regard de l'article Usanté/1 dès lors que les travaux sont étrangers aux dispositions de ce dernier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la commune de Carcassonne, représentée par le cabinet d'avocats Richer et Associés Droit Public, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Didierlaurent,

- les conclusions de M. Sanson, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une maison d'habitation située domaine de la Madeleine, parcelles cadastrées section LZ n° 13 et n° 44, classées en zone "'U santé'" par le plan local d'urbanisme de la commune de Carcassonne approuvé par délibération du 9 mars 2017. À la suite du constat de ce que des travaux de construction de terrasses, d'une cuisine d'été, de sanitaires et d'un local de rangement avaient été réalisés sans autorisation, par un courrier du 10 mai 2022, le maire de la commune a mis en demeure M. B d'exécuter dans un délai de trente jours les travaux visant à remettre le terrain dans son état initial. Par l'arrêté n° DP 110692200263 du 22 juin 2022 dont M. B demande l'annulation, le maire de la commune de Carcassonne s'est opposé à la déclaration préalable déposée en vue de la régularisation de ces travaux.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Par arrêté du 11 mars 2022, le maire de Carcassonne a donné délégation de signature à Mme D A, première adjointe, déléguée à l'urbanisme, au cœur de ville, aux affaires foncières et à l'hygiène, signataire de l'arrêté attaqué, pour tous les actes liés à l'urbanisme. Cet arrêté, reçu en préfecture le 28 mars 2022, a été affiché le même jour en mairie. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de délégation régulière de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme :

3. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : "'Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles

L. 101-1 à L. 101-3'". Aux termes de l'article R. 151-17 du même code : "'Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones ()'". L'article R. 151-18 de ce code dispose que : "'Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter'". Aux termes de l'article R. 151-13 dudit code : "'Les règles générales peuvent être assorties de règles alternatives qui en permettent une application circonstanciée à des conditions locales particulières'". Aux termes de l'article R. 151-33 de ce code : "'Le règlement peut, en fonction des situations locales, soumettre à des conditions particulières : 1° Les types d'activités qu'il définit'; 2° Les constructions ayant certaines destinations ou sous-destinations'; ()'".

4. Il appartient aux auteurs du plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. Selon sa partie consacrée à l'"'explication des choix'" du plan local d'urbanisme de la commune de Carcassonne, ses auteurs ont entendu instituer une zone "'U santé'" qui "'englobe des terrains équipés comprenant des activités hospitalières, des équipements à caractère médico-social, paramédical et d'enseignement'" dont l'objectif est de "'maintenir une zone spécifique autour des activités de santé'". Il ressort des pièces du dossier, en particulier des documents photographiques, que les parcelles cadastrées section LZ n° 13 et n° 44 se situent immédiatement au Sud-Est d'un compartiment délimité au Nord par le chemin de la Madeleine, au Sud par une voie ferroviaire, à l'Est et à l'Ouest par des terrains agricoles comprenant notamment le centre hospitalier universitaire de Carcassonne et une clinique qui jouxte ces parcelles, lesquelles supportent les seules constructions à usage d'habitation du secteur. Alors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que les auteurs du plan local d'urbanisme ne sont pas liés par les modalités existantes d'utilisation des sols, la seule circonstance que le domaine appartenant au requérant n'a aucune vocation médicale et que le rapport de présentation ne prévoirait pas une extension du secteur "'U santé'" n'est pas, compte tenu du parti de retenir une délimitation cohérente de ce secteur, de nature à entacher le classement des parcelles de M. B d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme en ce qu'il inclut les terrains d'assiette des travaux en litige en zone "'U santé'" doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité des travaux :

6. Aux termes de l'article Usanté/1 du règlement du plan local d'urbanisme : "'Toutes les occupations et utilisations du sol non mentionnées à l'article 2 sont interdites'". Aux termes de l'article Usanté/2 du même règlement, relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières : "'Les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif à condition qu'elles soient liées à des installations hospitalières ou à des équipements à caractère médico-social, paramédical et d'enseignement'; / Les constructions à usage d'habitation de fonction à condition qu'elles soient liées à la direction, au gardiennage, à la surveillance des installations admises dans la zone'; / Les constructions à usage de commerce, liées et nécessaires aux activités hospitalières et universitaires'; / Les affouillements et les exhaussements du sol, à condition qu'ils soient nécessaires à la réalisation des occupations et utilisations du sol admises dans la zone et à condition qu'ils ne compromettent pas la stabilité des sols, l'écoulement des eaux ou la qualité de la nappe, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère du site'; / Les constructions et ouvrages techniques nécessaires au fonctionnement des services d'intérêts collectifs dont la localisation géographique est imposée par leur fonctionnement'; / Les installations classées, à condition qu'elles ne présentent pour le voisinage, aucune incommodité et, en cas d'accident ou de fonctionnement défectueux, aucune insalubrité ni sinistre susceptible de causer des dommages graves ou irréparables aux personnes et aux biens. En outre, leurs exigences de fonctionnement, lors de leur ouverture ou à terme, doivent être compatibles avec les infrastructures existantes, notamment les voiries et l'assainissement et avec les équipements collectifs nécessaires au personnel de l'installation°".

7. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable déposée par M. B vise à régulariser des travaux de construction de terrasses, d'une cuisine d'été, de sanitaires et d'un local de rangement réalisés sans autorisation. M. B fait valoir que ces travaux sont étrangers aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'ils sont attenants au bâtiment d'habitation déjà existant et en constituent le prolongement. Toutefois, ces travaux ont pour effet de renforcer le caractère d'habitation de ce bâtiment sans qu'il s'agisse d'une habitation de fonction liée à la direction, au gardiennage, à la surveillance des installations admises dans la zone et, par suite, sont non conformes aux articles Usanté/1 et Usanté/2 du règlement du plan local d'urbanisme précités. Dans ces conditions, dès lors, d'une part, qu'ils portent sur une construction existante non conforme au règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone "'U Santé'" et, d'autre part, que les travaux envisagés ne sont pas étrangers aux règles de cette zone et n'ont pas pour effet de rendre la construction plus conforme à cette règle, l'arrêté en litige portant opposition à déclaration préalable n'est pas entaché d'erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Carcassonne, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Carcassonne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carcassonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Carcassonne.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

M. Meekel, premier conseiller,

M. Didierlaurent, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le rapporteur,

M. DidierlaurentLa présidente,

S. Encontre

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 25 février 2025.

La greffière,

C. Arce

dl

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