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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204308

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204308

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2022, M. C A représenté par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande de changement de statut et le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " et à défaut portant la mention " salarié " sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il n'est pas suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 2002, est entré régulièrement en France le 30 juillet 2018 sous couvert d'un passeport délivré par les autorités algériennes, valable jusqu'au 22 septembre 2018. Le 1er octobre 2020, M. A a sollicité son admission au séjour et la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Eu égard notamment à sa scolarité en cours, le préfet lui a délivré un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " pour la période du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021. M. A est également titulaire d'un passeport délivré par les autorités algériennes le 24 janvier 2022, valide jusqu'au 23 janvier 2032. Par arrêté du 26 juillet 2022 dont M. A demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé sa demande de changement de statut et de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D B, sous-préfète, directrice de cabinet, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté préfectoral n°2022161-0002 du 10 juin 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture des Pyrénées-Orientales, et librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. Dès lors, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions en annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () Pour être admis à entrer et à séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 et 7 bis (lettres a à d), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ".

5. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à l'admission exceptionnelle au séjour ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, le préfet peut toutefois délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit, en usant du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié ". Toutefois, il est constant qu'il ne disposait ni d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail. Il ne pouvait donc pas obtenir la délivrance de ce titre sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

7. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a également examiné la demande de titre de séjour présentée par M. A dans le cadre de son pouvoir général de régularisation. L'intéressé soutient toutefois que son insertion, notamment professionnelle, en France, justifie la délivrance d'un certificat de résidence. Le requérant se prévaut en outre de sa scolarité suivie en France en 2012-2013, puis, à son retour d'Algérie, de 2018 à 2021, en classe de 3ème puis en lycée professionnel spécialité " gestion administration ". Il justifie également avoir obtenu un emploi à durée déterminée le 22 avril 2021, requalifié en contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2022, à raison de 3 heures par jour du lundi au vendredi. Il fait notamment valoir sa maîtrise de la langue française ainsi que son respect des principes de la République. Enfin, il indique résider en France avec un frère et deux sœurs en situation régulière, dont l'une de nationalité française, à laquelle le juge aux affaires familiales a délégué l'exercice de l'autorité parentale de ses parents, six mois avant sa majorité. Cependant, ces circonstances ne constituent pas en elles-mêmes un motif exceptionnel ou une considération humanitaire de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né en 2002, célibataire et sans enfant, est entré en France en 2018. Il a été admis au séjour pour la période du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021 dans le cadre d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " et est dépourvu de visa de long séjour. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans, ni qu'il ne pourrait y reprendre une vie privée et familiale normale. Ces éléments, combinés à ceux énoncés précédemment ne suffisent pas à démontrer une insertion ancienne et stable dans la société française, ni qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Sur les conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni qu'elle méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 8 novembre 2022.

Le greffier,

F. Balicki

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